Lui : demain on retourne à la maison.
Moi : ok
Lui : ok
Il démarrait toujours pas, du coup je jouais sur mon téléphone.
Lui : tu recommences à redevenir comme avant...
Je lève la tête, je le dévisage. Je vais me taire, c'est mieux.
Lui : je comprends pas... franchement je comprends pas. Parce que je trouve que je suis un homme très patient, très gentil avec toi. Je sais pas si tu crois que ton fils va revenir parce que tu restes là à te morfondre mais tu te trompes... C'est une manie chez vous les Françaises, d'exagérer tout, de dramatiser comme si t'étais la seule à souffrir.
Je suis choquée.
Lui : tu veux trouver un coupable, tu choisis quelqu'un et tu lui craches toute ta rancune. La vie continue Maryam, il est parti, c'est fini. Si tu veux qu'on continue notre mariage comme ça, pas de souci, dis-le-moi. Je vais m'y faire. Mais oublie pas une chose... l'homme doux, gentil et patient que je suis, c'est terminé. Parce que moi je fais beaucoup d'efforts avec toi, beaucoup.
Et là j'ai senti un vrai écart entre nous, pas physique, pas verbal... un écart sentimental. Peut-être qu'on a arrêté de faire l'effort, tous les deux. Peut-être que nos environnements ont repris le dessus.
Moi : laisse-moi retourner chez mes parents... je peux partir en même temps que L...
Lui : haha, je crois que t'as pas compris. Je suis pas un petit con que tu manipules. Je t'ai déjà dit et je te le redis, l'Europe tu n'y mettras plus jamais un pied. Tu vas rester en Afrique. Et la seule chose qui te délivrera, c'est ta mort.
J'ai voulu faire la drama, pleurer, lui dire tue-moi si c'est comme ça... mais c'est pas moi. Il me voit comme une idiote, et toute la maison aussi.
Lui : je pensais que t'étais une femme forte, une femme qui accepte son destin, qui s'en remet à Dieu. Je te voyais douce, compréhensive... mais toi tu penses qu'à toi. T'as oublié que les hommes aussi souffrent.
Moi : c'est pas mon problème.
Ses yeux se sont légèrement ouverts puis il a sourit comme ci c'était une évidence.
Lui : voilà, je le savais. Pour toi c'est juste : « il m'aime pas, je l'aime pas, on m'a donné à lui de force, j'aurais dû me battre pour épouser celui que j'aimais ». Mais tu penses pas que moi aussi je souffre ? Tu sais ce que ça fait de vivre avec une femme qui te calcule même pas ? Une femme t'es là tu sais pas si t'as bien fait de rentrer à la maison ou si t'aurais mieux fait de rester dehors ? T'as cru quoi ? Que parce que je t'aimais, tu pouvais faire ta maligne ? Mais c'est fini ça, ça fait longtemps que je te tolère, c'est bon. Tous tes trucs de « laisse-moi tranquille, laisse-moi gérer mon foyer »... terminé. Maintenant je vais tout faire comme moi je veux. Parce que c'est moi l'homme ici.
Moi : ça change pas de d'habitude.
Il soupire et dit d'un ton plus bas mais toujours aussi autoritaire.
Lui : très bien. Si t'as compris, c'est parfait.
J'avais pas envie de me défendre. Peut-être que je suis égoïste. Mais lui... lui il l'est encore plus. Et en plus de ça, il est arrogant. Il me fait passer pour une fille insensible, il minimise ma douleur.
Peut-être que moi aussi je l'ai oublié. J'ai oublié qu'avant d'être un homme, c'était un humain, comme moi. Un papa, comme moi j'étais maman. Mais je m'en fous. Je suis contente de l'avoir oublié. Parce qu'il m'a blessée, et j'ai besoin de lui en vouloir pour survivre à tout ça.
