La porte de ma chambre s'ouvre. Je lève la tête et c'était Bakary.
Bakary : Pourquoi tu pleures ? Je l'ai pas frappé ton arabe hein, on a parlé et il m'a demandé pardon. J'ai eu sa version des faits et c'est à toi de faire un choix, nous on te suit.
Moi : Je vais au Mali, mon mari m'attend.
Bakary : Quoi ?
Moi : Papa m'a donné mon billet, je pars dans deux semaines inshaAllah.
Il s'assoit à côté de moi et soupire.
Lui : Eh, moi je peux pas t'aider si tu veux pas t'aider toi-même hein.
J'ai fondu en larmes, première fois devant mon frère.
Lui : Qu'est-ce que t'as ?
Moi : Je reviens plus ici, après c'est fini. Papa m'a dit que je reviens plus, il me déteste.
Bakary : C'est du bluff !
Moi : Tiens, regarde.
Je lui tends la lettre, il la lit et rigole nerveusement.
Lui : Tu sais Maryam, tu vas te perdre si tu continues à vouloir être celle qu'ils veulent que tu sois. Fais ce que tu veux, c'est ta vie, pas la leur.
Moi : Mais si je pars pas, je vais faire quoi ? Je vais aller où ? Je serai quoi ?
Lui : Bah tu viens chez moi, je vais t'aider jusqu'à ce que tu trouves un truc.
Je ne dis rien et je le regarde.
Lui : Dis rien, réfléchis bien. Moi chez moi c'est ouvert pour toi et Sadio, tu le sais très bien, à n'importe quelle heure, à n'importe quel moment.
Moi : Je vais y réfléchir, merci.
Il sort de la chambre et je me mets à réfléchir. Franchement, je sais pas quoi faire.
—
Maman : Tu donneras ça à ta belle-mère.
Je prends le sac sans rien dire et vais dans ma chambre. Ça fait une semaine qu'elle ne me parle toujours pas.
Dans une semaine, je pars aussi. Je peux comprendre qu'elle m'en veuille, mais ça me gave.
Personne ne veut me comprendre pourtant, c'est moi qui subis tout.
Personne ne veut savoir ce que je ressens ou ce que je veux.
Personne ne sait, si ce n'est Dieu.
Ça me faisait mal au début, mais là... Je suis frustrée.
Je pars dans une semaine inshaAllah, donc là on est en pleine préparation.
Sadio rentre dans ma chambre et s'assoit sur mon lit.
Moi : Alors, ta journée ?
Elle : Comme d'hab hein... Mah, elle est chelou aujourd'hui, quand je suis rentrée, là elle pleurait. Vous vous êtes disputées ?
Moi : Pas du tout, elle me parle pas.
Sadio : Mama, elle fait genre mais elle t'aime trop, ça doit lui faire mal de pas te parler.
Ça m'a calmée ce qu'elle m'a dit, je me sens coupable.
Moi : Je suis pas un monstre... Si elle veut me parler, elle peut, je vais pas la remballer. Toi-même t'as vu, j'ai essayé de lui parler plein de fois, c'est elle... Elle veut pas m'écouter.
Sadio : Te justifie même pas, j'ai vu. Et elle a qu'à pleurer, c'est elle-même !
Je la pousse et elle rigole.
