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Chapitres 59







𝗣𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗻𝘁.
8 𝗮𝗻𝘀 après la tragédie.
𝘙𝘢𝘳𝘦 𝘌𝘻𝘦𝘬𝘪𝘦𝘭 𝘔𝘤𝘭𝘢𝘯𝘨𝘭𝘦𝘺.



    On a retrouvé ce carnet qui vous appartient. On est d'accord ?

  J'hoche la tête.

Avec vos mots, dit-il plus durement.

Oui.

Il y a plusieurs choses intéressantes dedans. Pourquoi pas y jeter un coup d'oeil.

Ma mâchoire se serre tandis qu'il l'ouvre et feuillette les pages une par une un sourire moqueur plaqué sur son visage comme ci ce sue je racontais dedans etait drôle.

Ah ! Ça c'est intéressant, dit-il en s'arrêtant sur une page.

Son collègue, un différent de d'habitude et encore une nettement plus jeune. Reste silencieux presque mal à l'aise d'être là.

Hier soir, commence t-il à lire à haute voix avec une voix théâtrale. Cinq hommes sont entrés dans ma chambre. Je ne sais pas si c'est un pouvoir ou juste l'instinct de survie mais je commence à les reconnaître rien qu'à leur pas, leur poids et leurs odeurs. Et à chaque fois, j'ai envie de vomir. Je fais semblant de dormir, parce que je sais que si je bouge, si je résiste, ce sera pire. Alors je ferme les yeux. Je me force à respirer lentement. Je me dis que si je ne suis pas là, si je disparais dans ma tête, peut-être que ça fera moins mal. C'est pas le cas.

Il s'arrête un instant et relève les yeux vers moi, un sourire en coin, cherchant une réaction. Mais je ne lui donnerai pas ce plaisir. Je garde mon visage impassible, même si tout en moi brûle.

L'un d'eux s'assoit toujours sur le lit. Son poids me fait enfoncer un peu plus dans le matelas, et je sais comme sur le bout des doigts ce qui va suivre. Je le sais avant même que ses doigts ne touchent ma peau. Je dissocie. Je compte les fissures au plafond. La première fois, j'en ai compté soixante quinze. Au bout d'un mois, trois milles quatre cent cinquante. Après quatre ans : deux cents mille sept cents. Ça dure des heures, ça dure une éternité.

L'espace devient trop petit. Les murs se referment sur moi alors qu'il lit ces mots que je n'ai jamais écrits pour être entendus par quelqu'un d'autre. Il lit sans émotion, sans respect, comme si ce n'était qu'un passage anodin d'un livre, une anecdote insignifiante tandis que moi, je revis la scène et c'est comme l'effet de plusieurs coups de poignard dans le coeur, la tête, partout.

Ma vision se trouble. Ma poitrine brûle. Mais je reste figé. Ne pas réagir. Ne pas leur donner ce qu'ils veulent. Le plus jeune des deux détourne le regard, mal à l'aise, comme s'il savait que ça n'aurait jamais dû être lu à voix haute. Comme s'il comprenait, d'une certaine façon, que certaines douleurs ne sont pas faites pour être exposées ainsi.

Intéressant, répète-t-il avec un sourire dégueulasse. Je me demande... combien de fois ça t'est arrivé ?

Un ricanement lui échappe, léger, méprisant. Son collègue, baisse la tête, incapable de soutenir mon regard. Il a l'air de regretter d'être là. Tant mieux.

Ça fait combien de pages, toutes ces conneries ? Demande-t-il en feuilletant le carnet.

Je ne réponds pas.

T'aurais pu écrire un bouquin, continue-t-il, moqueur. Franchement, t'as du talent.

Je ferme les yeux une seconde. Inspire. Expire. Ma gorge est serrée, mais je refuse de laisser quoique ce soit transparaître.

Silent after the storm Où les histoires vivent. Découvrez maintenant