Chapitre 20 : Kardigrad

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Aymeric ne se le fit pas dire deux fois et fila vers le château tout en transmettant l'information à son jumeau grâce au lien. Il traversa la cour noire de monde, des paysans qui attendaient de passer le test pour la plupart, afin de rejoindre la fraîcheur du château. La réunion, qui concernait visiblement toutes les gardes, se tenait donc dans la salle de banquet. Il s'adossa aux murs de pierre pour profiter du froid de la roche contre son corps palpitant de chaleur. Dès qu'ils furent tous là, exception faite des gardes qui protégeaient la tente du dieu endormi, Gédéon brandit une lettre.
Gédéon était un membre de la garde des explorateurs d'une cinquantaine d'années avec lequel Aymeric avait fait connaissance lors de leur expédition jusqu'à Sal'Honta. C'était un gentil bonhomme avenant, patient et toujours modéré dans ses actions ou ses propos. Il connaissait la géographie d'Amaris sur le bout des doigts, ainsi que les us et coutumes de tous les peuples.
- Les jumeaux sont nés, résuma-t-il sobrement lorsqu'il eut l'attention de tout le monde.
Un murmure agité parcourut les rangs.
- Ils ont vu le jour à Hangaï, au sein de la famille royale.
La rumeur enfla parmi eux et Lisbeth se raidit, une expression soucieuse sur le visage.
- C'est une servante de la famille royale qui a donné ces informations à notre roi. D'après son témoignage les jumeaux, un garçon et une fille, sont les enfants du prince cadet Han Tian et de sa femme Jiao Fang.
Lisbeth pesta grossièrement tandis que tout le monde y allait de son petit commentaire. Dès qu'un semblant de calme revint, Gédéon ajouta :
- Un groupe de négociateurs partira à leur rencontre pour récupérer l'enfant au dragon noir. Voici ceux que le roi a choisi pour cette mission.
Il se mit à énumérer les noms tandis qu'Aymeric réfléchissait. La naissance des jumeaux aux dragons au sein de la famille royale d'Hangaï compliquait leurs affaires...Dans ce pays on considérait les enfants comme précieux, surtout les héritiers de sexe masculin. Ils assuraient la perpétuation de la lignée et coûtait moins cher à marier qu'une femme, à qui il fallait fournir une dot conséquente pour espérer la marier à un bon parti. Les parents n'accepteraient jamais de se séparer de leur fils s'il possédait le dragon noir ! Aymeric pressentait que cette affaire s'annonçait mal.
Les négociateurs partirent dès le lendemain matin, à l'aube. Ils revinrent deux semaines plus tard, bredouilles. Aymeric terminait l'entraînement avec ses compagnons quand il les aperçut mettre pied à terre dans la cour, la mine sombre et exténuée.
- Que s'est-il passé ? demanda-t-il en s'approchant d'un des négociateurs. Où sont l'enfant et le dragon noir ?
- Le prince et sa femme ont fui avec les enfants. Leurs appartements étaient vides à notre arrivée, même le roi d'Hangaï ignore où ils se sont volatilisés !
Aymeric s'attendait à cette réponse mais grimaça tout de même. Il ne s'attendait pas à ce que le couple royal arrive à cette extrémité !
- Nous avons prévenu le roi, poursuivit le négociateur avec dépit. Il va envoyer des hommes mener l'enquête pour découvrir où ils se sont réfugiés.
Suite à ce rebondissement inattendu qui souleva de vifs débats parmi les gardes, une missive royale arriva enfin et les nouvelles qu'elles contenaient rendirent Aymeric maussade.

Chers soldats d'Alembras, l'heure est grave.

Après une enquête minutieuse, il apparaît clairement que le prince Han Tian et son épouse Jiao Fang ont quitté le territoire d'Hangaï pour rejoindre l'île de Kardigrad. Puis ils se sont rendus sur les îles inconnues. Il est impératif de les retrouver. Ils mettent leurs vies et celle de leurs enfants en grand danger. J'ordonne à tous les chevaliers dragons et à un détachement de gardes explorateurs de se diriger vers Mélidos au plus vite. Un navire les attendra là-bas, du nom de Blanche Écume. Ils embarqueront pour Kardigrad et voleront jusqu'aux îles inconnues depuis cet endroit. Cette mission est périlleuse, j'en ai conscience. Je compte sur vous pour faire preuve de la plus grande prudence et pour ramener le prince et sa famille en vie.

Alaric d'Ondre, roi d'Alembras.

Aymeric enragea après la lecture de cette lettre, directement dans le hall du château. Kardigrad ?! Les îles inconnues ?! Le prince était devenu fou ! La minuscule île qui bordait ses gigantesques consœurs appartenait autrefois à Alembras. Le roi de l'époque l'avait cédé à Hangaï après la guerre entre les deux royaumes, en gage de paix. Elle ne contenait rien d'intéressant en dehors de précieuses mines de fer et d'argent. Hormis la richesse de son sol, rien d'intéressant ne la caractérisait. Les livres de géographie la décrivait comme une terre rocheuse, sans grande végétation et avec peu de faune locale.
Quant aux îles inconnues...Elles portaient bien leurs noms ! Tout paraissait déterminé à tuer la moindre présence humaine sur ces caillasses hostiles ! Les animaux, les plantes, la météo et même le terrain accidenté ! Les explorateurs n'avaient jamais réussi l'exploit de cartographier la région dans son entièreté car si une expédition poussait un peu trop loin dans les terres, elle revenait souvent avec des membres en moins.
A un jour du départ, Aymeric tempêtait dans le salon, les mains dans le dos. Il maudissait le prince et son épouse tout bas, pour ne pas qu'Omphale entende ses jurons depuis sa chambre. Lysange, assise sur le canapé, essayait de le calmer depuis des heures.
- C'est un ordre du roi Aymeric : nous ne pouvons pas aller à son encontre. Pense un peu à ces bébés dont la vie est menacée. Ils sont venus au monde il y a peu !
- Ils auraient eu plus de chance avec des parents moins inconscients ! Ils mourront avant que nous les trouvions, si nous les trouvons ! Ils ne reviennent pas à la vie comme les autres humains jumelés à un dragon ! C'est de la folie !
- Alors quoi ? Tu vas attendre ici en te tournant les pouces ? Tu vas défier le roi ? Tu vas laisser le prince et sa femme périr ?
- Non, bien entendu que non ! râla Aymeric. Je vais m'acquitter de cette mission mais c'est simplement que je ne comprends pas la réaction d'Han Tian et Jiao Fang ! Ils condamnent leur famille, c'est presque un suicide ! Comment est-ce qu'on peut choisir de faire subir ça à la chair de sa chair ?
- C'est pour cette seule et unique raison que nous devons les retrouver : pour les ramener sur le continent, à la civilisation et en sécurité.
Aymeric se laissa finalement tomber sur le canapé aux côtés de sa compagne, las. Elle le prit dans ses bras et il puisa dans sa chaleur la force nécessaire à son apaisement. Ce soir-là, ils expliquèrent pour la énième fois à Omphale qu'ils partaient pour la bonne cause, pour sauver des enfants encore plus jeunes qu'elle.
- M'en fiche, sanglota-t-elle. Je veux pas être seule !
- Oncle Zolan va te garder. Tu l'aimes bien, n'est-ce pas ? tenta Aymeric.
- Oui mais je vous préfère vous, dit-elle avec des larmes de crocodiles.
Ils serrèrent leur fille contre eux tandis qu'elle sanglotait sans interruption.
- Ça va être long ? s'enquit Omphale entre deux crises de larmes.
- On ne sait pas trésor, murmura Lysange en lui caressant les cheveux. Peut-être.
- Vous risquez de ne pas revenir ?
- Nous reviendrons toujours, lui assura Aymeric. Rien ne pourra nous séparer de toi.
Il échangea un regard lourd de sens avec sa compagne. Même s'ils mourraient en mission, ils se réincarneraient : rien ne pourrait les arracher à leur fille. Ils seraient réunis en cas de réussite comme en cas d'échec.
Ils autorisèrent Omphale à les accompagner jusqu'à l'arrière du château le lendemain, en fin d'après-midi. Elle leur tenait la main et ne pleura pas, même lorsqu'ils se hissèrent sur le dos de leurs jumeaux. Elle leur adressa de grands gestes du bras pour saluer leur départ, dans les bras de Zolan.
- Prend soin d'elle, lui recommanda Aymeric avec la gorge nouée.
- Comme si c'était ma propre fille, lui garantit son frère.
Il décolla sur cette promesse. Le ciel gris au-dessus de sa tête était à l'image de son humeur maussade. Des explorateurs, dont Byron, accompagnaient leur expédition massive. Leurs aînés planaient en tête de formation. Ils atteignirent la ville portuaire de Mélidos après moins d'une journée de vol. Ils payèrent une auberge pour que les dragons se reposent mais également pour profiter d'un dernier repas chaud avant leur arrivée sur Kardigrad.
Aymeric savoura sa soupe épaisse mais un peu fade avec délice. Le trajet l'avait glacé jusqu'aux os en dépit de son épaisse tenue de vol. Leur groupe occupait la moitié de l'auberge à lui seul et le silence qui planait entre eux sapait le moral des autres clients. Aymeric dormit très mal cette nuit-là. Il rêva à un océan déchaîné dont les vagues hautes léchaient le ciel. L'une d'elles attrapa Hydronoé et ils sombrèrent jusqu'au fond sableux de la mer, privés d'oxygène.
Il se redressa en cherchant son souffle. La fenêtre de sa chambre, qui donnait sur le port, laissait filtrer les premières lueurs du jour entre les rideaux. Aymeric s'habilla sans hâte en ruminant ce rêve sans queue ni tête. Les enfants d'Aquibos ne se noyaient pas. Il descendit et l'aubergiste, de bien meilleure humeur que lui, lui servit du pain et des fruits.
Il s'agissait sans doute des derniers de la saison car l'automne frappait à leur porte et il les grignota sans appétit. Gordon et Ourania le rejoignirent bientôt. Le chevalier bourru et la dragonne d'air ne lâchèrent pas un mot lors de ce petit-déjeuner frugal. Les autres se levèrent alors que l'agitation à l'extérieur de l'auberge augmentait. Aymeric entendait les cris des pêcheurs, les pas pressés des piétons et la rumeur diffuse des conversations.
Ils gagnèrent leur embarcation sous les regards suspicieux. Depuis les récentes annonces du roi sur la prophétie et le château des gardes, on se méfiait des lieux où les gardes d'Alembras apparaissaient. Elle n'avait pas la majesté du navire qui les avait conduits jusqu'à Sal'Honta mais ils ne pouvaient pas faire la fine bouche. Le capitaine, un jeune homme élégant avec les cheveux attachés en queue de cheval et un long manteau de toile aux boutons dorés, sauta sur le pont pour se précipiter à leur rencontre.
- Si j'en juge par vos uniformes, vous êtes les hommes du roi d'Alembras.
Venerika confirma en lui montrant la missive avec le sceau de la famille royale. Leur capitaine sourit et ordonna qu'on installe la passerelle. Aymeric détaillait l'agitation qui animait les matelots avec un air de déjà-vu. Derrière lui, Gébald gémit.
- Pourquoi il y a toujours des bateaux dans nos missions ces derniers temps ?
- Courage, lui souffla Zacharie. Le trajet ne va pas durer plus de trois jours.
- C'est déjà trop...
Cette fois ils ne pouvaient pas compter sur des cabines avec un semblant de confort. Le capitaine leur annonça qu'ils dormiraient dans la même pièce que le reste de l'équipage, dans des hamacs. Les chevaliers dragons et les explorateurs ne s'en formalisèrent pas et posèrent leur sac respectif dans les couchages libres. Une couverture proprement pliée les attendait sur les lits de fortune inoccupées.
Après leur long voyage jusqu'au continent inconnu, le trajet de ce voyage-ci passa en un éclair. Le vent les poussait avec force vers Kardigrad, comme s'il espérait les projeter plus vite au-devant de leur destin. Des nuages gris roulaient dans le ciel et formaient une chape grise qui n'entachait pas la bonne humeur de leur jeune capitaine. Il naviguait d'une main sûre et sa vigilance se renforça lorsque la petite île arriva en vue.
- Il y a des bas-fonds pas ici, expliqua-t-il alors qu'ils réduisaient l'allure en repliant les voiles. Je préfère progresser doucement. Déjà que le vent est dans notre dos...
- Je peux vous aider, lui proposa Gébald pour se rendre utile et oublier son mal de mer. J'ai un sixième sens en ce qui concerne les inclinaisons de terrain.
- Si tu le dis mon gars...
Le dragon de terre guida le capitaine tandis qu'Aymeric observait la silhouette torturée de Kardigrad qui approchait. Derrière elle se détachait la masse plus sombre et à peine plus diffuse de la plus grosse des îles inconnues, encore sans nom. Ils accostèrent au crépuscule à un port qui aurait mérité une bonne restauration mais cela ne l'empêchait pas de grouiller d'activités.
En dehors de rares esquifs de pêcheurs qui déchargeaient leur maigre récolte, de gros navires marchands typiquement hanganiens mouillaient contre les planches de bois. Ils transportaient certainement des vivres pour les mineurs et repartiraient le ventre gonflé de métaux. Les soldats d'Alembras descendirent sous les aux revoir chaleureux de l'équipage. Le capitaine cria :
- Si vous voulez vous régalez il y a une auberge qui ne paie pas de mine tout au bout du port. Vous ne pouvez pas la manquer, la façade est bleue ! Les lits sont rembourrés à la paille et il y a des courants d'airs dans les chambres mais le patron mitonne des plats aux petits oignons ! Vous m'en direz des nouvelles ! Bonne chance ! Nous vous attendrons !
Après une rapide concertation, ils se rendirent dans la fameuse auberge. L'extérieur était aussi propre que l'intérieur. Aymeric soupçonnait l'aubergiste d'être maniaque vu la façon dont il astiquait son comptoir. Des mineurs occupaient la plupart des tables parfois bancales. Un bon feu flambait dans une cheminée noire de suie. Le propriétaire de l'établissement les salua avec un sourire commercial.
- Messieurs dames, entrez, entrez ! Vous désirez manger ?
- Ainsi qu'un peu d'alcool et assez de chambres pour nous tous, compléta Gordon en lançant une bourse dodue devant l'homme.
Ce dernier s'en saisit et l'ouvrit. Un cri de stupeur muet agita ses lèvres. Il contempla les pièces avec la bouche entrouverte. Il se ressaisit en la faisant disparaître derrière son tablier tâché.
- Tout ce que vous voudrez messire. Nous sommes un peu bondés ce soir, nous n'avons pas l'habitude d'accueillir autant de visiteurs. Voulez-vous que je monte le repas dans vos chambres ?
- Avec plaisir, tant que la cuisine est aussi bonne que ce qu'on en dit, répondit Gordon.
- Parfait ! Nous n'avons pas de réservations pour la nuit, dormez où vous le désirez ! Je me hâte de vous apporter de quoi combler votre faim et votre soif !
Comme promis par le capitaine, le confort des chambres s'avérait sommaire. Les plus luxueuses, situées au fond du couloir, contenaient simplement un lit double un peu affaissé, un bureau branlant accompagné d'une chaise, avec une bassine vide, un pot pour les besoins, un paravent pour la décoration et un vieux tapis qui avait connu des jours meilleurs. Aymeric partagea la sienne avec Lysange. Ils ne défirent pas leur sac et attendirent en silence le repas de l'aubergiste.
- J'espère qu'Omphale est sage avec Zolan, soupira finalement Aymeric.
Lysange gloussa.
- Il t'a élevé, il peut aussi élever notre fille ! Je doute qu'elle soit aussi terrible que toi.
- Je n'étais pas un enfant terrible : j'avais juste la langue bien pendue. Ma formation de chevalier dragon m'a assagi.
Ils soupirèrent en chœur avant de se plonger dans leurs réflexions. Puis Lysange chuchota, si bas qu'Aymeric faillit ne pas l'entendre :
- Tu crois que Willow est sage ?
La tristesse étreignit Aymeric. Il essaya de se composer un masque de neutralité pour dissimuler la peine qui lui crevait le cœur.
- Je l'ignore chérie...J'espère qu'il est en bonne santé, peu importe l'endroit où il est et ce qu'il y fait...
Des coups vigoureux frappés à la porte les tirèrent de leur chagrin commun. L'aubergiste entra avec un plateau contenant deux assiettes fumantes, du pain, des verres en grès et une cruche de vin.
- Bon appétit à vous, messire et gente dame. N'hésitez pas à m'appeler si vous avez besoin d'autre chose !
Il se retira avec une courbette. Aymeric attrapa une assiette et la tendit à Lysange. Elle contenait du poulet aromatisé aux fines herbes et à l'ail avec des légumes et de la purée. Le capitaine n'avait pas menti : malgré sa simplicité le repas s'avéra succulent. Aymeric s'autorisa un ou deux verres de vin. Il ne risquait plus de toucher à l'alcool avant longtemps ! Aucune auberge ne les attendrait sur les îles inconnues.
Il avait lu tous les rapports des précédentes expéditions de la garde des explorateurs sur ces morceaux de terre inhospitaliers, dans le cadre de la préparation de la mission. Il en ressortait que tout sur ces îles se liguaient contre la présence humaine ! De nombreux animaux et végétaux venimeux et mortels grouillaient dans les recoins pierreux et accidentés.
La météo ne connaissait pas de juste milieu : il faisait trop chaud ou trop froid, sans parler des tempêtes et de la pluie qui balayaient les lieux si souvent qu'on se demandait si Windavic et Aquibos ne détestaient pas cet endroit !
Aucune civilisation ne pouvait s'établir sur ces rocs. Alors, par tous les dieux, pourquoi est-ce que le prince cadet d'Hangaï et sa sotte d'épouse s'étaient réfugiés là-bas ? Est-ce qu'ils désiraient à ce point que Bouklipon, le dieu protecteur des vivants et des morts, viennent les accompagner dans le domaine des défunts ?
Avant de dormir, Aymeric descendit le plateau à l'aubergiste avec la vaisselle vide. Celui-ci lui lança :
- Il ne fallait pas vous donner cette peine messire !
- C'est la moindre des choses.
Alors qu'il se détournait, le propriétaire des lieux demanda :
- Vous venez pour examiner les mines avec votre équipe ? Vous ressemblez sacrément à des soldats mais je vois pas ce que vous feriez sur ce caillou si ce n'est pas en rapport avec les mines !
- Nous ne venons pas pour les mines : nous recherchons des gens importants.
- Importants comment ? Parce que je me souviens d'un couple accompagnés d'une poignée d'hommes aussi armés que vous et de deux petiots. Ils avaient l'air aussi riches qu'effrayés ces braves gens ! Des Hanganiens pur souche, ça se voyait à leur figure et à leurs vêtements ! Ils ont séjourné ici qu'une nuit avant de partir pour je-ne-sais-où le lendemain. Je me demande si c'était bien prudent avec les deux gamins. Ils devaient pas être nés depuis bien longtemps, frêles comme ils étaient !
Aymeric en sursauta presque. Le prince et son épouse !
- Il n'avait que des soldats et deux enfants avec eux ? Rien de plus ? insista le chevalier.
- Si, pas mal de bagages. Je sais pas où ils espéraient se rendre avec ça. Par sur les îles voisines de Kardigrad j'espère ! Elles sont maudites par les dieux, c'est un tombeau pour les humains !
- Quel genre de bagage ?
- Des coffres, des paniers, des sacs, ce genre de choses ! Je pense qu'il avait des animaux exotiques avec eux. Ce n'est pas mon genre de m'intéresser aux affaires des autres mais l'un des paniers remuaient et je crois bien avoir entendu des petits cris rauques. Je sais pas de quoi il s'agissait, peut-être des animaux de compagnie de la dame ou de futurs repas pour la route.
Aymeric remercia l'aubergiste pour ses informations avant de regagner sa chambre, indigné. Enfermer des dragons nouveau-nés dans un panier comme s'ils étaient des êtres dépourvus d'intelligence et de sensibilité ! Leur petite taille n'étonna pas Aymeric. S'ils étaient liés aux jumeaux dès la naissance alors ils suivraient la même croissance.
Ces révélations lui donnèrent une motivation nouvelle pour retrouver tout ce beau monde et de mettre un terme à cette folie. 

Chevalier dragon, tome 4 : La guerre d'AmarisDes histoires addictives. Découvrez maintenant