chapitre 55

220 13 1
                                        

J'ai changé de plan. Je voulais aller chez Vanessa mais finalement, ce n'était pas une bonne idée. Notamment parce que notre relation s'est, en quelque sorte, détériorée. Nous nous sommes éloignées. Notre complicité s'est envolée et ce depuis l'arrivée de Dylan et ses problèmes. On se parle de moins en moins et je ne peux m'en prendre qu'à moi. Seulement moi. Je me suis éloignée d'elle à cause de Dylan et ses secrets qui me prenaient tout mon temps, je ne lui dis plus rien. Les autre filles aussi, d'ailleurs. Alice et Émilie. Il faudrait que je leur parle. Que nous ayons une véritable discussion et je crois que je devrais m'excuser de m'être subitement volatilisée en ne donnant des nouvelles que lorsque j'en avais l'occasion.

Toutes ces pensées vont finir par me rendre malade. Je les chasse de mon esprit et me concentre de nouveau sur la route. Je m'autorise tout de même un petit coup d'œil à Dylan. Je ne suis pas sûre qu'il dorme mais c'est, en tout cas, ce que ça laisse paraître. Sa tête est appuyée, comme s'il était à l'article de la mort, contre la vitre. En fait, je crois bien qu'il dort, puisque sa tête vibre en totale cohésion avec les vrombissements du moteur. Ce qui est une position extrêmement inconfortable. Son nez saigne toujours et sa mâchoire est bien amochée, je ne distingue pas sa blessure convenablement à cause de la nuit qui commence à tomber. Le regarder, blessé, me fait éprouver une haine si profonde contre mon père que je pourrais lui planter un couteau droit dans son coeur, sans aucun scrupule.

Quand j'y pense, ma vie est similaire à celle de Dylan. Des pères qui ne méritent pas ce titre et que nous voudrions bien détruire de la même façon qu'ils l'ont fait pour nous. Et pour couronner le tout, une mère décédée. Quelle vie de merde...
Nous nous sommes bien trouvés finalement. Nous savons parfaitement ce que l'autre peut ressentir.

Je me gare sur le parking du Alex Hotel. Un hôtel modeste et planté au centre de Marseille, façade blanche et simple. Il ne paye pas de mine mais c'est le premier que j'ai trouvé, ça suffira pour une nuit et en plus, Dylan a vraiment besoin d'être soigné. Je sors rapidement de la voiture et le rejoins de son côté de la voiture. J'ouvre la portière sans penser au fait qu'il avait la tête appuyée dessus. Moralité, il sursaute en tombant sur le côté, je le rattrape à temps et le redresse sur le siège passager. Il fronce les sourcils en se tenant tout en balayant les alentours du regard. Rien qu'à voir son visage, je doute qu'il soit de bonne humeur. Tant mieux, je suis énervée moi aussi. En fait, c'est à cause de lui que je suis soudainement en colère. Rien que de voir son visage grognon m'a mit de mauvaise humeur instantanément.

- Aller Mc Gyver, sors de là, je lui ordonne en le tirant par le bras.

Il conteste en éjectant brutalement son bras pour que je le lâche, ce que je fais.

- Je peux sortir tout seul, crache-t-il sèchement.

Il veut jouer à ça ? Parfait. J'adore jouer.
Je l'observe attentivement pendant qu'il sort lentement, très lentement, de la voiture. Je sais très bien qu'il est incapable de marcher, mais lui est persuadé du contraire. Que grand bien lui fasse. Je referme la portière derrière tandis que faire un seul malheureux pas lui est difficile. Il titube en marchant, si on peut appeler cela "marcher". La violence du coup porté par Christian l'a complètement sonné. Je verrouille la voiture et commence à avancer en direction de l'entrée de l'hôtel en délaissant Dylan qui refuse catégoriquement mon aide.

Étant donné que le sol est en graviers, j'entend ces petits cailloux provoquer un bruit d'écrasement. Comme si quelqu'un venait de s'écrouler sur le sol. Qui ça peut bien être ?
Pour montrer mon mécontentement et ma détermination à le faire avouer qu'il a besoin de moi, je continue d'avancer d'un pas lent.

Un Simple PariOù les histoires vivent. Découvrez maintenant