Partie 2 - Chapitre 7

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Tout était noir, mais je voulais survivre.

Il y avait dans ma bouche comme un goût de fer, un goût de fer si prononcé qu'il en devenait amer. Je peinais à me mouvoir, à ouvrir les yeux, à réfléchir ; et dans mes oreilles ne résonnait que cet acouphène, ce cri strident de mes tympans malmenés.

Après une grosse toux, grasse et douloureuse, j'avais senti, sortir de ma gorge, comme si l'on m'avait arraché les poumons, une sorte de glaire, un caillot de quelque chose que je ne pouvais pas encore définir ; il coulait alors de mes narines et de ma bouche, un fluide chaud, drôlement chaud, de cette tiédeur rassurante du corps. J'eu compris très vite que tout ce liquide n'était autre que mon sang.

Et je me relevais sur mes coudes, malgré toute la douleur qui m'imposait l'immobilité ; je devais bouger par étapes, avancer petit à petit. Tout mon corps et mes sens m'imploraient d'abandonner, de me laisser porter par la mort, par cette douce solution, si facile, qui me tendait ses bras, calmes, accueillants, salutaires... Mais mon esprit et ma rage, nourris d'une haine que je ne soupçonnais pas, en avaient décidé autrement ; et une colère divine s'était élevée en moi ! et dans cette guerre folle, entre la vie et la mort, semblait-il que j'avais réussis à me relever, à gagner.

J'étais enfin debout, vacillante mais debout, titubant sur ma jambe gauche que j'avais alors supposée gravement blessée. Et au milieu des décombres de notre fiacre, à moitié vêtue, les seins et les épaules nues, je ne voyais rien dans un rayon d'un mètre environ, rien mis à part une fine fumée marronâtre, teintée çà et là d'un noir, résidu de l'explosion.

Et peu à peu, comme un retour progressif à la réalité, mes sens reprenaient doucement leur besogne. J'entendais, tout autour de moi, par-dessus cet écran de fumée, des murmures, puis des grognements, des cris, et enfin, le tintement caractéristique du fer qui se croisait.

Après avoir cligné des yeux, deux ou trois fois, je vis, toujours dans cette opaque fumée de terre battue, des grandes ombres informes bouger, s'élancer, se battre. C'était un ballet bien étrange qui se déroulait sous mes yeux ; et une fois ce voile légèrement dissipé, je pus distinguer clairement des personnes, surtout la reine à vrai dire.

Fière guerrière et grande matriarche amazone, elle s'était armée d'une longue épée et se mouvait, se battait avec un élégance absolue, dansant sous les coups de ses assaillants sans que ces derniers ne pussent la toucher.

C'était comme si leurs lames, leurs lances, leurs dagues, tous leurs attirails de mort, glissaient seulement autour d'elle, trop timide ou trop faible pour ne serait-ce qu'effleurer sa peau. Pourtant, elle aussi était dévêtue et blessée ; sa majestueuse robe blanche n'était plus qu'un torchon imbibé de terre, de sang et de crasse, réduite en lambeau, tombant à chacun de ses mouvements.

Elle était toute-puissante et déjà victorieuse dans ce combat qu'elle menait avec un visage grave et fermé de toutes émotions. Et ses prunelles étaient vides, ses mouvements machinaux ; elle était la mort, la faucheuse-même, impitoyable et élégante ; et ses adversaires n'étaient rien d'autre à ses yeux que de pauvres brebis qui se jetaient, gueule la première, sur sa lame acérée.

Je n'entendais plus que ce déchirement des chairs et ce craquement des os qui, l'espace d'un instant, brisaient les râles d'agonie des survivants au sol ; sol qui était maintenant jonché de membres sans corps et de corps sans tête.

La reine, une fois sa danse finie, se tint debout, la tête baissée et le souffle calme ; et du haut de son crâne jusqu'à ses chevilles coulaient le sang de ses ennemies ; elle souriait doucement. Et c'était la dernière image que ma rétine avait captée avant que je ne perde connaissance.

Royal lagoon (GxG)Des histoires addictives. Découvrez maintenant