J'allais le voir ! Enfin ! Confronter mes nuits si vibrantes, si brûlantes, si réelles à une autre réalité. Ce monde nocturne et onirique allait entrer en contact avec l'univers immédiatement tangible. J'essayais de m'accrocher à un semblant d'analyse de la situation pour garder mon calme à l'annonce de cette rencontre future. Cet homme, dont l'impact était tellement énorme sur moi, tellement envoûtant qu'il agissait comme une drogue, tellement puissant qu'il hantait mes nuits, tellement pressant qu'il m'ôtait toute capacité de réagir rationnellement, me proposait un rendez-vous. Un instant je m'étais demandé si la confrontation de ces deux dimensions n'allait pas briser quelque chose dans ce lien si intime et profond. J'aimais cet abandon. Etre offerte. Libre de ne pas avoir à choisir. Nue.
Mais je doutais brutalement de tout. Qu'est-ce qui s'était passé ? Qu'avais-je vécu ? Qu'est-ce qui était vrai ? Et si au fond je devenais folle ? Je n'étais plus lucide. J'absorbais certaines choses, je les ingurgitais et les incorporais à mon être. Le lien, le plaisir, l'émerveillement de ces nuits. J'en rejetais d'autres. Les gouttes de sang, la broche, la dépendance. Je les niais, comme si elles n'étaient que le cauchemar dans le rêve, l'hallucination dans l'illusion. A moins qu'elles ne soient que le désert de mes mirages. Je me sentais perdue, désemparée. J'avais envie de pleurer. Et Célia ? Que lui arrivait-il ? Que voulait Stanis ?J'avais l'intuition que tous ces éléments étaient liés.
Mais au fond, je savais que j'avais tort de mettre en doute les événements. La broche existait. Je n'avais imaginé ni la douleur, ni la consultation chez le médecin. L'ordonnance était encore posée sur ma table basse, avec le sachet de la pharmacie et les emballages de médicaments vides. J'avais ouvert mon sac, et l'avait vidé sur le parquet du salon. Mon portefeuille, des clés, mon téléphone portable, un paquet de mouchoirs, des tampons, un déodorant, un flacon de parfum, des élastiques et des pinces pour mes cheveux, un livre de Huysmans, Là-bas, des lunettes de soleil, de la crème pour les mains, un tube de rouge à lèvres, un poudrier, et, comme une incursion, une percée de folie, de rêve, de sauvagerie dans mon monde, la broche. Elle brillait sur les lames en chêne du plancher, étincelante, superbe, parfaite. C'était réel. Tout était réel. Ce bijou en était la preuve. Une immense panique m'avait envahie. Je me sentais proie. Désinvestie de ce que mon éducation et mon caractère avaient forgé en moi. Mon esprit scientifique, ma raison, ma vigilance...
Célia me reprochait souvent de ne pas assez lâcher prise. D'être trop sérieuse. De trop vouloir faire plaisir à ma famille, et que je ne voulais pas décevoir. De penser plus au Moyen Age et aux monstres des fables qu'au monde réel, qu'à la vie et aux plaisirs qu'elle offrait. De ne pas accorder assez d'importance à la futilité et aux bêtises indispensables. Mais là... Je déconnais complètement. Et elle aussi avec Stanis.
Je déconnais, mais je me délectais de cet état. J'étais ivre de cette fièvre. J'en voulais plus. Encore. Je voulais une leçon supplémentaire. Je voulais passer à l'étape supérieure. Me jeter à corps perdu dans cette folie. Rejoindre cet homme dont je ne savais presque rien. Etre ce qu'il voulait que je sois. Comme si c'était ce que j'avais attendu tout ce temps. Comme si le lien entre Axel et moi était une évidence pré-existante, une vérité qui se révélait à moi.
Je devais vivre cette chose, quelle qu'elle soit. Je devais rejoindre Axel, quelle que soit sa nature. Un vampire, un incube, un démon, un sorcier... Nos chairs s'étaient fondues l'une dans l'autre, dans un orgasme absolu. Était-ce un rituel, une cérémonie ? Peu m'importait. Je lui appartenais, et il m'appartenait en échange. Je devais le retrouver.
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Le clavier vampire
Paranormal" Qu'est-ce que tu es ? - Je suis ce que je suis." Fantastique et érotisme, histoire et secrets, se croisent dans le récit vénéneux d'un amour incandescent, où rêves et réalité se chevauchent dans une atmosphère de fièvre nocturne. Attention, de no...
