Je me lève et quitte la pièce, la pièce remplie de larmes et de lamentations. Laly me tient le bras et sèche ses larmes, on se dirige vers la sortie et la mère de Yanis s'approche de moi.
Elle s'arrête à 1 mm de moi et hésite avant de me serrer dans ses bras.
Elle : je sais que t'aurais pris soin de lui, je sais.
Je ferme les yeux et serre mon cœur par la même occasion. Elle me fait de la peine.
Et puis ses mots me font quelque chose. Parce que je sais qu'elle a raison. J'aurais pris soin de lui. Même si notre histoire était terminée, même si je ne savais plus exactement ce que je ressentais pour son fils, je sais que je n'aurais pas pu le laisser seul face à ça.
Moi : on a dit qu'on pleurerait pas... c'est difficile mais alhamdoulilah.
Elle caresse ma joue avec son pouce et me dit :
Elle : quand je te vois je suis obligée de pleurer parce que t'étais la seule qui était toujours là, même enceinte t'étais là, t'as jamais abandonné mon fils. Merci beaucoup, si t'as besoin de quoi que ce soit n'hésite pas.
Et pour moi c'est totalement normal. Je l'ai aimé Yanis. Peut-être que c'était pas de l'amour, peut-être que c'était qu'une illusion, peut-être même que j'ai aimé une version de lui qui n'existait plus depuis longtemps... mais ce que je ressentais m'obligeait à être là pour lui dans ce genre de moment.
Et lui ?
Lui m'a beaucoup aidée à mon retour. C'était l'épaule sur laquelle je m'appuyais pour ne pas tomber. C'était peut-être une illusion, certes, mais j'ai tenu avec ça.
Je dis que c'est une illusion parce qu'au final je suis tombée et je me suis relevée. Pas seule, mais lorsque je me suis relevée, il n'était pas là.
Et c'est peut-être ça qui me fait le plus mal aujourd'hui.
Parce que pendant longtemps j'ai cru que certaines personnes étaient indispensables à ma survie, alors qu'en réalité j'ai survécu à leur absence.
Moi : je l'ai pas fait pour que tu me sois redevable, je l'ai fait parce qu'il comptait pour moi et que j'en avais envie.
Elle : qu'Allah te garde et t'accorde un bon mari ma fille vraiment.
Je baisse les yeux quelques secondes.
Un bon mari... les mamans ne souhaitent que ça mais quel mari est bon ?
Je pourrais lui répondre tellement de choses. Je pourrais lui dire que je ne cherche même plus ça. Que je ne sais même plus si je suis capable de laisser quelqu'un entrer dans ma vie sans avoir peur de ce qu'il pourrait y détruire.
J'espère surtout qu'Allah m'accordera la paix et c'est tout ce que je demande actuellement.
La paix.
Elle se fait interpeller et se détache de moi.
Moi : amin, n'hésite pas à m'appeler si t'as besoin de quelque chose.
Au fond, j'espère qu'elle hésitera à m'appeler parce que je veux juste tourner cette page...
C'est sûrement fuir, mais à quoi bon être rattachée à ce passé si le protagoniste de cette histoire n'est plus là ?
Et même cette pensée me fait culpabiliser.
Parce qu'il est mort.
Je n'ai même pas le droit d'être fatiguée de cette histoire sans avoir l'impression d'être une mauvaise personne.
