En souffrance

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Eddie ouvrit les yeux.

Il était allongé dans son lit, seul. Il ne se souvenait pas de s'être couché. Il se souvenait seulement des bras de Buck l'entourant, de son corps chaud, musclé et réconfortant pressé contre le sien.

Il ne s'était pas sentit aussi bien depuis longtemps.

Il s'était sentit aimé et même s'il ressentait un grand vide en lui en se réveillant ce matin, ça lui avait fait du bien.

Il se redressa douloureusement et s'extirpa du lit.

Il se dirigea vers la chambre de son fils mais elle était vide. Il fronça les sourcils et jeta un œil à l'heure.

Huit heures passées.

Carla avaient dû venir le récupérer pour l'emmener à l'école. Il allait quand même s'en assurer. Déjà qu'il était un père déplorable, il n'allait pas en plus devenir irresponsable.

Lorsqu'il pénétra dans le salon pour récupérer son téléphone, il vit que Buck était allongé sur le canapé, le bras jeté sur son visage. Il l'observa quelques secondes avant qu'il ne se redresse et ne lui offre un lumineux sourire.

– Bien dormis ? s'enquit-il.

– Trop, admit-il. On va être en retard.

– Tu ne bosses pas aujourd'hui, lui rappela-t-il. Tu es blessé.

– Ça va aller, tu sais.

– Bobby veut que tu ailles à l'hôpital pour passer une radio.

Eddie le fusilla du regard.

Il avait l'impression d'avoir été trahi. Comment pouvait-il lui avoir fait un coup comme ça ? Il l'avait poignardé dans le dos, encore une fois.

– Tu l'as appelé ? lui reprocha-t-il.

– Bien sûr que je l'ai appelé, répliqua-t-il sur le même ton. Tu ne croyais quand même pas que j'allais te laisser aller travailler dans ton état ?

– Tu lui as dit quoi ?

– Que tu avais fait une chute dans l'escalier et que tu avais mal aux côtes. Et je te préviens que s'il découvre le pot-aux-roses, je te mets tout sur le dos.

Eddie se figea.

Buck le maternait, il le protégeait. Il avait déconné, il avait largement dépassé les bornes mais il le couvrait.

Il aurait vraiment été parfait pour lui.

– Merci, souffla-t-il. De faire tout ça, pour moi, d'être là, malgré mes conneries.

– Je serai toujours là, lui promit-il.

Il acquiesça en se pinçant les lèvres. Il avait pleuré entre ses bras la veille et ça lui avait fait du bien mais il ne devrait jamais renouveler l'expérience.

– Bobby veut que je t'emmène passer ta radio ce matin et ensuite je devrais aller bosser.

– Je peux y aller tout seul, lui affirma-t-il.

– Non, je t'emmène, insista-t-il. Je ne te laisserai pas tout seul dans un moment comme celui-là. Et puis, de toute façon, je ne te lâcherai pas, temps que tu ne m'auras pas expliqué ce que c'est que tout ça.

– Tout ça quoi ?

– Ne joues pas à ça, le prévint-il. Ce n'est pas normal de sortir le soir dans l'unique but d'aller se battre.

– C'est rien, souffla-t-il. Je vais bien.

– Eddie, gronda-t-il.

– Je t'assure, j'ai seulement trouvé un endroit où me défouler mais ça été un peu trop loin, cette fois.

– Trop loin, répéta Buck. Eddie, je ne t'ai jamais vu craquer. Quelques soit les épreuves que tu peux traverser, t'as toujours été un roc.

– Christopher a besoin de moi, je dois être ce roc.

– Mais tu as le droit de te laisser aller de temps en temps.

– Je ne peux pas.

– Eddie, hier soir,...

– Disons que je n'étais pas en état d'être un roc, le coupa-t-il. Je suis désolé que tu m'ais vu comme ça. Ça ne se reproduira pas.

– T'es pas une machine, t'as le droit de souffler.

– C'est ça... qui m'aide.

– Ça ne t'aide pas, le contredit-il. Ça te fait plus de mal encore. Eddie, je tiens à toi et ça me fait peur, ça a fait peur à ton fils.

– Je vais me reprendre, lui promit-il. Pour Chris et parce que tu me le demandes.

– C'est pour toi que tu dois le faire, soupira-t-il. Tu as besoin d'un break, tu as besoin de souffler pour toi et pour pouvoir prendre soin de ton fils. Tu dois arrêter de vouloir avoir le contrôle sur tout ce qui t'entoure parce que... c'est impossible.

– Je sais que c'est impossible mais je voudrais... Offrir une meilleure vie à mon fils, ne pas le laisser tomber, encore une fois.

– T'es un père génial, tu ne l'as jamais laissé tomber.

– Je n'ai fait que ça, affirma-t-il brisé. Je n'étais pas là, Buck, quand il était bébé. Je suis resté loin trop longtemps et sa mère s'est barrée. Et comme, je n'ai pas réussi à la retenir, je suis venu ici et je l'ai faite revenir dans sa vie.

– Et t'as rendu ton fils heureux. Il avait besoin d'elle comme de toi.

– Ouais, railla-t-il. Elle est revenue et, j'aurais dû me méfier parce qu'elle était déjà partie une fois...

– Eddie...

– J'avais peur qu'elle recommence et c'est ce qu'elle a fait au final.

– Mais... Elle est morte.

– Je sais, admit-il. Juste après avoir demandé le divorce.

Buck ferma les yeux.

Eddie ne lui en avait jamais parlé. Il n'en avait parlé à personne. Il avait eu assez de regard de pitié comme ça.

Pas besoin d'en rajouter.

– Et je lui en veux tellement, poursuivit-il. Je suis pathétique parce que je suis en colère contre une morte.

Buck fronçait les sourcils.

Il encaissait en silence tout ce qu'il était en train de lui dire et Eddie voyait bien qu'il essayait de comprendre. Il n'y avait rien à comprendre. Il n'était qu'un connard pas capable d'avouer ses sentiments.

– Mais c'est surtout à moi que j'en veux, poursuivit-il. Parce que je n'ai pas su l'aimer, j'ai fait semblant d'être heureux avec elle pour ne pas être malheureux tout seul.

– Tu l'aimais, souffla-t-il.

– Oui, confirma-t-il. C'était vrai avant notre mariage. À ce moment-là, je l'aimais mais après je l'ai fui parce que je n'arrivais pas à lui mentir.

Comment il aurait pu lui dire qu'il était amoureux d'un inconnu ? Qu'il l'avait épousé uniquement parce qu'il était persuadé que jamais il ne le reverrait. Ce même inconnu qui se tenait face à lui en ce moment et qui essayait de le comprendre. Cet inconnu qui n'en était plus un aujourd'hui et qui lui était devenu inaccessible.

C'était ça aussi qui le bouffait de l'intérieur mais jamais il ne l'admettrait.

9-1-1 - Je te prometsDes histoires addictives. Découvrez maintenant