77 - Plus que je ne possède

31 2 0
                                        




























































.





.





C H A P I T R E
77

PLUS QUE JE NE POSSEDE































































-Aron-


J'ai tourné en rond toute la nuit, sans pouvoir m'arrêter de penser. On aurait dit un poisson dans son bocal, à faire des tours et des tours, à croire que le décor allait changer.

J'ai l'impression de devenir complètement fou, je ne peux pas m'extriquer de ma propre tête dans laquelle une seule personne déambule sans fin. Et, par un mal que je ne sais pas, cette personne ce n'est pas moi.

Je ne suis plus maître de ma propre maison.

Il y a toujours cette ombre qui apparaît, qui ne me laisse jamais seul, et ce depuis de nombreux mois. Si elle avait pour habitude de m'agacer, je crois que je m'en suis accoutumé et que je n'ai plus aucune volonté à la chasser.

Aujourd'hui, je suis debout bien avant le lever du jour, même s'il a tendance à avancer au fur et à mesure que le printemps s'installe. J'ai pris une douche dans la vaine espérance que mes pensées tomberaient sous l'effet de l'eau. Mais ce sont le genre de choses qui restent collées à la peau et à moins de me l'arracher, il n'y a pas grande chose que je puisse faire pour m'en séparer.

Alors j'ai enfilé un pantalon brun foncé avec la veste assortie et une chemise blanche, j'ai même mis autour de mon cou une cravate. Je détonne avec le noir que je revêts tout le temps pour le travail. Je suis même étonné d'avoir encore des vêtements d'une autre couleur. J'ai l'impression que ça fait des siècles que je n'ai pas mis autre chose. Mais pour le lieu où je vais, je ne me vois pas m'y pointer avec des vêtements anciennement tachés de sang.

Je quitte la maison de bonne heure, sans en parler à qui que ce soit. Dialoguer avec moi-même est déjà suffisamment fatiguant pour ne pas avoir à m'expliquer à quelqu'un d'autre.

Ce n'est pas dans mes habitudes de partir comme ça, presque à l'improviste, mais depuis hier soir un sentiment étrange ne me quitte pas et je sais au plus profond de moi que je dois m'y rendre.

Pour trouver les réponses. Pour effacer le doute qui me coupe en deux. Pour que je sache enfin qui je suis vraiment.

Parce que si ce que dit Arthur est vrai, ça me mettrait non seulement dans une situation inconfortable mais surtout ça ouvre un champ des possibles que je suis incapable d'affronter.

Il n'y a pas une question à laquelle je pourrais répondre.

Je suis au volant de ma voiture et je suis transpercé par des milliers de sensations, d'incompréhensions, de craintes. Si ma tête explosait ce ne serait pas plus mal.

Je suis à la fois le bourreau et la victime. Drôle de constat.

Le paysage défile, les lignes de la route s'additionnent, et le ciel grisâtre est homogène. Comme si rien ne voulait prendre position et que tout restait dans un entre-deux insupportable, ni chien, ni chat.

DÉSERTEURSDes histoires addictives. Découvrez maintenant