Je rentre chez mes parents et je vais dans ma chambre où je trouve ma mère couchée sur le lit de Sadio, au téléphone. Je retire mon foulard et je remarque qu'elle est avec Sakho, du coup je reste pas et je vais dans la cuisine.
Sadio me faisait grave pitié parce que je l'ai laissée là-bas, elle m'envoyait des messages comme quoi Bakary et sa femme s'étaient grave embrouillés mais ça je m'en fous. Elle, par contre... comme elle voulait pas être de trop, elle est partie, sauf qu'il y a pas de bus donc elle prend le RER toute seule pour rentrer.
Je serre les dents, c'est vraiment de la faute à Bakary, je comprends même pas de quoi il se mêle.
Ma mère arrive et me tend le téléphone, je souffle, j'étais à bout de nerfs en fait. Je pensais à tout en même temps : Bakary, Sadio toute seule dans le RER, ma mère, mon père, mon bébé, Yanis... tout se mélangeait dans ma tête.
Je mets le téléphone à l'oreille et j'entends la voix de Sakho.
Elle : allô torora ça va ?
Et je sais pas... juste le fait qu'elle me demande ça, j'éclate en sanglots. J'arrivais même plus à respirer, c'était trop. Je voulais en finir. Mourir ça me paraissait plus simple parce que j'ai l'impression de rien contrôler dans ma vie.
Mes parents m'oppressent, ou peut-être que c'est juste la situation, mon frère s'y met aussi, j'ai l'impression d'avoir ma place nulle part. Et ce truc dans mon ventre... j'en veux même pas.
J'ai envie de suivre que ce qu'Allah me donne, juste ça, pas les gens, pas leurs décisions. Si c'est ça la vie alors autant mourir. On a tous nos vies, nos problèmes, alors pourquoi vous vivez la mienne à ma place ? Laissez mon Créateur me guider.
Je regarde ma mère, elle avait l'air vraiment mal et elle a pas pu s'empêcher de me prendre dans ses bras. Elle a posé ma tête contre sa poitrine et j'ai ressenti un truc bizarre... mais bien. Vraiment bien.
J'ai pleuré comme un bébé pendant longtemps, elle me caressait la tête sans rien dire et même mon père est arrivé en demandant ce que j'avais. J'ai rien dit, mais pour une fois je me suis sentie écoutée, épaulée.
Faut que je m'effondre pour qu'on me voie ? Pour qu'on accepte ce que je décide pour moi ?
Je me suis calmée petit à petit, ma mère a pris mon visage entre ses mains et au même moment la porte s'est fermée.
Alhamdulilah, Sadio est rentrée... parce que si il lui était arrivé quelque chose sur le chemin à cause de moi, je m'en serais voulu toute ma vie.
Elle arrive dans la cuisine et ma mère dit :
Mama : pourquoi tu rentres que maintenant ?
Sadio : Maryam elle est partie sans moi.
Y'avait une pointe de seum dans sa voix et je la comprends, même moi j'aurais eu le seum.
Je me détache de ma mère sans rien dire et je vais dans ma chambre. Je me couche et je pleure encore et encore.
La porte s'ouvre sur ma mère et Sadio, Sadio soupire et s'affale sur son lit et ma mère s'assoit près de ma tête.
Ma mère : pourquoi Bakary t'a frappé ?
Moi : parce que c'est un imbécile.
Ma mère glousse et sèche mes larmes, je me calme petit à petit et je prends mon portable pour regarder l'heure puis je vois plein de messages de Yanis, je verrouille mon téléphone c'est vraiment pas le moment de lover là.
C'est mieux que je dise à ma mère avant Bakary parce que sinon ça va me saouler... ça fait trop spectatrice de ma vie et non actrice de ma vie.
Moi : je suis enceinte.
