12. Cette Justice douloureuse

430 40 29
                                    

Le vent soufflait d'une force herculéenne, se prenant dans les plis de son manteau blanc.
La bruine désagréable, plus gênante qu'autre chose se cassait sur son gabarit de géant.

Le brouillard qui les entouraient avait cette saveur d'étouffement qui laissait un goût amer sur la langue.
Le froid s'insinuait partout, sauf en lui qui était la chaleur elle-même.

Mais pourtant... il n'arrivait plus à la sentir.
Son cur était aussi glacé que le plus haut des sommets éternels, couvert d'une neige qui camoufle les sentiments à jamais.

Alors il ne sentait plus le bout de ses doigts.
Ni son nez droit comme un I ou sa mâchoire carré qui effrayait tant ses subordonnées.

Il faisait exprès.
Car lui aussi voulait sentir la solitude du monde maintenant, et peut-être partager un peu de la sienne avec lui.

À ses yeux le cours de la vie s'était arrêté il y a cinq jours de cela. Cinq jours qu'il espérait que toute cette histoire ne soit qu'un sale cauchemar envoyé par toutes les âmes vengeresses des pirates qu'il avait tué durant ses nombreuses missions.

Cinq jours qu'il maudissait à chaque instant qui passait l'intrusion paniqué et violente de Borsalino dans son bureau, une action qu'il n'avait presque jamais réalisée en plus de 30 ans de carrière commune.
Et il haïssait chacun des mots qu'il avait prononcé, brisant en un instant sa routine agréable et l'équilibre si précaire qu'il avait réussi à trouver dans sa vie.

Car sa fille était morte.
Prise dans un accident des plus regrettable si on écoutait parler la majorité des Marines.

Il l'avait laissée seulement quelques heures toute seule.
Mais cela avait suffi au monde pour l'arracher à son étreinte.

Même maintenant, y pensait laisser un goût amer et acide dans le fond de sa bouche, une rage sourde naissant dans le fond de sa poitrine.

Il prenait cela pour une punition. Peut-être Dieu, s'il existait là quelque part avait jugé qu'il lui amenait trop d'âmes... qu'il faisait trop bien son travail.

Peut-être avait-il trop le sens du devoir ?... non, non, non.
Ce n'était pas le problème.

Le problème c'était ces saletés de criminels qui pénétraient les moindres couches de la société tel des fourmis cannibales, des insectes indestructibles qui venaient semer le chaos sans jamais s'avouer vaincu.
Car quand tu en élimines un, c'était trois en plus qui venaient le remplacer.

Sakazuki maudissait cette grande ère de la piraterie de tout son cur.
Elle lui avait fait perdre sa femme.

Et maintenant il avait aussi perdu l'unique famille qui lui restait.
Sa petite fille qu'il avait tenté d'élever tant bien que mal, alternant entre ses devoirs de haut gradé et de père.

Et honnêtement, il était fier de la femme qu'elle était devenue.
Seï... Seïri avait toujours était une jeune fille très intelligente, maligne et avec un fort caractère. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds, mais elle avait du respect quand il le fallait... et une profonde gentillesse aussi... et...

Une violente bourrasque, accompagnée des cris des mousses sur le navire gouvernemental le rappela à l'ordre.
Ah... les yeux sombres de l'amiral de la Marine se perdirent un instant dans la brume qui couvrait les lieux du crime depuis deux jours maintenant, son poing droit brûlant en réponse au brasier d'émotions contraires qui le traversait.

On voyait rarement un tel temps de cochon sur les eaux sécurisées du gouvernement.
Et il avait fallu que la météo fasse des siennes les jours suivants un véritable drame.

La mémoire de papierOù les histoires vivent. Découvrez maintenant