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Chapitres 76






𝗣𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗻𝘁.
8 𝗮𝗻𝘀 après la tragédie.
𝘒𝘯𝘪𝘨𝘩𝘵𝘭𝘦𝘺 𝘚𝘢𝘨𝘦 𝘔𝘤𝘭𝘢𝘯𝘨𝘭𝘦𝘺.







Un mois.

Un mois que Rare n'est plus là.

Et pourtant, parfois, j'ai encore l'impression qu'il va passer la porte comme si de rien n'était. Qu'il va m'envoyer un message à trois heures du matin pour me dire qu'il a fait une connerie et que je dois l'aider. Je rêve encore de lui. Et c'est pas des rêves sympas ni apaisants. C'est des cauchemars où je le cherche partout et où il me tourne le dos, où il parle mais je n'entends rien. Je me réveille en sursaut, le cœur qui bat trop fort, comme si j'étais en train de tomber d'une falaise.

Un mois. Et j'ai toujours l'impression que c'était hier ou peut-être que c'est demain. J'en sais rien. Le temps est devenu bizarre.

Je pensais qu'avec le temps, la douleur s'estomperait un peu. Qu'elle deviendrait plus supportable, que je me réveillerais et il me manquerait juste moins... fort.

Mais non. C'est pire.

J'ai envie de me foutre en l'air plus que la moyenne. Cette pensée tourne en boucle dans ma tête : au réveil, sous la douche, quand je regarde les gens rire dans la rue comme si la vie valait encore quelque chose...

C'est pas que je veux vraiment mourir ( si, un peu quand même). C'est juste que vivre me fait mal. Trop mal. Et je me dis que si je le faisais, ce serait juste... le silence. Et je crois que j'en ai besoin. Juste ça. Le silence. Enfin.

Je me lève, je fais semblant. Je souris un peu, je réponds aux messages, aux appels, je travaille pour m'occuper l'esprit. Mais dedans, c'est le vide. Tellement profond que je pourrais y tomber moi-même. Alors j'essaie de le remplir comme je peux. Je donne, j'aime, intensément, jusqu'à l'excès. Trop fort. Trop vite. J'envoie des messages à pas d'heure, je m'inquiète trop, je veux toujours être là, tout le temps. J'étouffe un peu, je le sais. Je lovebomb. Parce que j'ai peur qu'on voie que j'ai plus rien à donner vraiment.

Avec Stormi, c'est juste la catastrophe. Parce que je l'aime, vraiment. Et je veux pas la perdre. Alors j'en fais trop. J'abuse. Je la noie sous mon attention, mes messages, mes appels. Je veux qu'elle sache que je suis là, que je l'aime, que je serai jamais celui qui l'abandonne. Mais parfois, je me rends compte que ça la fatigue, que je l'étouffe un peu. Je vois dans ses yeux qu'elle a besoin d'espace, mais je suis incapable de lui en donner. C'est pas sain, je le sais. Mais le pire, c'est que malgré tout ce que je donne, j'ai toujours l'impression que c'est pas assez ; qu'ils peuvent d'une manière ou d'une autre voir que je suis vide au fond.

Et parce que c'est pas drôle sinon, ajoutons à la liste la peur constante que j'ai maintenant de perdre les gens que j'aime. J'ai l'impression que chaque personne à qui je tiens pourrait disparaître à tout moment. Je demande à Zion ce qu'il fait toutes les cinq minutes. Je vérifie qu'il est bien rentré, qu'il a bien mangé, qu'il est pas seul. Comme si le surveiller allait suffire à le garder en vie.

Pareil pour Stormi, et je me mets dans des états pas possible si elle met plus de dix minutes à répondre, sinon mon cerveau part en vrille. Je m'imagine le pire. Un accident. La mort. Parce que depuis que Rare est mort, j'ai cette pensée dans la tête qui répète en boucle : "tu vas encore perdre quelqu'un". Cette peur est ancrée dans les pertes que j'ai déjà vécue. Je veux pas revivre ça. Je veux pas être seul à nouveau.

—  Faut que t'aille voir un psychiatre , me dit Zion, très sérieusement, pas une once d'humour dans sa voix ni son expression.

Je lève les yeux vers lui. Il me regarde sans détourner le regard. Pas pour m'humilier. Pas pour m'attaquer. Juste... parce qu'il en peut plus.

Silent after the storm Où les histoires vivent. Découvrez maintenant