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Chapitres 72








𝗣𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗻𝘁.
8 𝗮𝗻𝘀 après la tragédie.
𝘚𝘵𝘰𝘳𝘮𝘪 𝘚𝘵. 𝘍𝘳𝘢𝘯𝘤𝘪𝘴




Aujourd'hui, c'est le jour qu'on a tous redouté : l'enterrement de Rare. Plus de discours télévisés ou d'obsèques nationales. Juste un comité restreint, composé de ses amis les plus proches comme convenu. C'est Zion et son équipe qui s'est chargé de toute l'organisation.

Knight de son côté, est encore enfermé dans un déni monstrueux. Je ne pensais même pas que c'était possible de rester dans cet état aussi longtemps. Selon lui, ce qu'on s'apprête à faire : l'enterrement ; est ridicule, inutile et illogique parce que de toute façon Rare n'est pas mort.

Quand ma mère est morte, j'ai également eu cette phase de déni ou ton cerveau veut pas te faire saisir l'information dans son intégralité mais ça n'a durer que peu de jours avant que la réalité me rattrape. Seulement, avec Knight, cela semble persister. Il y croit à son retour. Vraiment. Et c'est ça qui est terrifiant. Il le croit avec une telle intensité que parfois... j'en doute moi-même. Même si je l'ai vu. Je l'ai vu allongé sur cette table. Je sais qu'il est parti.

Évidemment, ma douleur n'est pas aussi violente, aussi ravageuse que la sienne ou celle de Léonard Reign et Hassan, mais elle est là. Constante. Un poids au cœur. Parce que, malgré tout ce qui a pu se passer entre nous, Rare et moi... on avait fini par trouver un terrain d'entente. Une paix fragile mais sincère.

Et aujourd'hui, il me manque.

Je n'ai toujours pas lu la lettre qu'il m'a laissée. Je crois que personne ne l'a fait. La boîte est toujours posée, là, sur la table du salon. Intacte. Fermée. On n'arrive pas à l'ouvrir. On ne peut pas. Alors elle est devenue une pièce de décoration jusqu'à ce quelqu'un trouve le courage de l'ouvrir.

L'heure approche.

D'abord, tout le monde se rassemblera au manoir pour un dernier hommage, dans cet endroit qui l'a bercé puis nous irons ensemble au cimetière familial. Celui réservé aux McLangley.

C'est stressant...enfin, je ne stresse pas pour moi. Je stresse pour Knight.

Je redoute cette journée, cette heure, ce moment précis où il verra tout ce qu'il refuse de croire. J'essaie d'être là pour lui. Autant que possible. Mais le voir dans cet état me brise un peu plus chaque fois. Parce que c'est évident : il ne veut plus être ici. Pas dans cette maison. Pas dans ce monde sans Rare.

Pour l'instant, le manoir est encore vide. Les invités arrivent dans moins d'une heure. Et moi... je suis dans la chambre, à le regarder se préparer silencieusement. Il n'a pas prononcé un mot depuis qu'il s'est levé. Il ne cligne presque pas des yeux. Son visage est neutre, trop neutre. On dirait un masque.

     Tu veux que je t'aide avec ta cravate ? Murmurai-je, doucement.

Il ne répond pas. Il continue d'essayer de nouer ce nœud qui ne cesse de lui glisser entre les doigts alors qu'il le fait d'habitude si aisément. Il s'y reprend encore, et encore, et encore, en tirant un peu plus fort à chaque tentative ratée. Puis il lâche un souffle sec, et sa mâchoire se crispe.

Je me lève lentement, m'approche, et tends les mains sans un mot. Je m'avance un peu plus et j'ai l'impression que ça fait des décennies que je n'ai pas été aussi proche de lui. Récemment, j'ai l'impression de le dégoûter, comme si ma présence l'étranglait plus qu'elle ne l'apaisait. Il refuse tout contact. Il évite mes yeux, mes gestes, ma voix.

Silent after the storm Où les histoires vivent. Découvrez maintenant