L'entretien

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- "Écoutez, la règle est pourtant simple : vous êtes convoqué, vous répondez à cette convocation, point !"

Egan mit sa tête entre ses mains. A chaque entretien, l'histoire se répétait.

- "Je me suis présenté le lendemain, qu'est-ce que ça change ?"
- "Ça change que c'était le jour d'avant qu'il fallait venir."
- "Et venir pour quoi ? Pour m'entendre dire que je n'ai toujours pas l'autorisation de reprendre les ascenseurs, que mes tickets de confort n'ont pas été rétablis et que vous me laissez au régime sec ?"
- "N'exagérez pas, vous avez tout de même accès à deux repas par jour. Vous n'êtes pas comme les gens des Bas-Quartiers qui n'ont droit à rien et qui, eux, sont réellement affamés."
- "Janelle, je travaille dans un restaurant. Je suis debout pendant tout le service, je vois défiler de la nourriture en permanence alors que j'ai le ventre vide, et je passe le reste de mes journées à étudier à l'Université..."
- "Et alors ?"
- "Et alors, j'ai faim, bon sang !"
- "Cessez de crier, je ne suis pas sourde."

Imperturbable, Janelle continuait de trier les dossiers posés sur son bureau. Egan insista :

- "Le Ministère se trouve au vingt-cinquième étage. Quand est-ce que je pourrai à nouveau utiliser l'ascenseur ?"
- "Je ne sais pas. Et franchement, de quoi vous plaignez-vous ? Vous faites de l'exercice, ça ne peut vous faire que du bien," railla-t-elle.

Le jeune homme luttait pour contenir sa colère :

- "Que savez-vous de ce qui est bon pour moi ?" grinça-t-il entre ses dents.

La jeune femme ignora la question. Egan s'agaça de plus belle :

- "Et pourquoi est-ce que je dois encore venir ici, alors que ça fait presque un mois que l'Administration ne me donne plus rien ?"
- "Vous êtes tenu de le faire parce que vous êtes un Citoyen de Deuxième Catégorie, et votre devoir est d'obéir aux règles qui s'appliquent à votre statut. Croyez-vous être au-dessus des lois et pouvoir vous y soustraire quand bon vous chante ?"

Egan ne répondit pas. Il sortit une cigarette de la poche de sa chemise et l'alluma. Janelle releva la tête :

- "Il vous en reste encore, après tout ce temps ?" s'étonna-t-elle. "Je ne sais peut-être pas ce qui est bon pour vous, mais je peux vous certifier que ça, ça ne l'est pas !"
- "Vous n'allez pas me faire la morale," ricana le jeune homme.
- "C'est vrai qu'avec vous, c'est une perte de temps," répliqua sèchement la jeune femme. "Je me contenterai donc de prolonger l'application de vos sanctions d'une décade, et ce sera désormais ce qu'il vous en coûtera de ne pas vous présenter à ce bureau dans les délais impartis."

Egan fulminait, mais il s'abstint d'exprimer le fond de sa pensée.

- "C'est tout," conclut Janelle. "J'imagine que vous avez mieux à faire, donc je ne vous retiens pas davantage. Au revoir, Monsieur Fredericks Dane."

Le jeune homme ne bougea pas. Délibérément, les yeux fixés sur sa Correspondante, il prit son temps pour finir sa cigarette. La jeune femme soutint son regard sans ciller. Mais lorsqu'il se leva et sortit enfin de la pièce, elle s'affaissa sur sa chaise et émit un soupir de soulagement. Chaque nouvel entretien se passait plus mal que le précédent. Janelle appréhendait le jour où l'autorité conférée par son statut de Fonctionnaire ne serait plus suffisante pour brider le tempérament explosif de ce citoyen impossible à gérer.

Antagorria [TERMINÉ]Des histoires addictives. Découvrez maintenant