57 | Une rose entrelacée de barbelé

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L'atmosphère au Soprano était lourde, presque suffocante. Les rires et les éclats de voix qui animaient habituellement les couloirs avaient laissé place à un silence pesant. Les garçons, éparpillés dans le salon, semblaient absorbés par leurs pensées. Personne n'osait briser ce calme étrange, comme si parler risquait de faire éclater quelque chose de fragile.

Raphaël était affalé sur un canapé, les yeux rivés sur le plafond. Il jouait distraitement avec un couteau, le faisant tourner entre ses doigts sans même y penser. Près de lui, Agate lisait un livre qui avait l'air d'avoir vécu mille vies. En face, Yvan fixait un point invisible, son visage fermé. À côté de lui, Dorian triturait le bord d'un coussin, tandis que Dany et Aaron étaient blottis l'un contre l'autre sur un fauteuil.

Ils savaient tous ce que cela signifiait. Moins de mains pour partager la charge. Plus de clients, plus de nuits interminables, et surtout, ce vide que Collin avait laissé derrière lui.

— Ça va être l'enfer, lâcha finalement Dorian d'une voix basse, brisant le silence.

Personne ne répondit. Ils le savaient.

De l'autre côté de la pièce, une porte entrebâillée laissait filtrer des voix. Jimmy et Calista discutaient dans l'ombre, sans se soucier de savoir s'ils étaient entendus.

— Il faudrait qu'on recrute, disait Jimmy, sa voix grave et posée. On ne tiendra pas longtemps comme ça.

— Avec quel argent ? répondit Calista, exaspérée. Tu sais bien qu'on est déjà à la limite.

Un silence suivit, avant qu'elle ne reprenne, plus bas :

— Et Louka... il est complètement hors service. Il passe ses journées enfermé dans son bureau à boire.

Les garçons échangèrent des regards, mal à l'aise.

— Ça ira, finit par dire Agate en se redressant, sa voix tranchante. J'ai vécu des situations bien plus critiques ici. On s'en sortira.

Dorian releva brusquement la tête, ses sourcils froncés et les poings serrés.

— On entend bien là toute ta compassion pour les morts... et pour ceux à qui il reste encore assez d'empathie pour en souffrir, lança-t-il, un mélange d'ironie et de colère dans la voix.

Agate leva lentement les yeux vers lui.

— Pleurer ne le ramènera pas, Dorian. Et ça ne nous aidera pas non plus à gérer ce qui nous attend.

— On pourrait tous crever, ça changerait que dalle pour toi, cracha Dorian. Tu t'en bats les couilles du moment que tu peux continuer ta petite existence sans te soucier de rien.

L'expression d'Agate se durcit.

— Tu crois que c'est facile ? Que je ne ressens rien ? Je fais ce qu'il faut pour qu'on tienne debout. Quelqu'un doit rester lucide ici.

Dorian éclata d'un rire amer, secouant la tête.

— Lucide ? T'appelles ça être lucide ? Moi, j'appelle ça être insensible. Tu veux juste éviter de ressentir quoi que ce soit parce que t'as peur de ce que ça pourrait te faire.

Un silence tendu s'installa, les autres garçons échangeant des regards gênés, incertains d'intervenir.

Agate planta son regard dans celui de Dorian, un éclat glacé dans ses yeux.

— Crois ce que tu veux, Dorian. Mais quand tu te noieras dans tes états d'âme, ce sera moi ou Yvan qui te tirerait hors de l'eau. Comme toujours.

Dorian ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun mot ne sortit. Il détourna les yeux, les mâchoires serrées. Yvan fronça les sourcils, n'appréciant pas la mesquinerie dont Agate avait fait preuve en l'incluant.

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