Lino ouvrit brusquement les yeux, son cœur battant déjà à tout rompre. La vibration incessante de son téléphone sur la table de chevet l'avait tiré d'un sommeil agité. Dans la pénombre de sa chambre, il tâtonna pour l'attraper, le souffle court. L'écran illuminait faiblement son visage fatigué. Le nom affiché fit se nouer son estomac : Enora.
Il hésita une fraction de seconde avant de décrocher.
— Aquilino Lehum, interrogea une voix grave et posée de l'autre côté.
C'était la première fois qu'il entendait Enora parler. Lino s'était attendu à une voix dure ou cassante, mais ce qu'il entendit le surprit. Elle était grave, mais le ton était doux, avec cependant un fond insidieux, comme une tension flottante prête à se resserrer à tout moment. Cette dualité, entre une apparente décontraction et une menace sous-jacente, le fit frissonner.
— Oui ? répondit-il d'une voix rauque encore endormie.
— Je vais aller droit au but, Aquilino. J'ai eu vent de tensions au sein de la Famille et j'aimerais qu'on s'entretienne en personne pour en parler. Bien sûr, j'ai aussi dans l'optique de revenir sur tes performances...
Le ton ne laissait aucune place à la négociation.
— Demain, début d'après-midi. Tu sais où me trouver... Je te laisse finir ta nuit.
Avant que Lino ne puisse répondre, la ligne se coupa. Il resta figé un instant, le téléphone encore collé à son oreille. Il sentit la sueur qui glissait le long de sa colonne vertébrale.
Il connaissait la réputation d'Enora : impitoyable, même avec les siens. Lino se demanda si les prochaines heures étaient les dernières de sa vie.
Il inspira profondément et se redressa, passant une main tremblante sur son visage. Il devait prévenir Left.
En bas, quelques hommes discutaient dans le salon et lui lancèrent des regards intrigués. Lino descendit au sous-sol et s'engouffra dans le couloir sombre et étroit qui donnait sur les différentes chambres de ceux qui vivaient sous son toit en permanence. Il frappa à l'une des portes et entra avant même d'entendre une réponse. Dans son lit, Left se redressa aussitôt.
— On a un problème, annonça Lino.
Il marqua un silence avant de poursuivre d'une voix plus agitée, son débit accéléré par l'anxiété.
— Enora vient de m'appeler. Il dit que mes résultats sont à chier et je crois qu'il a entendu parler de ce qu'on s'est mis sur la gueule avec Esteban. Il m'a demandé d'être là en début d'après-midi.
Left se leva, mesurant l'urgence de la situation. Il attrapa une valise sous son lit et la posa sur le matelas. Elle était déjà en partie remplie.
— Prépare-toi. On saute dans l'avion à... Quelle heure il est ?
— Quatre heures.
— Bien, on est dans l'avion dans deux heures, dernier délais.
Lino se sentit apaisé par la simple présence de Left, par sa compréhension de la situation et son soutien indéfectible. Pourtant, une douleur sourde s'installa dans son cœur. Son père lui manquait. Bien que Left ait toujours occupé une place semblable dans sa vie, il lui restait ce vide inaltéré. Et ce sentiment, aussi silencieux qu'il fût, était partagé.
Lino avait aussi des affaires de côté en cas d'urgence, et l'urgence venait justement de lui téléphoner.
À six heures pile, la petite équipe qu'il avait formée et lui-même étaient dans l'avion. Lino s'assit et croisa les doigts sous son menton. Ses yeux errèrent sur les quelques hommes avec lui, Left, Manuel, David et Gino ; des gens de confiance, des gens à qui la situation n'échappait pas non plus. Des gens qui, par ses erreurs, pourraient disparaître en une fraction de seconde dans les prochaines heures.
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Liverport
General FictionEnrôlé de force dans une maison close, Raphaël est confronté à Lino, le mafieux captivant qui règne sur la ville de Liverport, île connue pour sa festivité et sa lascivité. Deux ans après la disparition de son père, Lino se trouve contraint de pren...
