58 | Thomas Caldwell

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Le restaurant, vaste et élégant, s'étendait sur plusieurs étages reliés par un escalier central en colimaçon. Le plafond, si haut qu'il semblait se perdre dans l'obscurité, était orné de lustres étincelants qui diffusaient une lumière tamisée. Une ouverture donnait sur l'étage inférieur, où quelques tables étaient encore dressées, mais la plupart des clients étaient déjà partis. Les serveurs commençaient à ranger discrètement, et certaines lumières s'éteignaient par intermittence, signalant la fin imminente de la soirée.

Lino était assis à une table près de la rambarde, un verre à moitié vide devant lui et une assiette désormais froide qu'il n'avait pas touchée depuis plusieurs minutes. Left était debout plus loin. Il avait été arrêté par des connaissances à côté des toilettes et leur discussion s'éternisait.

Ils avaient eu une longue journée. Une rencontre importante s'était tenue ici-même, quelques heures plus tôt, mais elle s'était soldée par un échec. L'homme qu'ils devaient convaincre était parti plus tôt que prévu, agacé ou simplement désintéressé. Lino avait gardé son calme, comme à son habitude, mais son regard trahissait une légère irritation. Il en avait marre qu'on lui fasse perdre son temps.

Le restaurant se vidait peu à peu. En bas, il ne restait plus que quelques clients attablés au bar, leurs conversations murmurées se mêlant au tintement des verres que le barman essuyait distraitement.

Lino s'installa plus confortablement sur sa chaise en se laissant glisser, permettant à sa nuque de reposer sur le haut de son dossier. Même s'il avait hâte de rentrer dormir, il savait que demain serait similaire. Il laissa échapper un soupir de lassitude.

Left n'en avait visiblement pas fini avec cette – interminable – conversation. Lino ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. Left passait le plus clair de son temps à ses côtés, se levant avant lui et se couchant bien après. Il gérait tout, à la maison comme à l'extérieur. Il récupérait chaque tâche que Lino ne se sentait pas en mesure d'effectuer. Il n'avait pas le droit d'être exigeant, pas avec lui.

Une pointe de culpabilité lui traversa l'esprit. Comment avait-il pu, même un instant, penser que Left exagérait ? La vérité, crue et évidente, était que le seul à abuser de cette relation, c'était lui.

Il se mordit la lèvre et détourna les yeux, fixant un point vide à l'opposé. Les derniers clients avaient quitté les lieux, le bar venait de fermer, et le personnel s'affairait déjà au nettoyage. Pourtant, une dizaine d'hommes venaient d'entrer. Certains se positionnèrent près de l'entrée principale, tandis que d'autres bloquaient la sortie de secours.

Lino se redressa, les sens en alerte. Les pensées se bousculèrent dans sa tête : ils n'étaient que deux, le restaurant était trop isolé pour espérer une intervention rapide, et Left était le seul à avoir une arme.

Il examina les nouveaux arrivants. Ils étaient armés, c'était une évidence. Leur posture, leur froideur presque clinique, tout indiquait qu'ils n'étaient pas là pour discuter autour d'un verre. Certains fixaient droit devant eux, mais quelques-uns croisèrent son regard, leurs yeux s'attardant une seconde de trop, comme un défi silencieux.

Droit et rigide, Lino avait le regard fixé sur son assiette à moitié entamée. Sa mâchoire se crispa alors qu'il évaluait rapidement ce qu'il avait à portée de main. Un couteau à viande, relativement pointu – ça pouvait faire l'affaire. Une bouteille d'eau en verre, facile à briser – mieux que rien. C'était dérisoire, presque risible face à des armes à feu, mais il n'était pas du genre à se laisser abattre sans se battre.

La voix grave et menaçante de Left le tira brusquement de ses pensées.

— Dégage. Tu vois pas que c'est fermé ?

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