"Plus je la découvre, plus je me félicite d'être venu à Florence ! Regarde cette nuit, Axel ! Regarde cette lumière et regarde ces ombres ! Ça me donne envie de les peindre ! La clarté et les ténèbres, quel merveilleux tableau ça ferait ! Bon dieu, que Demetrio m'ennuie, avec ses Jésus et ses madones, ses calvaires et son annonciation ! Même ses Aphrodite, quand il daigne en figurer, ont l'air de pucelles ! Il ne comprend rien aux temps païens ! J'aimerais mieux qu'il nous fasse peindre des putains et des soiffards !
- On peint déjà des putains ! Sylvia, Annabella, Aurelia ! Que crois-tu qu'elles deviendront quand le maître en aura eu assez d'elles ? Que leur chair ne sera plus aussi ferme, leur peau aussi lisse ! Elles reviendront dans leur campagne ?
- Hahaha ! Les modèles trouvent toujours des michetons pour les entretenir. Et Annabella a les arguments et la science pour s'en dégoter un, tu peux me croire ! Elle gémit comme une jolie petite chatte quand je suis entre ses cuisses !"
Ils commençaient à s'enfoncer dans des venelles de plus en plus noires et de plus en plus éloignées de l'atelier. Mais la nuit leur appartenait. La lune éclairait leur chemin. Leurs pieds frappaient le sol des rues comme pour mieux les terrasser, ils imposaient leur présence à la ville, la soumettait à leur jeunesse, à leur désir de vivre et de créer. Leur soif de découverte et de connaissance était profonde, leur faim de visions et de renouveau insatiable.
Les ruelles étaient étroites, et bordées de maisonnettes à colombages de bois sombre, encore à la manière des décennies et des siècles précédents. Les ocres des murs et les tuiles des toits des quartiers récents étaient encore absents de ces passages obscurs, de ces bas-fonds nébuleux qu'Axel et Stanislas sondaient comme des cités perdues.
"Je ne savais même pas qu'on trouvait ce genre de constructions à Florence. C'est étonnant, non ? On se croirait presque chez nous... Noir et glacial. J'espère que tu as quelque chose de valable à me montrer, je n'ai pas fait tout ce voyage pour revenir en arrière, dit Stanislas.
Son ton avait pris une teinte maussade.
- Le vieux m'a dit qu'on accédait à l'église en empruntant un escalier en colimaçon. Regarde là-bas. C'est surement ça. Les ruines sont à une demi-douzaine de toises à gauche, au-delà du mur ouest, expliqua Axel. C'est là que l'incendie a eu lieu."
Ils montèrent quatre à quatre les marches qui les séparaient de leur but et atteignirent la minuscule place où se trouvait le petit édifice. Les murs étaient nus, les ouvertures rares, et s'il n'y avait eu la croix sculptée au-dessus de la porte d'entrée, ils n'auraient même pas deviné qu'il s'agissait d'une église. Ils commencèrent par en faire le tour, scrutant la bâtisse.
Axel continua :
"Les maçons d'autrefois ont bâti les premières églises sur les emplacements des anciens temples. Et d'ailleurs, ils en ont souvent réutilisé les pierres et les colonnes. Tiens, regarde par ici. Tu vois ce pilier ? Regarde comme il est poli, lissé par les ans. On devine même des feuillages sculptés. Je suis certain qu'il a plus de quatre cents ans.
- Trouvons plutôt les ruines. Je veux voir si tu as raison, et si cette mosaïque existe."
Les deux jeunes gens s'avancèrent dans la direction indiquée par Axel, et tombèrent vite sur les restes calcinés d'une maison.
"Il faut entrer, dit Axel. Viens."
Il sortit d'un sac une torche qu'il alluma pour éclairer les restes du bâtiment. Derrière le charbon et le torchis brûlé, il accédèrent à ce qui avait été avant l'incendie la pièce principale de la maison. Au centre, le sol avait été gratté, légèrement creusé, et des tâches de couleur, des dessins indistincts, apparaissaient sous leurs pieds.
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Le clavier vampire
Paranormal" Qu'est-ce que tu es ? - Je suis ce que je suis." Fantastique et érotisme, histoire et secrets, se croisent dans le récit vénéneux d'un amour incandescent, où rêves et réalité se chevauchent dans une atmosphère de fièvre nocturne. Attention, de no...
