Le parking à l'arrière du Soprano était désert en ce milieu d'après-midi. L'air, chargé d'humidité, portait l'odeur de terre mouillée qui s'élevait du bois bordant le rectangle austère de briques rouges qu'était le Soprano.
Louka, penché sur le moteur de sa voiture, faisait mine de bricoler. Il n'avait rien à réparer ; c'était juste une excuse pour être seul, s'occuper les mains pour éviter de penser.
Les pas de Gino sur le gravier brisèrent le calme. Les mains dans les poches de son costume sombre, il s'avança tranquillement.
— Tout va bien ? demanda-t-il en arrivant à sa hauteur.
Louka, sans lever les yeux, essuya distraitement ses mains sur son jean.
— Juste un peu d'entretien. Rien de sérieux.
Gino hocha la tête, mais son regard avait déjà glissé ailleurs. Une bâche recouvrant une forme appuyée contre le mur attira son attention. Il s'avança, le gravier crissant sous ses chaussures de ville, et souleva légèrement le coin de la toile pour y découvrir un deux roues qui avait connu des jours meilleurs.
— C'est quoi, ça ?
Louka tourna brièvement la tête vers lui, puis revint à son moteur.
— Une moto, répondit-il, le ton chargé de sarcasme.
Gino tira la bâche un peu plus, dévoilant le carénage cabossé, les griffures qui zébraient la peinture.
— Elle est bien amochée, dit-il. Elle roule encore ?
— Ouais. Je l'ai retapée.
Gino se tourna vers lui, intrigué.
— Tout sauf le kilométrage. Bloqué sur zéro.
Louka marqua une pause, ses yeux balayant distraitement l'objet.
— Comme si elle voulait repartir à zéro, ajouta-t-il, presque pour lui-même.
— À qui elle était ?
Louka inspira profondément.
— À notre père. Il s'est tué avec.
Gino resta silencieux un instant, pesant les mots qui avaient été jetés sans la moindre émotion.
— Il roulait comme un con, dit Louka. Toujours à fond, comme si la route lui appartenait. Fallait bien que ça arrive un jour.
Un silence gênant s'installa. Gino sembla hésiter, mais il finit par demander :
— Pourquoi tu l'as pas vendue ?
— Personne voudrait de cette épave.
Il y avait une sécheresse dans sa voix qui interpella Gino. Il le fixa un instant, comme pour déceler quelque chose derrière le masque. Mais Louka ne lui laissa pas le temps de creuser davantage.
— Et Calista ? Elle est où ? Pourquoi t'es pas avec elle ?
Le sous-entendu était clair, et Gino le comprit aussitôt. Il passa une main dans ses cheveux, hocha la tête et recula.
— J'y retourne. Bonne chance avec ta voiture.
Il tourna les talons et disparut à l'angle du Soprano, laissant Louka seul.
Un soupir échappa à ce dernier, qui lança un regard noir à la moto. Une colère sourde montait en lui, brûlante, incontrôlable. Avant qu'il ne s'en rende compte, sa main se leva, attrapa la première chose qu'il trouva à portée de main, et une clé à molette vola dans l'air avant de heurter violemment le réservoir de la moto dans un bruit métallique.
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Liverport
General FictionEnrôlé de force dans une maison close, Raphaël est confronté à Lino, le mafieux captivant qui règne sur la ville de Liverport, île connue pour sa festivité et sa lascivité. Deux ans après la disparition de son père, Lino se trouve contraint de pren...
