POINT DE VUE EXTÉRIEUR
Khoumba avançait vite sur le chemin sablonneux, les pagnes serrés autour de sa taille. La poussière collait à ses chevilles, la chaleur du soir lui plaquait le foulard sur le front. Quand elle arriva devant la case du marabout, elle ajusta son voile, regarda autour d'elle d'un œil méfiant et frappa trois fois contre la porte.
Il leva les yeux de son plateau rempli de cauris et de papiers froissés quand elle entra.
Lui : La fête en famille s'est bien passée ? T'as ce que je t'ai demandé ?
Elle tira un petit sachet en plastique noir de son pagne et le posa devant lui sans un mot.
Elle : J'ai pas réussi à prendre les cheveux de la fille. Sa grand-mère est toujours derrière elle. Elle vient tous les jours le soir après la prière de Isha, et tous les matins après le dohr elle est là. J'ai même pas pu approcher. Mais j'ai ça. C'est un poil de mon fils. Ça peut suffire non ?
Il saisit le sachet, le tourna lentement dans sa main. Son regard se durcit.
Lui : Ça peut marcher. Et l'œuf ? Tu l'as cassé où je t'ai dit ?
Elle baissa les yeux, la mâchoire serrée.
Elle : Non. Un chat errant s'est installé devant leur porte. Depuis quelques temps il bouge plus. Il reste couché là à m'observer. À chaque fois que je m'approchais, il se redressait et il grognait presque. J'ai pas osé. Une fois même il m'a griffé.
Il grimaça. Il savait ce que ça voulait dire. Ça s'annonce compliqué. La personne qui protège Maryam n'est pas une personne ordinaire. Ça, c'est clair.
Lui : Et le sang de la bête ?
Elle souffla, fatiguée.
Elle : Hier... juste après qu'ils ont tué les moutons, une grosse pluie est tombée. Forte, rapide... tu l'as vu non ? Tout le sang est parti au caniveau. J'ai rien pu prendre.
Un silence lourd remplit la pièce. L'air était épais, chargé. L'histoire était bizarre mais les signes étaient clairs. Quelqu'un veillait sur cette fille.
Le marabout fixa longtemps le sachet, puis planta ses yeux dans ceux de la vieille.
Lui : C'est pas bon. T'as été bloquée de partout. Y'a une main qui protège cette fille. Mais on va voir si avec ça on peut quand même les séparer.
Il soupira et prit le poil, le posant doucement sur son plateau.
Lui : Donne-moi le nom de la fille, le nom de sa mère et de son père. Puis tu feras de même pour ton fils.
Elle donna les informations, les mots lui brûlaient la gorge. Elle soupira lourdement. Il faut qu'elle les sépare. Elle n'a pas le choix.
Dix minutes plus tard, il releva la tête, le visage fermé.
Lui : C'est très compliqué. C'est pas suffisant.
Elle se crispa.
Elle : Mais t'es incompétent ou quoi ?
Il lâcha tout ce qu'il avait dans les mains et la fixa, étonné.
Lui : Je crois que tu sais plus ce que tu dis Khoumba.
Elle baissa la tête, son cœur battait fort. Elle reprit ses esprits. Elle ne peut pas échouer.
Elle : Désolée. Je suis sous tension.
Il claque sa langue contre son palais, agacé, puis rassembla ses affaires.
Lui : Va t'en. C'est fini.
