20 - Fantasmes

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La déception ressentit tout d'abord en début de soirée, cette femme qu'il voulait apprendre à connaître, qu'il voulait tenter de séduire, et qui finalement avait quitté le camping sans le saluer.

Puis cette annonce, l'accident sur l'autoroute, l'angoisse de ses trois jeunes qu'il appréciait de plus en plus. L'attente avant d'avoir des nouvelles de cette maman. Puis enfin le soulagement, en entendant sa voix.

Marco avait raison, il était bien lorsqu'il pensait à elle, qu'il parlait avec elle.

Mais si la vie lui avait appris une chose, c'est que les relations à distance... avec chacun une famille, c'est de loin pas aisé à construire.

Il voulait refaire sa vie, vivre avec quelqu'un, tomber amoureux. Mais pas d'une ombre qu'il pourrait voir que trois fois par an.

Il s'affala plus encore sur la chaise, pencha sa tête en arrière et se perdit dans l'immensité de la nuit.

Il n'aimait pas être seul, il avait besoin de se sentir aimé, désiré. Il avait besoin également de se sentir utile, de prendre soin de l'autre.

Malgré ses mauvais côtés, Sylvana répondait à ses critères. Elle était en admiration devant lui, le regardait avec envie, savait se faire petite fille pour qu'il ait le sentiment de la protéger.

Cassie au contraire, semblait indépendante, forte et sûre d'elle. Elle assumait son statut de femme célibataire, sans chercher à plaire. Elle assurait avec ses enfants et semblait parfaite. Mais la perfection peut être impressionnante et ennuyeuse.

Tony ferma un instant les yeux et se mit à rêver.

Il posa sa main sur l'intérieur de sa cuisse et imagina que c'était celle d'une femme. Il ne voyait pas vraiment un visage, c'était plus une présence, une émotion. Il voulait une femme, amoureuse de lui.

Il repensa à toutes celles qui avaient partagé un bout de chemin avec lui.

Ses premiers flirts, son premier baiser, ses premières petites amies... La première fois qu'il avait caressée la poitrine d'une fille, ses premières expériences, allongé seul dans son lit, un magazine posé devant lui et ses mains s'occupant de son plaisir.

Il était pressé, très vite excité, il avait dû apprendre à gérer ses gémissements pour pouvoir se faire plaisir alors que ses parents dormaient dans la pièce voisine. Sa première fois, il était ému, amoureux de la jeune fille... Ce n'était pas le meilleur souvenir. Du moins pas, par rapport à ses performances.

Puis il y a eu la rencontre avec son ex-femme, Camille la mère de ses enfants. Au début très fusionnel et au fur et à mesure, le quotidien a pris le dessus sur la passion. Ils n'avaient pas réussi à maintenir la flamme. Ou plutôt elle avait entretenu la flamme avec un autre.

Et depuis deux ans, c'était vraiment... « la fête du slip » comme disait son collègue un peu lourdaud. Tony en sourit, mais c'était exactement ça. Une de plus, une de moins, pourvu qu'elle soit suffisamment coquine pour accepter de faire l'amour le premier soir, qu'elle l'émoustille par ses gestes ou ses regards et c'était parti. Tony n'en demandait pas plus.

Et Sylvana était exactement comme ça. S'il avait pu lui faire l'amour le premier soir dans l'ascenseur, il l'aurait fait. Elle n'aurait sans doute pas dit non, d'ailleurs.

Il se souvint de la première fois qu'elle l'avait pris en bouche. C'était l'une des seules à s'être mise à genoux devant lui, elle avait relevé les yeux vers lui et sans le quitter une seconde, lui avait prodigué un orgasme incroyable. Aujourd'hui encore, il ne savait si c'était sa bouche, sa langue, les caresses qu'elle lui avait donné ou simplement le fait qu'elle se soit mise à genoux devant lui. Il savait qu'il aimait ça, qu'il aimait dominer.

Un peu avant d'épouser Camille, il avait vécu un week-end d'enfer avec une femme soumise et prête à tout pour lui. Pas lui en tant qu'homme, mais lui en tant que footballeur. Cette étiquette le dérangeait légèrement. Mais pour une nuit, un week-end, il avait joué le jeu et avait adoré.

Sa main se déplaça sur son sexe qui se gonfla rapidement au souvenir de ce week-end. La jeune femme avait loué une petite maison de vacances un peu à l'écart des autres habitations. Elle était venue l'attendre à la fin de l'entrainement et elle l'avait emmené au dehors de la ville. Dès qu'ils avaient franchi la porte d'entrée, il avait compris que cela serait très différent de ce qu'il connaissait. Elle s'était placée devant lui et avant même d'échanger un premier baiser, elle s'était déshabillée très lentement. Il se souvient en avoir bandé immédiatement. Puis elle s'était agenouillée devant lui, entièrement nue et elle lui avait murmuré :

- Ordonne et j'obéis.

Il avait été perdu, puis doucement, avec son aide, il lui avait demandé de le déshabiller, de le masturber, de le sucer. Elle lui avait montré quelques jouets et tous les deux s'étaient amusés durant deux jours. Testant les menottes, le masque, mais aussi les fessées et c'était la première fois qu'il essayait la sodomie.

Le cri d'un oiseau de nuit le ramena à la réalité. Il se redressa lentement, replaça son sexe tendu plus confortablement dans son short, se leva, rangea la terrasse et rejoignit son lit.

La notoriété que lui offrait la télévision avec sa chronique hebdomadaire dans une émission sportive ne lui avait pas apporté que du bonheur. Bien au contraire.

Au début, il s'était senti vivant. Etre reconnu comme pendant ses années de gloire, lui apportait une certaine satisfaction. Pas qu'il aime en jouer. Mais c'est humain d'être aimé. Et comme il ne l'était plus de son épouse, il se contentait de ses fans.

Mais ce soir, cette nuit après avoir vu l'angoisse dans les yeux des enfants de Cassie, et même dans ceux de ses propres enfants, après avoir été rassuré en entendant la voix de Cassie, après lui avoir parlé, après avoir eu l'impression d'être utile... Tony se rendit compte de ce qui lui manquait vraiment.  

Amis ? Amants ? Ennemis ?Où les histoires vivent. Découvrez maintenant