La patrouille

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Egan se retourna et tomba nez à nez avec un homme en uniforme. Une femme et deux autres hommes vêtus de la même façon l'accompagnaient. Une patrouille.

- "Euh, non, je... je me suis juste trompé de chemin," bredouilla Egan. La femme s'approcha à son tour :
- "Contrôle d'identité, s'il-vous-plaît. Où est votre organe de liaison ?" l'interrogea-t-elle en scrutant ses poignets nus.

Egan mit machinalement la main à sa poche, mais son bracelet ne s'y trouvait pas. Surpris, il fouilla sa deuxième poche, vide elle aussi. Il se souvint alors qu'il s'était changé en rentrant chez lui quelques heures plus tôt. Le bracelet était probablement resté dans l'autre pantalon. En voyant les regards soupçonneux des militaires, Egan réalisa qu'il était dans une situation délicate.

- "Je l'ai oublié chez moi," dit-il à la femme.
- "Et où se trouve votre domicile, citoyen ?" questionna un autre garde.
- "Dans... dans le district voisin," avoua le jeune homme avec une appréhension grandissante.

Egan ne parvint pas à déterminer si le visage de son interlocuteur reflétait davantage son mécontentement face à quelqu'un qui était hors-la-loi, ou bien la satisfaction d'avoir mis la main sur un poisson encore plus gros que ceux que ramenaient les bateaux du port après leur pêche matinale. En un mouvement leste, l'un des militaires le plaqua face au mur et le fouilla sans ménagement :

- "Vous êtes dans l'incapacité de prouver votre identité, ce qui est passible d'emprisonnement," assena-t-il. "Par conséquent, nous vous conduisons au poste où vous serez interrogé par les autorités compétentes."

Les gardes l'encadrèrent et l'emmenèrent jusqu'à une tour carrée située près du port. Du statut de citoyen, il était passé à celui de clandestin potentiel. Les événements prenaient une mauvaise tournure.

On le fit s'asseoir dans une pièce où il patienta pendant un long moment avant qu'une femme qui ne portait pas d'uniforme particulier entre à son tour. Au vu de son air strict et autoritaire, il s'agissait assurément d'une Haute-Fonctionnaire de l'Administration. Au lieu de s'installer face à lui, elle resta debout et marcha lentement dans la pièce. Elle ne le regardait pas quand elle commença à parler :

- "On me dit que vous vous êtes introduit illégalement dans cette zone de la ville pour laquelle vous n'avez pas d'autorisation de circuler. Est-ce exact ?"

Egan trouva cette entrée en matière plutôt inattendue. Elle ne lui avait pas demandé son nom. N'était-ce pourtant pas pour une vérification d'identité qu'il avait été amené ici ? Comme il tardait à lui répondre, la femme tourna enfin les yeux vers lui, irritée :

- "Y'a-t-il quelque chose dans ma question que vous n'avez pas saisi ?"
- "J'ai compris ce que vous demandez," répliqua Egan, "mais il me semblait que j'avais été emmené ici pour un contrôle d'identité."

Son interlocutrice le foudroya du regard. Certes, il pouvait se montrer docile et répondre simplement aux questions posées. Mais n'était-ce pas dangereux de reconnaître ouvertement qu'il avait bravé les règles et qu'il s'était comporté de façon illégale ?

- "Jouer ainsi ne vous apportera rien," s'échauffa la femme. "Et nous savons déjà qui vous êtes, citoyen Fredericks Dane. Vos empreintes ont été scannées lors de votre arrivée dans ce bâtiment. J'attends maintenant de la coopération de votre part. Reconnaissez-vous être entré illégalement sur un territoire non autorisé ?"
- "Puisque vous savez qui je suis, vous connaissez les autorisations que je possède. Alors pourquoi me posez-vous la question ?"

Egan se doutait que son effronterie passerait mal, mais il ne pouvait s'empêcher de tenir tête. Qui était en train de jouer, et à quoi ? Pourquoi cette femme voulait-elle qu'il confirme à voix haute ce qui lui était reproché, et que risquait-il à le faire ?
Son interlocutrice s'assit face à lui :

- "Je vois. Dites-moi alors comment vous avez fait pour pénétrer cette zone sans être vu, car cela, je ne le sais pas."

Egan s'humecta les lèvres. Compte tenu de l'impatience que la femme avait manifesté
depuis son arrivée, il ne s'était pas attendu à une réaction aussi posée suite à sa provocation. C'était déconcertant.

- "J'ai... j'ai profité du contrôle d'un véhicule alimentaire pour passer la borne sans que les gardes me voient."

La femme le sonda en plissant les yeux. Il soutint son regard sans flancher.

- "Votre action était donc préméditée ?" questionna-t-elle.
- "Non, j'ai agi sur un coup de tête. Je ne pensais pas passer inaperçu, et une fois de l'autre côté... je ne savais plus comment revenir."

Elle l'étudia longuement avant de reprendre la parole :

- "Citoyen Fredericks Dane, vous êtes officiellement aux arrêts en attendant que l'Administration statue sur votre sort. Des gardes viendront vous chercher pour vous installer dans votre cellule. Veuillez ne pas leur opposer de résistance, vous ne feriez qu'aggraver votre cas."

Elle se releva et quitta la pièce sans se retourner. Egan entendit la porte se fermer lourdement derrière elle. Non, vraiment, les événements ne prenaient pas du tout une bonne tournure.

Antagorria [TERMINÉ]Des histoires addictives. Découvrez maintenant