Recharger les batteries

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TRIGGER WARNING : Troubles du comportement alimentaire. 

La Gazette du Sorcier, le lendemain matin, parlait du meurtre de Dumbledore. Theo et moi prenions notre petit-déjeuner préparé par Mint dans la salle à manger alors que je parcourais l'article des yeux. Il était précisé que des Mangemorts étaient parvenus à pénétrer Poudlard, et les noms de Pansy, Blaise, Theo et moi étaient cités comme ayant ensuite quitté Poudlard avec le groupe de Mangemorts présent. Il était donc désormais officiellement public que nous faisions partie des rangs, quand bien même il n'était pas écrit lequel d'entre nous avait porté le coup fatal. J'inspirai profondément pour apaiser les battements de mon cœur. Tout le monde savait, désormais. Je supposai que ce n'était que la suite logique, et que cela ne devait pas avoir la moindre importance. J'avais fait ce que j'avais eu à faire. Et je faisais tout cela pour sauver les miens. Ce que les autres pensaient ne devait pas avoir d'importance, et puis de toute façon je supposai qu'ils me détestaient tous - au moins à Poudlard - depuis assez longtemps pour avoir prédit que je finirai, effectivement, comme mon père. Ils ignoraient seulement encore à quel point ce postulat était véridique. Il était également écrit que Rogue, finalement désigné à son tour comme un Mangemort, avait repris la direction de l'école, désormais plongée dans une noirceur qu'elle n'avait encore jamais connue.

- Arrête de lire ça, me suggéra Theo en prenant son café et ses œufs au plat.

Je buvais une gorgée de mon propre café. Autrefois, je préférai le thé. Depuis peu, j'avais trouvé que le café m'était plus utile en matinée. Theo, lui, avait toujours préféré un café bien noir. Pansy n'était pas à nos côtés, probablement au chevet de Blaise, dans sa chambre.

- Ça va, le rassurai-je alors, t'en fais pas.

C'était relativement vrai, en réalité. Je parcourais le reste des nouvelles rapidement des yeux. Globalement, ils racontaient que la Guerre était déclarée. Oui, c'était plutôt vrai. Je n'allais pas insupportablement mal, et je ne me sentais pas outrageusement activé par ce que je lisais. Je me sentais coupable, cela, c'était vrai. Mon cœur était pincé et mon ventre m'était inconfortable, des sensations auxquelles j'étais désormais largement habitué. J'avais cédé. J'avais parlé avec Granger, quand bien même je m'appliquai à me rappeler que je n'avais, en fait, parlé qu'avec une certaine Flora Mayfair, avocate de la Défense. Je ne pouvais pas me laisser aller, et je le savais. Je ne pouvais pas me permettre de baisser ma garde, et je le savais. Je ne pouvais pas me permettre d'entretenir une relation létale à laquelle j'avais mis un terme, et je le savais. Et si la culpabilité m'assaillait sans nul doute parce que j'avais, à nouveau, parlé avec la femme qui avait conduit à la mort et à la perte de celle de mon frère, je ne pouvais nier que ce matin-là, je me sentais ressourcé. Cela n'aurait pas dû être le cas, et j'en étais conscient. Mais malgré tout, ce matin-là, je me sentais comme si je pouvais tout affronter. Fort et ancré. Elle était toujours là. Elle était toujours là et elle m'avait parlé. Elle était toujours là et elle m'avait fait du bien. Je me détestais pour cela, mais autant que cela était le cas je ne pouvais passer à côté de la force intrinsèque que je ressentais suite à cela. C'était comme si le simple fait de lui avoir parlé de la sorte avait rechargé mes batteries vidées. Je n'avais pas autant dormi que je l'aurais dû, et pourtant je me sentais prêt. Paré à toute éventualité. Elle était là. Elle était toujours là. Ce simple fait tendait à faire naître en moi un sentiment d'invincibilité qui, je le savais, ne devrait pas dépendre d'elle, mais c'était le cas. Et si ma culpabilité retournait incontestablement mon estomac et entretenait mon inhérent dégoût de moi-même, elle m'avait rendu la force que j'avais perdu ce soir-là. Je savais pertinemment, en tout cas ce matin-là, que me noyer et me complaire dans mon sentiment nauséabond de culpabilité ne m'amènerait nulle part. Je devais apprendre à vivre avec, parce que maintenant que Theo avait perdu Pansy, il ne me quitterait jamais. Et je ne pouvais pas continuer à entretenir quoi que ce soit avec Granger, ni avec Flora Mayfair d'ailleurs, parce que cela ne serait que trahison envers les miens.

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