Au bureau de l'Administration

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Les piliers qui soutenaient les bâtiments étaient recouverts d'une plante grimpante qu'Egan n'avait jamais vue. Dans la pénombre, certaines feuilles paraissaient phosphorescentes. Alors qu'il s'approchait pour les examiner de plus près, une voix l'interpella :

- "Ne vous approchez pas trop, elles sont toxiques."

Une femme entre deux âges descendait de l'escalier le plus proche et lui souriait poliment :

- "Si vous n'en avez jamais vu avant, jeune homme, c'est que vous venez d'arriver en ville," supposa-t-elle. "Et vous cherchez un bureau de l'Administration, j'imagine ?"
- "C'est exact, je dois me rendre au bureau nord-central de ce district," répondit Egan.
- "Vous êtes presque arrivé. Il se trouve dans le bâtiment qu'on voit là-bas, après le gros pilier. Prenez ce chemin, ce sera plus court," suggéra-t-elle en joignant le geste à la parole. - "Merci. Dites, ces plantes..."
- "C'est une variété d'algue marine," expliqua la femme. "Nous nous en servons pour éclairer la cité. Au contact de l'air, elles dégagent une toxine qui a la particularité de briller dans l'obscurité, mais également de donner d'affreux maux de tête si on en inhale en trop grande quantité. Evitez de vous approcher à moins de vingt centimètres et tout ira bien. Bonne journée, mon garçon."

Elle le salua et s'en alla vaquer à ses affaires. Egan suivit le chemin qu'elle lui avait conseillé et monta les escaliers jusqu'au bureau de l'Administration dont la présence était signalée au sol par un grand panneau rouge et gris. Il lui avait fallu plusieurs heures pour traverser la cité et la fatigue commençait à se faire sentir. En atteignant l'entrée, le jeune homme s'arrêta quelques instants pour reprendre son souffle. Il poussa ensuite la porte de l'office, ce qui provoqua inopinément un énorme courant d'air qui fit s'envoler une pile de documents posée près de l'entrée. Une femme jura et s'agenouilla pour les ramasser, aidée par un de ses collègues.

- "Restez dans l'entrée et ne touchez à rien !" somma-t-elle avec autorité.

Egan referma la porte et observa les feuillets dispersés à ses pieds. Ils étaient totalement vierges. Intrigué, il les examina avec plus d'attention et s'aperçut que les pages étaient recouvertes de petits signes imprimés en relief. Il s'agissait de documents rédigés en écriture tactile, ce qui les rendait difficilement lisibles par les non-initiés. C'était le système d'écriture officiel utilisé par l'Administration. Egan s'accroupit pour ramasser la feuille la plus proche, fit glisser ses doigts sur le haut de la page et en déchiffra le titre. Il s'agissait du dossier personnel d'un citoyen.

- "Je vous ai dit de ne toucher à rien," l'apostropha la jeune femme en lui retirant brusquement le papier des mains.

Egan releva la tête et la fonctionnaire lui jeta un regard noir. Ils se relevèrent et elle lui fit signe de la suivre :

- "Vous êtes en retard," déclara-t-elle.
- "Vous savez qui je suis ?" s'étonna Egan.

Elle ne prit pas la peine de répondre et le guida dans une pièce adjacente, prenant soin de refermer la porte derrière eux. Elle l'invita à s'asseoir, prit place face à lui et saisit une pile de documents sur le bureau, eux aussi rédigés en écriture tactile. Elle fit défiler les pages entre ses mains jusqu'à ce qu'elle isole un dossier du paquet. Tandis qu'elle parcourait la feuille du bout des doigts, Egan scruta la pièce. Les murs avaient une teinte grisâtre. Ils étaient fabriqués dans le même matériau que le reste de la ville, probablement du béton coulé à partir de sable océanique. La façade qui donnait sur l'extérieur était étoilée d'une multitude de petites fenêtres sans vitres au travers desquelles il était impossible de passer autre chose que la tête ou le bras. De nombreux dossiers, qui paraissaient tous vierges, étaient stockés dans une grande armoire et empilés sur différentes étagères. Une machine à picots était posée sur une commode près de la porte. Elle devait servir à rédiger des documents en écriture tactile. Dans le coin opposé de la pièce, un gros cube émettait un léger bourdonnement. Un transmetteur à ondes radio, peut-être ? La jeune femme, qui avait fini de lire le dossier, prit la parole :

- "Egan Fredericks Dane..." commença-t-elle.
- "Fredericks tout court," corrigea Egan.

Elle balaya son intervention d'un ton acerbe :

- "Pour moi ce sera le nom au complet."

Il ne la contraria pas. Elle poursuivit :

- "Vous en avez mis du temps pour arriver, on vous attendait plus tôt."
- "Je me suis perdu," s'excusa Egan.
- "Je me doute," rétorqua la jeune femme. "Bon, votre dossier dit que vous avez été scolarisé dans une Couveuse des marais et que vous n'êtes jamais venu en ville auparavant. Mon rôle est donc de vous expliquer les règles de fonctionnement et de faire en sorte que votre intégration se passe au mieux."
- "Et vous êtes ?"
- "Pardon ?"

La jeune femme haussa un sourcil.

- "Vous avez lu mon dossier, vous savez tout de moi et je ne connais même pas votre nom," reprit calmement Egan.

Désarçonnée, son interlocutrice sembla hésiter un instant. Puis, d'une voix radoucie, elle se présenta :

- "Je m'appelle Janelle Thau et je suis votre correspondante administrative. Aussi longtemps que vous dépendrez de ce district, vous aurez affaire à moi."

Antagorria [TERMINÉ]Des histoires addictives. Découvrez maintenant