Chapitre 78 - Vulnérabilité

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C H A P I T R E
78

VULNÉRABILITÉ































































-Rose-





Si le vent ne rabattait pas la pluie fouettant ma peau, je croirais que le temps s'est définitivement arrêté. L'attente est insoutenable et je ne peux strictement rien faire pour changer ça. Mon cerveau joue les pires scénarios devant mes yeux. Et si c'était déjà trop tard ? S'il n'était pas capable de revenir et qu'il s'écroulait en chemin ? Peut-être qu'il est allongé sur le sol, agonisant, pendant que nous l'attendons bien sagement.

Tout paraît irréel. Ou alors c'est moi qui ne veux pas croire ce qui est en train de se dérouler. Je ne comprends pas. Je n'arrive pas à mettre de l'ordre dans tout ce chaos.

Comment est-ce arrivé ? Pourquoi est-il parti seul sans prévenir personne ? Est-ce qu'il va rentrer ?

Cependant, s'il y a bien une chose qui est claire dans mon crâne, c'est que dès que je me serai occupée d'Aron, je mettrai le cap sur l'Italie.


Ils viennent de déclarer la guerre.


Mon cœur tambourine si fort contre mes cotes que je crois bien qu'il va en fissurer une. Mes tremblements ne veulent pas cesser, surtout dans mes jambes, l'adrénaline les incite à courir. Courir vite. Le plus loin possible.

J'ai l'impression de perdre totalement la raison, l'expectative est une torture sans nom.

Mon téléphone est toujours fermement accroché à ma main au cas où il sonnerait de nouveau. A force, je ne sens plus mes jointures à force de serrer l'appareil, comme si c'était la seule chose qui me permettait de ne pas me noyer sous l'angoisse, comme si c'était ma bouée de sauvetage dans le naufrage de mon cœur.


Putain, Aron, je t'en supplie reviens en vie.

Tu n'as pas le droit de me laisser là.


Je crois bien frôler l'arrêt quand des phares de voiture éclairent timidement, au début, la cour puis m'éblouissent avec ferveur. Le véhicule noir ne prend pas la peine de se garer tandis que le moteur s'éteint et les sources de lumière aussi.

Je me précipite sur la portière côté conducteur, mue par un espoir qui frôle l'hystérie. Je l'ouvre sans ménagement et je découvre l'homme qui partage mes jours une main suspendue dans le vide, arrêté dans le geste que j'ai terminé à sa place.

J'observe brièvement son état : il a une coupure superficielle au niveau de la pommette, ses mains sont recouvertes de sang, sa chemise blanche est maculée de sang au niveau de l'épaule droite, dégoulinant tout le long de son torse.

Je lui fais de l'espace pour qu'il puisse se lever. Le voyant grimacer de douleur, je l'aide à s'extirper de l'habitacle. A sa gauche, je laisse sa veste sur le siège passager.

J'essaie de calmer mes gestes, de faire en sorte de masquer la panique et l'agitation avec laquelle j'aimerai l'emmener à l'intérieur. Mais l'effort est trop grand, je n'y arrive pas totalement et il ne manque pas de me le faire remarquer :

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