Noyé(e)

2.4K 260 24
                                        



La silhouette d'Alex fait face au soleil levant et son ombre apparaît derrière lui. Dans son t-shirt rayé et son pantalon blanc, il a l'air d'un jeune marin qui vient d'accoster sur la plage, solitaire et libre.

Je le contemple de sous mes paupières engourdies, assise sur le sable de diamants fins. Vêtue d'une robe verte pomme et d'un chapeau rose, je suis assez reconnaissable dans cet univers blanc. Les diamants se mettent à briller au fur et à mesure que le soleil s'élève dans le ciel brouillé.

Alex vient me rejoindre en remontant la plage d'un pas tranquille. Il s'assoit à mes côtés et nous laissons le silence du lieu et la belle vue du paysage nous imprégner.

Alors il se tourne vers moi.

Sa bouche s'ouvre et je n'entends rien de ce qu'il dit.

Pourtant, ça a l'air important.

Le roulement des vagues emplisse mes tympans.

Son expression devient sombre et je vois les larmes couler sur ses joues.

L'eau se retire des galets dans un tourbillon d'écumes.

Il intercepte mes mains qui se tendent déjà vers lui pour le réconforter.

Ses lèvres continuent de me dire des choses assourdies par le vent et le chant des mouettes.

Au loin, derrière son épaule, mes yeux viennent se poser sur un phare blanc.

Un phare au bord d'une falaise dont les vagues violentes viennent s'y écraser et l'eau gifle contre les rochers pour exploser en milliards d'écumes désemparées.

Une silhouette est en train de tomber du haut du phare. Elle atterrit dans la mer pareille à une goutte dans une tasse.

Je me réveille pareille à une ancre. Enfoncée dans les abysses de mon esprit.

Les larmes coulent en silence sur mes joues. Lorsque j'ouvre les yeux, je suis seule et glacée.

Aujourd'hui, j'enterre ces lignes, ces interrogations pour Alex. Dans une tentative de l'atteindre. Car s'il ne peut m'entendre, j'espère qu'il pourra me lire.

Si nous avons le même sang qui coule dans nos veines.
Est-ce ainsi pour les larmes qui coulent de nos yeux ?
Est-ce ainsi pour l'air qui gonfle nos poumons ?
Car si ce qui est à toi est à moi, est interdit d'amour.
Que ferons-nous de ses larmes ? De ce souffle ? De ce sang ?
Devons-nous cesser de pleurer ?
Devons-nous cesser de respirer ?
Devons-nous nous couper les veines ?
Devons-nous cesser ?
D'exister pour cet amour impur ?

J'espère au fond de moi qu'il pourra me répondre.

Je sais pourquoi j'ai rêvé de lui. L'anniversaire de leur mort approche bientôt. C'est trop tôt.

J'aimerai en parler avec mon professeur préféré mais il n'est pas là.

Ce satané être humain.

Lorsque je croise son regard en cours, j'ai l'impression que ses yeux m'intiment de rester à distance. Alors que nous sommes à quelques mètres, il me semble si proche et pourtant si loin.

Et lorsqu'il s'adresse exceptionnellement à moi c'est pour me demander de réveiller mon voisin. Ce que je fais sans enthousiasme.

Parce qu'alors Caleb me fixe d'un œil noir pendant toute l'heure comme pour me dissuader de recommencer. Ça finit dans un concours de celui qui cligne des yeux perd. Pour l'instant, je n'ai aucune victoire. Il est fort. Très fort.

J'ai peur de me noyer dans le lac d'encre dans ses yeux qui aspirent toute l'obscurité. Mais  j'essaye de lui faire baisser son regard, rien qu'une fois. Il fronce les sourcils.

- Est-ce que tu essayes de me séduire ?demande-t-il. 

Je rougis à la fois ridiculisée et indignée. 

- Non !

- C'est juste pour te prévenir. Les vierges ne m'intéressent pas.

Mais quel...

- Connard.

Le mot accidentellement dit à voix haute brise le silence dans la classe et toutes les têtes se tournent vers moi. Je sens sur moi le regard désapprobateur de M. Sullivan.

Caleb ricane alors que je plaque une main sur ma bouche.

- Trop tard tu peux plus l'avaler, se moque-t-il.

Je le fusille du regard pour qu'il puisse y lire l'accusation.

- Les deux au fond, si vous voulez passer au premier rang c'est quand vous voulez, dit M. Sullivan. Et ne me faites pas rappeler que votre heure de retenue est ce soir.

- Il vient de le faire, grommelle Caleb avant de bâiller et de mettre son doigt d'honneur devant sa bouche.

Il baisse sa main avant que M. Sullivan le remarque. Je secoue la tête et il me regarde.

- Un problème, princesse ?

- Oui, paysan, je réponds entre mes dents serrées par la colère. Tu es ici grâce à M. Sullivan.

Sardonique, il a un sourire qui ne lui monte pas aux yeux.

- Je préfère être dehors qu'ici.

Ses regards qui trahissent un désir interdit et sombre
A le regarder il semble si fort
Son silence est pareil à celui du félin tapi dans l'ombre
Pour lui le silence est d'or

Violent car il n'a pas peur de mourir
Passionné car il n'a pas peur de souffrir
Franc car il n'a pas peur de mentir
Libre car il n'a pas peur de vivre

A ses côtés une fille se sentirait téméraire
Ou bien audacieuse
A donner le tournis telle Ève devant Lucifer
Très tumultueuse

Penchée sur mon cahier, je m'arrête de respirer en me relisant. Je plante mes ongles dans la peau de mon avant-bras pour le maudire.

Ce n'est pas d'Ash qu'il s'agit ici.

La sonnerie retentit et je me lève pour aller en heure de retenue.

Agapè (Sweet Lessons)Des histoires addictives. Découvrez maintenant