Nous : Wa aleykoum salam.
On se salue et ils s'asseyent. Laly est venue sans le bébé... dommage, j'aurais bien utilisé sa présence comme alibi pour me déconcentrer de la réunion.
Papy : Bon, on va rentrer dans le vif du sujet, parce que je veux pas rester trop longtemps chez cette grosse sorcière.
On rigole.
Mamie : Je vais aller créer la discorde dans tes foyers ! Cherche-moi bien, tu me connais !
Lui : fais-le, elles vont te massacrer.
Mamie : Youssouf, tu dis rien ?
Lui (rire en coin) : Haha, personne va te toucher, chérie.
Tout le monde rigole, mais moi je me sens pas bien. Je suis là, mais j'ai l'impression d'être de trop, comme si tout le monde savait que j'avais fauté et qu'ils attendaient juste le moment pour me le faire payer.
Mon grand-père prend la parole.
Lui : Plus sérieusement, aujourd'hui on est là pour régler le problème entre ces deux-là. Pour que chacun donne sa version des faits et qu'on soit éclairés. Ici, y a deux intermédiaires très proches des mariés. Sakho, j'ai pris l'initiative de les appeler.
Elle : Hm, alhamdoulilah, alhamdoulilah.
Lui : Donc voilà. Galadio, moi j'ai appris que ta femme était ici parce que tu l'avais frappée. Dès que j'ai su, je suis venu. Je lui ai demandé de m'expliquer sa version des faits, pourquoi ça s'était passé comme ça, et elle m'a expliqué... On t'a dit qu'elle fréquentait un homme en France, que Moussa les a surpris et qu'il a décidé de l'envoyer ici pour préserver votre mariage et éviter que le péché rentre dedans.
Quand j'ai parlé à ta femme, elle m'a dit que c'est lui qui s'était jeté sur elle. C'est dur ce que je vais te dire, parce que je te connais, mais avant de réagir, rappelle-toi que Maryam, c'est encore une gamine. Elle connaît pas la vie comme nous ici on la connaît. Certes, elle est mature, elle est débrouillarde, mais elle est pas dégourdie comme nous tous ici. Elle met du temps à capter les gens et les choses.
Je serre les poings. J'ai l'impression qu'on me parle comme si j'étais une attardée. Je baisse la tête, honteuse. Ça fait mal d'entendre ça devant tout le monde. Je jette un regard à Laly, dépitée, et elle me fait un petit signe de la main pour me dire d'attendre, de pas m'énerver.
Lui : Hm.
Mon grand-père me pointe du doigt.
Kissima : Avant votre mariage, Maryam et cet homme se fréquentaient. Ils ont eu une petite histoire de rien du tout, puis Maryam a stoppé la relation parce qu'elle a su qu'elle allait se marier. Après ça, elle a commencé son commerce, ils se sont expliqués si j'ai bien compris, et il l'a aidée pour les livraisons des robes. C'est de là qu'il a pensé qu'il y avait encore une chance et qu'il a décidé de lui faire part de ses sentiments. Il pensait que c'était possible, mais Maryam a été claire. Il l'a suivie et c'est là que ton oncle Moussa les a surpris devant chez eux. Maryam, c'est ça ?
Avant même que je puisse répondre, ma grand-mère me coupe.
Mamie : C'est ça, elle a ses torts.
Mon cœur se serre encore plus. J'ai envie de disparaître.
Laly : Moi, j'aimerais juste revenir sur un point, Kissima, avec tout le respect que je te dois.
Kissima : Mais bien sûr, dans tous les cas t'es là pour parler, ta parole est aussi importante que la mienne.
Elle : J'ai bien écouté, mais y a un point avec lequel je suis pas d'accord. Maryam, c'est pas une fille laxiste. C'est juste une personne qui croit en la parole des gens. Mais dire qu'elle est naïve ou inconsciente, non.
