La présentation de Granger

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Le réveil le lendemain matin avait été moins apaisant que la soirée de la veille. J'avais un mal de crâne carabiné et la gorge incroyablement sèche de tout l'alcool que j'avais ingéré. Je m'étais levé de mon lit avec des nausées qui me laissaient un arrière-goût amer de regret, mais dès que je me remémorai les événements de la veille, un sourire se dessinait sur mes lèvres, et je jugeai que cela en avait valu la peine. Je me remémorai les traits enfantins sur le visage souriant de mon frère, et j'acceptai les effets secondaires de cette soirée presque avec gratitude.

Je n'avais pas trouvé la force physique de me doucher avant de descendre prendre le petit-déjeuner ce matin-là, j'avais besoin de manger quelque chose pour éponger les restants d'alcool dans mon sang avant de pouvoir exiger quoi que ce soit de mon corps. Blaise et Theodore étaient déjà à table lorsque je descendais. Si Blaise avait l'air aussi frais que la rosée du matin, ce n'était pas tout à fait le cas de Theodore. Il n'avait pas autant l'habitude de boire que lui, lui non plus. C'était même très rare qu'il boive vraiment, tout comme moi. Nous en payions le prix largement plus que lui. Si Theodore était tout de même douché et habillé, ses cheveux encore mouillés tombant sur son front, il avait cependant le visage inhabituellement gonflé en témoignage de la soirée que nous avions passée. Cela passerait sans doute dans l'heure, chanceux qu'il était.

Alors que je prenais place avec eux, une Pansy en vrac descendit à son tour pour nous rejoindre. Ses cheveux étaient sans dessus-dessous, le maquillage qu'elle ne s'était pas enlevé la veille avait coulé sur son visage et ses yeux étaient aussi rouges que gonflés. Elle frottait ses tempes, ses sourcils froncés et ses lèvres retroussées en une moue traduisant son désagrément alors qu'elle prenait place à table en silence.

- Bien l'bonjour beauté, lui adressa un Blaise rayonnant et visiblement amusé de l'état de son amie.

- Ferme ta gueule Zabini, grogna Pansy d'une voix matinale enrouée.

- Tu regrettes tes propres décisions ? me permis-je avec un sourire, quand bien même je ne me sentais pas beaucoup mieux qu'elle.

- Putain y avait quoi de pas clair quand j'ai dit « ferme ta gueule » à l'autre bouffon ? sévit-elle encore sans cesser de masser son crâne.

Theodore souriait avec attendrissement. Nous sourions tous. Sauf elle.

- C'est tellement agréable de se lever chaque jour que les Dieux font avec ce rayon de soleil, souffla Blaise avec un sourire malicieux en direction de sa meilleure amie aigrie.

Elle leva finalement les yeux pour lui adresser un regard aussi noir que son humeur.

- On est pas tous des alcoolos chroniques pour qui les gueules de bois n'existent plus, pesta Pansy avant de tendre la main pour attraper un plat de nourriture sur la table.

- Merde, elle mord en plus, se moqua Blaise alors que nous pouffions tous.

J'avais ensuite passé le plus clair de ma journée soit à m'occuper à outre-mesure avec du travail, soit à renforcer mes murs d'occlumencie en préparation de la recevoir chez moi. J'avais renforcé mes barrières mentales au fur et à mesure de la journée jusqu'à être pratiquement certain qu'elles étaient hermétiques, ce qu'elles étaient. J'avais mobilisé le Grand Intendant en moi en effectuant des tâches qui lui incombaient, même si elles ne demeuraient qu'administratives. Ce n'était pas important. J'étais terrifié de la personne que j'étais quand elle était face à moi, terrifié de l'impuissance dans laquelle je me retrouvais quand elle posait les yeux sur moi et qu'elle était à portée de mon touché. Alors j'avais pris toutes les précautions nécessaires, parce qu'il était hors de question que je mélange travail et plaisir. Parce qu'il était hors de question que je nous mette tous plus en danger encore en laissant mes sentiments prendre, encore, le dessus. J'avais missionné Theodore d'ouvrir les barrières protectrices du manoir pour elle et elle seulement en plus de nous, puisque nous ne savions pas exactement à quelle heure elle arriverait, cela dépendant du moment où elle pourrait discrètement quitter Poudlard. J'avais également ordonné à Mint de préparer une chambre d'amis, au cas où elle resterait dormir. Je ne savais pas si elle prévoyait que ce soit le cas ou non, mais je préférais être préparé à toute éventualité afin de ne pas me faire surprendre. Nous la voyons tous ensemble pour la Guerre, je me le répétai sans cesse. C'était tout. Rien qu'un outil éventuel pour nous, et nous pour elle. C'était tout.

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