066.

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Chapitres 66








𝗣𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗻𝘁.
8 𝗮𝗻𝘀 après la tragédie.
𝘚𝘵𝘰𝘳𝘮𝘪 𝘚𝘵. 𝘍𝘳𝘢𝘯𝘤𝘪𝘴.


    J'ai l'air de quoi ? Dis-je en quittant rapidement la salle de bain, les sourcils froncés, les mains ajustant encore ma tenue alors que je m'approche d'elles.

Elles me scrutent quelques secondes, puis Emiko répond avec un sourire amusé :

    Bonne. Et belle.

Je m'arrête net. Mon expression s'affaisse aussitôt.

   Super. Justement ce que je voulais éviter, dis-je, blasé.

     Meuf ! Tu as des formes, tu peux rien y faire, rétorque-t-elle avec un geste dramatique des mains, comme si c'était une évidence universelle.

Je lève les yeux au ciel, agacé.

     J'essaie d'avoir l'air présentable, pas de ressembler à je-ne-sais-quoi,  marmonné-je.

    T'es magnifique comme t'es, dit Irizya. Arrête de vouloir ressembler aux femmes autour de lui.

Ses mots me touchent en plein cœur.

     Ça te ressemble pas, murmure-t-elle, plus doucement cette fois. La Stormi que je connais...
elle rentre pas dans un moule. Elle est le moule.
Elle s'impose, elle s'excuse pas d'exister, elle fait pas semblant d'être moins brillante pour pas éblouir.

Je baisse les yeux, mes doigts jouant nerveusement avec l'anneau de ma bague.

     C'est juste que... j'ai l'impression de pas être ce qu'il y a de mieux pour lui, soufflé-je.

Je sens ma voix trembler, mais je continue, parce qu'il faut que ça sorte.

    À chaque fois qu'il y a des femmes autour de lui, elles ressemblent à des top model. Grandes, fines, élégantes. Elles ont cette prestance qui dit qu'elles sont nées dans l'argent. Elles appartiennent à son monde.

Je secoue la tête, un rire triste au bord des lèvres.

    Et puis, il y a moi. Je danse à moitié nue dans SON club. Je passe mes soirées à servir des fantasmes à des inconnus pour survivre depuis mes 18 ans et je fais semblant d'aimer ça, parce que ça paye mes factures. Parce que j'ai pas eu le luxe d'aller à la fac ou de choisir une voie "normale".

Un frisson me parcourt. Les mots me brûlent, mais je les laisse sortir.

     Pour les gens, stripteaseuse, c'est juste un mot poli pour dire escort, ou pire. Ils pensent que si je monte sur une scène, si je danse, si je montre mon corps... alors forcément, je suis à vendre.

J'ai passé ma vie à prouver que je valais mieux que ce que les gens pensent de moi. À devoir justifier qui je suis. À prouver que je suis plus qu'une paire de seins et de fesses. Combien de fois j'ai entendu "mais t'as l'air trop intelligente pour faire ça" ? Comme si j'étais censée être stupide, comme si c'était une punition d'être dans ce métier. Comme si être désirable annulait le droit d'être respectée.

Et c'est toujours pareil. Soit t'es une salope et une pute. Soit t'es une victime. Jamais entre les deux. Jamais une femme juste en train de survivre. Jamais une meuf qui bosse dur pour avoir un toit, un frigo rempli, un peu de paix. Jamais une meuf avec de la fierté. Toujours, de la honte, la saleté, le mépris. Comme si t'avais plus le droit d'être aimée pour de vrai.

Silent after the storm Où les histoires vivent. Découvrez maintenant