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Elle : pourquoi tu pleurais hier ? Tu m'as trop inquiétée...

Oh je savais qu'elle allait me demander ça... mon ventre s'est serré direct.

Moi : oh rien laisse...

Elle attrape mes mains, ses doigts sont chauds, son sourire doux, et j'ai l'impression que tout le resto s'efface autour de nous. Pourtant y'a du bruit, des couverts qui font du boucan, des gens qui rigolent... mais moi je me sens mise à nu, comme si tout le monde m'écoutait et que c'était mon moment de parole.

Aïssata : je peux pas laisser ça comme ça, j'te jure Maryam hier j'ai vu une personne sans défense, sans personne à qui se confier. Comme si même pour te décharger d'un poids tu pouvais pas, et que tu remettais tout sur toi-même.

Mes larmes montent et ma gorge brûle, j'ai honte d'être vue comme ça surtout par Aïssata parce que je vais la côtoyer plus qu'à l'heure d'aujourd'hui et son regard va changer vis à vis de moi.

Elle : je sais que t'es une personne qui se renferme beaucoup et j'te jure que je comprends, parce que j'ai été comme ça à une période de ma vie... mais y'a rien de pire que de vivre des choses seule, en plus loin de tes parents... seule avec un homme... sans amie.

Moi : j'ai plus personne Aïssata.

Elle me sourit tristement.

Elle : ça me brise le cœur de te voir ainsi, tu sais pas...

Moi : je suis bizarre maintenant, enfin je l'ai toujours été mais là encore plus qu'avant.

Elle : t'es pas bizarre Maryam, t'es pas comprise... parce que t'es un livre fermé. Moi dans le fond je vois juste une personne douce, gentille et intelligente.

Ses mots me frappent, je souris malgré mes yeux humides, je passe mes mains sur mon visage pour sécher mes larmes, j'ai honte que les gens me voient comme ça.

Elle : raconte-moi tout du début à la fin, si ça peut t'aider... et si tu veux, raconte-moi.

Je souffle un grand coup, mon cœur bat trop vite, c'est toujours comme ça quand je me confie même sur un petit truc.

Moi : en gros... depuis que je suis petite je suis promise à Galadio et j'ai jamais vraiment dit non à mes parents. Au début je calculais pas, puis c'est devenu sérieux, ça m'a enfermée dans un truc où je voulais pas les décevoir. Après... j'ai fait la conne. Je suis tombée amoureuse d'un mec de mon quartier, un rebeu qui s'appelle Yanis, alors que je savais très bien que c'était mort. On est resté ensemble un bon moment, puis un jour on m'a dit qu'on partait au Mali parce que je me mariais. J'ai coupé court et Yanis... il s'en foutait tu vois. Quand je suis revenue de mon mariage, j'ai passé mon permis. C'était mon moniteur... et ça s'est grave mal passé je sais même plus comment, mais on a fait la paix, et on a recommencé à se donner rendez-vous au-dessus de mon bâtiment. Puis il m'a aidée pour mon business de couture... et un jour Aïssata... on a dépassé toutes les limites. Il m'a embrassée en disant qu'il m'aimait, et moi je lui ai dit que j'étais mariée, que c'était pas possible. Ensuite comme de par hasard, mon père nous a vus... et il m'a envoyée ici.

Je tremble, je sens ma chaise trop dure sous moi, en vrai mon père a eu raison de m'envoyer ! J'ai foutu la merde.

Moi : au début Galadio suspectait quelque chose, mais il disait rien. Au bout de deux semaines Aïssata, j'te jure, il s'est transformé en inspecteur monstre. Il me fixait sans parler, il me répondait pas, juste ses yeux noirs... il me demandait pourquoi j'appelais pas mes parents, pourquoi je revenais comme ça, c'était bizarre. Jusqu'au jour où il l'a su. Là il allait me défoncer plus que d'habitude, mais je sentais que j'étais enceinte, alors je lui ai dit de me laisser. Après je suis retournée chez ma grand-mère au village. Il a pas voulu accepter la grossesse au début, puis j'ai donné ma version et longtemps après il est revenu sur sa décision. Il m'a pardonnée. On est retournés ensemble. Mais depuis, il est grave dans le "t'es à moi". Retourner en France pour moi c'est fini, il veut pas, il m'a dit mot pour mot : c'est ici que je vais mourir.

UN "BLEDARD" DANS MA VIEDes histoires addictives. Découvrez maintenant