Le temps est passé, à vrai dire il ne s'est pas passé grand-chose.
La situation n'a pas trop changé, toujours mariée à mon cousin, toujours au Mali.
Galadio m'a présenté ses excuses plusieurs fois j''ai essayé de ne pas les accepter, mais il me faisait peine à voir. Mes sentiments ont pris le dessus, même si je garde quand même une certaine rancœur.
Il nous a présentées j'ai vu Fatou, elle est tellement belle.
En fait elle dégage une aura de femme irrésistible, dans sa manière de parler, de se comporter, de tout faire. Elle sait qu'elle plaît et je pense que c'est ça qui crée cette aura.
Si ça n'avait pas été la femme de Galadio, j'aurais aimé être son amie et je le dis avec beaucoup de gêne.
J'ai aussi vu leur petite fille et je n'ai pas supporté. J'en ai fait une crise d'angoisse, comme quand j'ai appris son existence et depuis ce jour j'en fais régulièrement et ça m'énerve. En fait j'ai trop la haine. J'ai eu deux enfants, les deux sont morts, et elle... son enfant est là, en bonne santé. Je vois l'amour que Galadio lui porte, et l'amour qu'on porte à nos premiers enfants n'est pas comme celui des autres.
J'aurais tellement aimé être la mère de son premier enfant.
Concernant mon mutisme, j'ai retrouvé la parole, mais je communique avec cinq personnes seulement. Ma grand-mère, Aïssata, Moussa, Galadio et Tchétché.
Aïssata et Moussa, c'est ma famille. Ce sont eux qui m'ont aidée quand je n'y arrivais plus, quand j'avais la tête sous l'eau j'ai passé beaucoup de temps avec eux et c'était très agréable.
Aïssata est de très bon conseil. En fait elle m'a fait suivre une sorte de thérapie avec elle, et j'ai relativisé ma vie.
Grâce à elle j'ai pu faire la paix avec tout le monde j'ai pardonné, et mon cœur est devenu plus léger.
Mes parents, mon cousin... sa mère qui a sûrement jeté une malédiction sur mon ventre pour que je ne porte aucun de ses enfants. Mouna, qui m'a fait la misère. Allah y rahma.
Oui, Mouna est décédée.
Qu'Allah lui fasse miséricorde.
Elle était très malade ils ont tout testé pour la guérir, tout sauf l'emmener à la clinique, avant de mourir elle ne bougeait plus, elle était comme un légume dans sa chambre, avec plein de boutons partout, et ça dégageait une odeur horrible.
Je ne l'avais pas pardonnée à son décès, j'ai pas invoqué pour elle enfaite j'étais rongée par la haine, je voulais juste oublier.
Puis Aïssata m'a parlé, j'ai pleuré, je me suis repentie et je me suis posé une question : comment moi, Maryam, je peux être remplie de haine comme ça ?
On est tous humains, on fait tous du mal aux gens, volontairement ou non l'humain est créé ainsi. Il y a certes de la miséricorde, de l'amour entre nous, mais à la base ici-bas, on se défie.
C'est là que mon cœur s'est apaisé, j'ai envoyé un message à ma mère, à mon père, à mon frère, à Laly, à tout le monde.
Et quand Galadio est venu le jour d'après, il était très mal.
Donc j'ai laissé.
Parfois j'ai encore la haine, mais je me dis à quoi bon. C'est toujours pareil, je suis bloquée ici, autant rendre tout ça supportable.
Sinon tout le monde va bien. Youssouf, Lassana, Aïda, Penda, tous.
Depuis Yanis et moi on se parle souvent sur Instagram. Ce n'est pas ambigu, ce n'est pas sain non plus, mais ça me fait du bien. Il m'envoie des vidéos, je commente, on rigole, on prend des nouvelles et on dévie 😂.
