Comme des diamants dans le ciel - 3

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Bring Me To Life - Evanescence

TRIGGER WARNING : Description graphique d'auto-mutilation. 

Le corps de Theodore demeurait inerte, figé, immobilisé dans son élan comme dans le temps. Ses yeux étaient morts, perdus, reflétant le vide que l'absence de Pansy laissait-là. Elle lui avait échappé. Elle était juste là, à la portée de son touché, et la seconde suivante elle avait disparu. Encore. Elle lui avait échappé, encore. Il ne l'avait pas atteinte à temps, encore.

Son cœur battait dans son torse au rythme des tambours qui annonçaient l'arrivée des guerriers sur un champ de bataille. L'air flottait autour de lui, lourd et pesant de l'absence de celle qu'il ne pouvait pas se permettre de perdre, et qu'il avait pourtant encore perdue. D'abord, il n'y eut aucune pensée dans son esprit. Pas la moindre formulation cognitive que son cerveau ne puisse comprendre, moins encore assimiler. Il n'était pas touché, il n'avait aucune blessure sur son corps, et pourtant son cœur saignait. Il pouvait le sentir à l'intérieur de lui, ce déchirement paralysant qui venait découper la chair de son corps. Ce cœur qui appartenait à celle qui avait encore disparu, et qui pleurait son absence. Celle qui lui avait encore était prise alors qu'ils n'en avaient aucun droit. D'abord le vide. Il n'y eut d'abord rien d'autre que le vide de son absence. De son enlèvement. Le choc, alors qu'il s'apprêtait à la rejoindre enfin. À la récupérer comme sienne, enfin. À la proclamer comme lui appartenant, parce que c'était le cas. Elle lui appartenait. Elle lui avait toujours appartenu. Et pourtant, on la lui avait prise. Là où ils n'en avaient aucun droit, pas le moindre, ils la lui avaient prise. Encore.

Puis, enfin, une pensée. Une seule : la récupérer. C'était tout. Rien d'autre. Rien d'autre ne comptait. Il ne pouvait pas se permettre de céder à la panique. Il ne pouvait pas se permettre de laisser la pensée qu'elle serait peut-être tuée avant qu'il n'arrive à elle traverser son esprit, pas même comme une étoile filante qui ne ferait qu'éclairer temporairement son ciel. Non. Pas la moindre autre pensée ne traversait son esprit en cet instant. La récupérer. La retrouver. Aller la chercher. La récupérer.

Ses yeux sondèrent le champ de bataille qui s'étendait autour de lui, une concentration féline animant ses pupilles à la recherche de sa proie. Il pouvait commencer par se saisir de quelques membres de l'Ordre, ou encore des soldats moldus, peu importait, afin de les contraindre à lui révéler où l'avaient-ils emmenée. Sous ses yeux stratèges, les membres de l'Ordre commencèrent à disparaître autour de lui comme Pansy l'avait fait, emmenant avec eux les soldats moldus restants. Tour à tour, ils s'évanouissaient dans la nuit comme s'ils s'étaient passé le mot jusqu'à ce qu'il ne reste rien d'autre que les cadavres gisant sur le goudron, les membres de leur propre équipe et leurs prisonniers. Theodore se retourna, sondant l'intégralité des alentours sans perdre une miette de sa concentration. Il n'y restait que des silhouettes qui disparaissaient en ne laissant rien d'autre qu'une traînée de fumée claire sur leur passage. Ses chances d'attraper un ennemi pour l'interroger s'évanouissaient avec eux dans ces tourbillons de poussière. Ce cœur qui saignait dans son poitrail se mit à battre plus fort, comme s'il protestait du spectacle dont il témoignait, diffusant plus encore de sang violent jusque dans ses poings qui se mirent à trembler d'impatience.

La récupérer. La retrouver. Aller la chercher. La récupérer. Trouver quelqu'un qui pourrait lui dire où elle avait été emmenée. La récupérer. Granger, cette pensée le traversa comme la lame aiguisée qui avait tranchée son cœur lorsqu'ils lui avaient pris sa Pansy. Sans un regard en arrière, sans même consulter qui que ce soit, Theodore transplana jusqu'au manoir en un battement de cil. Le sang pulsait dans ses veines, démangeant ses poings d'une violence qu'il peinait à contenir enfermée à l'intérieur de lui. Il abandonna Sekhmet sur le champ de bataille, ainsi que tous ceux qu'il restait. Cette préoccupation ne lui traversa pas même l'esprit. Il n'y avait rien d'autre, rien d'autre en lui que le besoin primal de la récupérer. La retrouver. Aller la chercher. La récupérer.

DollhouseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant