00 | Bienvenue au Soprano

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C'était l'une de ces pluies estivales, brèves et violentes, qui avait détrempé le sol, créant de larges flaques sur lesquelles se  reflétait l'épilepsie des néons colorés de Liverport

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C'était l'une de ces pluies estivales, brèves et violentes, qui avait détrempé le sol, créant de larges flaques sur lesquelles se reflétait l'épilepsie des néons colorés de Liverport.

Isolé à un croisement de route, à la fois hors du temps et hors de la ville, se dressait un bâtiment en briques dont la façade était nue, à l'exception d'un unique néon rouge, vibrant et hypnotique, qui annonçait en lettres imposantes : SOPRANO.

Rien de plus. Personne n'avait besoin de plus. Tout le monde connaissait le Soprano.

Le reste de l'endroit était plongé dans une pénombre totale, comme si la lumière elle-même refusait de s'y aventurer. Ni le terrain vague envahi d'herbes brûlées, ni le bois dense en arrière-plan ne se laissaient deviner.


Un chemin de gravier à travers la pelouse mouillée menait à une porte unique, ouverte une partie de la nuit, encadrée par deux vigiles. Jimmy, le plus grand, semblait s'ennuyer ferme, son regard se baladant distraitement, alors qu'il était épaulé contre le chambranle. Sa veste noire dissimulait son arme, mais pas les quelques kilos en trop qu'il portait. À ses côtés, Jerry, plus petit et athlétique, affichait un sérieux presque neutre.

La monotonie de la soirée fut rompue quand une berline sombre aux vitres teintées s'arrêta sur le bord de la route. Jimmy ne dissimula pas sa surprise, un de ces sourcils se soulevant, alors qu'il jetait un œil vers Jerry. Il avait lui aussi reconnu la voiture et son expression s'était peinte de confusion.

Le silence pesait à l'intérieur du véhicule alors que cinq hommes, vêtus d'élégants pantalons et vestes noirs, se préparaient à sortir. Alfred, le conducteur, ajusta le rétroviseur, profitant de l'instant pour observer ses passagers. Left, affalé sur le siège passager, laissa échapper un long soupir, comme s'il expulsait toute son envie d'être ailleurs, ses doigts glissant machinalement dans ses cheveux cendrés.

Sur la banquette arrière, David occupait une place à l'extrémité. Sa carrure imposante et son calme apparent le rendaient intimidant. À l'autre bout, le nouveau venu, plus jeune et nerveux, frottait ses mains moites sur ses genoux. Entre eux, Lino demeurait immobile, les épaules droites, ses cheveux noirs indomptables plaqués en arrière, bien qu'une mèche rebelle ait déjà repris sa liberté. Son regard ambré s'accrocha au néon du Soprano et le rouge sembla teinter le fond de ses yeux, comme le reflet éphémère d'un feu intérieur.

Left fut le premier à sortir, refermant sa veste d'un geste mécanique, aussitôt imité par les autres. Il retint la portière arrière et tendit la main vers Lino. Celui-ci la saisit et glissa sur le cuir des sièges alors que Left le tirait vers lui. Une fois debout, il releva les yeux vers le bâtiment. Devant lui, ses hommes avançaient déjà sur le gravier.

Jimmy reconnut la silhouette élancée et filiforme de Left alors qu'il descendait de sa voiture. Devant sa réaction attendue, Left, qui avait pris la tête du groupe, le salua silencieusement. Il n'avait pas mis les pieds au Soprano depuis des années, et cet air interloqué sur le visage du vigile n'avait rien de surprenant.

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