Chapitre 14 : Les enfants de Praeslia

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Ils se hâtèrent, guidés par les soldats jusque dans les entrailles de la montagne. Aymeric ne s'attendait pas à ce qu'il découvrit après la descente interminable d'un long escalier de pierre, assez large pour laisser passer un troupeau de vaches. L'arène, si haute que le sommet du plafond se perdait dans les ombres, était assez grande pour accueillir trois dragons.
Des gradins entouraient une piste ronde couverte de sable, suffisants pour que toute la population de la montagne prenne place sans se marcher dessus, et même plus. La foule les occupait déjà, grouillante et grondante. Des braseros allumés dans des vasques de pierre à intervalles réguliers illuminaient les visages impatients. Les habitants de la montagne semblaient scindés en deux groupes distincts : les plus riches d'un côté, parés d'étoffes exquises et d'une abondance de bijoux en or, et les plus modestes de l'autre avec leur silhouette musclée par le labeur et leurs vêtements simples.
Cependant tous dégageaient une excitation similaire, unis autour de cette arène où ils ne formaient qu'un tout dans l'attente du divertissement, du frisson. A une extrémité de l'arène, un promontoire de pierre, surmonté par une armature en métal finement ouvragé drapée de tissus aux motifs complexes, s'avançait au-dessus de la piste sablonneuse.
- C'est la loge de la reine, expliqua Alaman après un rapide échange avec la servante de la souveraine.
On les conduisit là-bas en dérangeant des rangées de spectateurs impatients. Ils avaient tous un panier tressé rempli de pétales pâles sur les genoux. La reine, confortablement installée sur des oreillers moelleux rouges et violets brodés d'or, dégustait des fruits artistiquement disposés dans une gigantesque coupe en argent. Sa servante l'informa de leur arrivée et la reine les invita à prendre place à ses côtés avec un sourire parfaitement ajusté. Elle engagea la conversation avec Alaman en langue primordiale tout en décortiquant un fruit à coque entre ses longs doigts fins.
- Tu seras le clou du spectacle, lui expliqua son ami après quelques échanges. La reine veut que tu combattes contre une de ses meilleures soldates, une fille de Praeslia. Selon elle, elle est encore invaincue.
L'ampleur du défi enflamma le sang d'Aymeric et Alaman poursuivit en énonçant les règles :
- Les armes sont interdites si elles ne sont pas en bois. Le but est uniquement de précipiter l'adversaire au sol alors le combat au corps à corps est autorisé mais il est strictement défendu de briser les os ou de crever les yeux de son adversaire, tu t'en doutes. C'est à peu près tout...Ah et pas de transformation en dragon pour les enfants de Praeslia, au risque de blesser le public.
Le demi-dieu acquiesça, aussi surexcité que la foule dans les gradins qui réclamait le début des affrontements à grands renforts de cris dont il comprenait l'intention à cause de la ferveur avec laquelle on les scandait. Il mourrait d'envie d'apercevoir son adversaire, de la jauger, de chercher ses points faibles.
Il se concentra sur ce qui se déroulait au centre de l'arène pour oublier sa frénésie guerrière. Sur un geste de la reine, qui semblait décidée à ce que les deux chevaliers dragons assistent au spectacle en sa compagnie, un homme en robe blanche avança au centre de la piste. Le demi-dieu reconnut le prêtre de Libraca malgré l'ample capuche qui dissimulait ses traits.
L'homme fit un bref discours incompréhensible pour Aymeric mais que la foule écouta dans un silence lourd de respect. Pourtant, dès qu'il conclut, le public galvanisé par ses propos poussa des rugissements impatients qui se répercutèrent sur les parois de l'arène. Le prête leva les mains et un silence de mort s'abattit de nouveau sur l'assemblée. Il clama un ultime mot et s'esquiva par une entrée située sous la loge de la souveraine et qui donnait certainement sur les coulisses de l'arène, là où se préparaient et s'échauffaient les combattants.
Deux hommes en jaillir, vêtus d'une armure de cuir. Le premier, très grand et large d'épaule, tenait une longue lance dans une main et un filet de corde aux extrémités lestées de poids dans l'autre. Le second, plus petit, brandissait un bouclier et une courte épée de bois. A vue d'œil, le grand costaud paraissait clairement avantagé mais en y regardant de plus près, Aymeric constata que le moins massif des deux était plus alerte, avec des appuis plus assurés. Il respirait l'expérience là où son adversaire transpirait la confiance. Pendant qu'ils effectuaient un tour de l'arène chacun dans un sens sous les ovations des habitants de la montagne, le jeune homme glissa à Alaman :
- Je parie sur celui au bouclier.
- Tu exagères ! J'allais effectuer le même pari !
Ils se tapèrent dans la main tandis que les deux combattants se rejoignaient au centre de l'arène pour se saluer en se cognant le poignet droit puis gauche, d'un côté et de l'autre. Un coup de tambour résonna quelque part dans l'arène et les cris enthousiastes de l'assemblée se turent. Comme prévu par les deux chevaliers dragons, le combat se joua très vite. Le géant gaspilla son filet en le lançant sur son adversaire dès le début de l'affrontement et son opposant le détourna à l'aide de son bouclier. Cette manœuvre arracha une exclamation impressionnée au public.
Il ne restait plus que la lance entre les grandes mains de son ennemi. Ce dernier la fit tournoyer habilement dans une vaine tentative d'intimidation, sous les encouragements des tribunes. Le combattant à l'épée, pas impressionné le moins du monde, le contourna avec prudence à la manière d'un fauve à la recherche de la faille de sa proie.
Il fonça à toute allure en soulevant un peu de sable dans son sillage. Aymeric retint son souffle au moment de l'impact, tout comme les habitants de Cangara. L'épée rencontra la lance et glissa le long de la hampe. Cette manœuvre empêcha le grand guerrier de se dégager et son adversaire plus frêle arriva contre son torse pour lui flanquer un coup de bouclier en plein visage, sans le moindre état d'âme.
L'impact se réverbéra dans l'arène malgré les hurlements presque hystériques de la foule. Le bouclier se leva et s'abattit trois fois avant que le géant tombe à genoux, incapable de réagir face à la vivacité de son attaquant et la rapidité des événements. Il s'effondra sur le sable de l'arène, le visage ensanglanté.
Le vainqueur leva les bras en signe de victoire et les spectateurs se mirent à lui jeter des poignées de pétales blancs et roses. Quant à la reine, elle prit une poignée de pierres précieuses dans une jarre décorées de symboles inconnus d'Aymeric et les envoya sur le champion comblé. On évacua le combattant à terre de l'arène pour laisser place au combat suivant, plus impressionnant.
Il s'agissait de l'affrontement de deux équipes d'une dizaine de combattants, hommes comme femmes. Les uns portaient la couleur verte, les autres la couleur orange. Ils possédaient exactement les mêmes armes : un bouclier accroché au bras et une courte épée dans l'autre. Le capitaine de chaque équipe se démarquait par le port d'un casque doré et donnait les directives pour placer ses soldats avant le lancement des hostilités.
Aymeric analysa leurs tactiques militaires, curieux d'apprendre comment on se battait à Sal'Honta. Le tambour annonça le début de la bataille qui se transforma rapidement en affrontement enragé. L'avantage penchait tantôt en faveur d'un camp, tantôt en faveur de l'autre. Ils ne s'épargnaient pas et cognaient assez fort pour éclater les chairs et envoyer rouler les adversaires dans le sable de plus en plus rouge. Leur ardeur excita la foule qui hurlait à s'en rompre la voix.
Le capitaine des verts, en prise avec celui des orange, porta un coup décisif au moral de l'ennemi : il précipita son adversaire au sol après une série de coups de poings prodigieux. Le meneur des orange s'écroula et ne bougea plus, vaincu. Une partie du public cria sa déception tandis que l'autre jubilait. Les verts encerclèrent les orange désarmés et épuisés, provoquant la fin de la mêlée. Une pluie de pétales tomba sur le petit champ de bataille, accompagnés de dix colliers d'or de la part de la reine pour les gagnants, et tout ce beau monde regagna les coulisses de l'arène en transportant les blessés, de son équipe ou non.
Aymeric mourrait d'impatience de découvrir ce que lui réservait la suite du spectacle mais Alaman lui souffla après quelques mots échangés avec la reine :
- Ton tour arrive bientôt, il faut que tu descendes te préparer. Suis Lazika, la servante de la reine.
Il ne se fit pas prier, le sang en feu. Il mourrait d'envie de croiser le fer avec un être aussi puissant que lui et il n'écarta pas la possibilité qu'on lui fasse mordre la poussière. Il descendit un escalier discret et étroit creusé le long de tribunes jusqu'au sable de l'arène et pénétra à la suite de Lazika dans le long couloir d'où les combattants jaillissaient.
Les sous-sols de l'arène, frais et plus calmes que les gradins noirs de monde, s'avéraient être l'endroit idéal pour se concentrer avant un affrontement car la rumeur de la foule se transformait en murmure grâce aux murs de pierre épais. Des équipements, armes et armures, pendaient des murs à disposition des combattants. Une belle agitation régnait : on se préparait à entrer en scène, on s'échauffait, on s'hydratait grâce au tonneau d'eau placé dans un coin, on attendait son tour assis sur un banc.
Des combattantes en tenue légère et sans armes dépassèrent Aymeric. Il détourna pudiquement le regard devant ces jambes dénudées jusqu'aux fesses et de ces gorges sombres sous lesquelles la naissance de la poitrine était bien trop visibles.
Lazika lui indiqua les armures en cuir et Aymeric replia ses ailes et ses cornes avant d'en enfiler une avec une facilité déconcertante, comme s'il avait fait ça toute sa vie alors que les attaches ne correspondaient pas à celle de son armure de chevalier dragon, celle qu'il revêtait pour la parade dans les rues d'Ondre. Il réfléchit ensuite au choix des armes.
Il maniait l'épée à la perfection mais une lance lui permettrait d'avoir un champ d'action plus large et de tenir son adversaire à une distance raisonnable pour limiter le corps à corps. Il opta donc pour une lance et un petit bouclier rond qu'il fallait tenir par une poignée en cuir. Peu pratique à première vue à cause de sa taille et de la façon dont l'équiper, il songea qu'il aurait une utilité cruciale et un plan se dessina dans son esprit tandis que Lazika jetait un œil dubitatif sur ses choix.
Il étirait ses muscles quand trois guerriers pénétrèrent dans la salle désormais presque déserte. Il sut immédiatement de qui il s'agissait et tous les poils de son corps se hérissèrent. Leurs cheveux noirs méchés de rouge et leurs yeux glacés à la pupille fendue ne laissaient aucun doute. Leur nature divine s'exprimait dans la finesse de leur visage et à travers l'aura de danger qui émanait de leur personne.
Ils dévisagèrent à leur tour Aymeric avec un intérêt non dissimulé. Une ceinture d'or et de pierres précieuses ceignait la taille de la femme du trio et Aymeric perçut aussitôt qu'elle était la plus redoutable. Il la désira immédiatement comme adversaire, elle et personne d'autre. Le regard de la fille de Praeslia croisa le sien. Ils s'observèrent sans hostilité, avec une profonde concentration et un certain respect. Aymeric ressentait la force qui parcourait cette guerrière, sa volonté inflexible et la puissance de son corps.
Ils rompirent le contact visuel d'un même accord, calmes à l'extérieur mais bouillonnants à l'intérieur. Le chevalier dragon se demanda s'il allait combattre les trois à la fois. Quand les combattantes peu vêtues revinrent ensanglantées et que les deux fils de Praeslia pénétrèrent dans l'arène sans leur sœur à la ceinture dorée, il comprit qu'il aurait le privilège de l'affronter en face à face.
Il attendit son tour dans un silence assourdissant : son sang pulsait dans ses tympans, semblable au rugissement des tribunes. Les battements sourds de son cœur impatient faisaient vibrer son armure de cuir et la lointaine ferveur de la foule l'embrasait de la tête aux pieds. Lorsque les ultimes rugissements du public se turent et que le prêtre entra de nouveau dans l'arène en les dépassant sans un regard, venu de nulle part et plus discret qu'une ombre, pour annoncer le clou du spectacle, le chevalier dragon s'étira et remua les épaules. Il expira profondément, à l'instar de son adversaire.
Les deux fils de Praeslia refirent surface, mal en point. Ils saignaient, surtout au niveau du visage, et des hématomes coloraient déjà les zones de peau nue, ici et là. Pourtant ils riaient, follement, bras dessus, bras dessous. Ils tapotèrent les épaules de leur sœur et lui glissèrent quelques paroles, sans doute des encouragements. La fille de Praeslia rejeta sa longue tresse noire sillonnée de mèches rouges dans son dos. Menue mais musclée, elle mesurait une tête de moins qu'Aymeric. Son regard vif, planté au centre de son visage harmonieux, se teinta de sérieux et devint acéré.
Dès que le prêtre e Libraca regagna les entrailles de l'arène, la dragonne fit signe à Aymeric de la suivre. Ils pénétrèrent au cœur de l'arène, côté à côté. Les crois de joie du public se dirigeaient surtout vers son adversaire mais il entendit des « Aymeric » hurlés par ses camarades éparpillés dans les gradins, noyés parmi les mots en langue étrangère. Il pivota vers la loge de la reine. Alaman, penché au bord, l'encourageait à grands renforts de gestes. Le jeune homme avisa aussi Hydronoé grâce à ses longs cheveux bleus, à côté de la tignasse rousse d'Alya. Son jumeau tenait la main de la jeune femme, anxieux. Aymeric percevait son appréhension jusque dans leur lien.
Tout va bien se passer mon frère, lui assura-t-il.
Je crois en toi Aymeric mais cette femme...Elle est forte. Sois prudent.
Le chevalier dragon mit fin à leur conversation pour se placer face à la fille de Praeslia, dont il ignorait toujours le nom. Ils entrechoquèrent leurs poignets et échangèrent un regard plein de feu. La guerrière se mit en garde, Aymeric aussi. Le silence s'installa sur l'arène, à moins que les réflexes guerriers d'Aymeric aient oblitéré le brouhaha infernal de la foule. Il riva les yeux dans ceux de sa demi-sœur et remarqua pour la première fois son sourire en coin, débordant d'assurance.
C'était le sourire d'une femme qui n'avait jamais connu la défaite, d'une femme qui enchaînait les victoires sans difficultés. En revanche Aymeric connaissait la défaite. Il savait ce qu'était la honte de se faire écraser par une force supérieure lors d'un combat inégal et il n'oublierait jamais cette humiliation. Il serra sa lance et son bouclier avec force, à s'en faire blanchir les jointures. Il rassembla son courage, déploya ses sens et focalisa toute son attention sur l'affrontement à venir.
Son adversaire attaqua la première. Tout était calculé dans ses mouvements : le moindre pas, la moindre contraction musculaire, même sa respiration. Aymeric analysa tout, ne laissa pas le détail le plus infime lui échapper. Il bloqua les deux épées de la fille de Praeslia avec sa lance. Le choc se répercuta jusque dans son épaule. Les coups s'enchaînèrent, violents et sans répit. Aymeric se contenta de parer et d'examiner la stratégie de son adversaire. Endurante, elle ne montrait aucun signe de fatigue et tourbillonnait adroitement autour de lui pour l'assaillir sans relâche avec une fougue qui attirait les acclamations des tribunes.
Sa hargne aurait impressionné n'importe qui mais pas Aymeric car on lui avait enseigné que la force ne suffisait pas pour triompher. Il chercha une faille dans la garde de son adversaire : rien, comme il s'en doutait. Il contra agilement un coup à droite, un autre à gauche. La dragonne essayait de se faufiler le long de la lance, pour que le corps d'Aymeric soit à portée de ses épées mais le chevalier dragon ne lui laissa pas cette chance. Il bougeait sans cesse, obligeant la fille de Praeslia à changer de posture pour l'atteindre.
Le combat se poursuivit sans que l'un prenne l'avantage sur l'autre pendant de longues minutes. Puis son opposante prit le dessus : elle gagna peu à peu du terrain que le jeune homme cédait, le bras de plus en plus douloureux et crispé à cause du maniement de la lance. Il suait à grosses gouttes. Face à sa faiblesse, la fille de Praeslia attaqua avec une virulence accrue. La foule hurlait de moins en moins, sous tension.
C'est alors que la lance glissa au sol, échappant aux doigts suants et tremblants d'Aymeric. Le demi-dieu para un coup d'épée avec son ridicule petit bouclier. La rage qui animait son adversaire faisait courir des étincelles sur la peau de celle-ci. Aymeric ploya un genou sous la violence des assauts.
Bats-toi mon frère ! Gagne ! lui hurla mentalement Hydronoé, proche du désespoir.
Aymeric masqua un sourire. Son jeu d'acteur parvenait même à berner son jumeau ? Il attendit le moment propice, celui où la fille de Praeslia abaisserait entièrement ses défenses, sûre de sa victoire. Elle leva ses épées au-dessus de sa tête, prête à lui asséner le coup de grâce destiné à lui faire mordre la poussière. L'instinct guerrier d'Aymeric lui cria que c'était le moment ou jamais. Le temps d'un battement de cœur, le demi-dieu rassembla toute sa force dans le bras qui tenait son bouclier.
D'un geste circulaire de l'arrière vers l'avant, il lâcha sa dernière défense qui fila droit vers son adversaire. Les deux bras en l'air, elle n'eut pas le temps de réagir : le bouclier la percuta en plein front. La violence du choc la fit tituber et une traînée de sang gicla sur le sol sablonneux de l'arène.
Aymeric bondit sur elle pour lui arracher ses épées des mains. Elle résista et ils roulèrent au sol. Le chevalier dragon parvint à la coincer sous lui. Le combat se poursuivait toujours, malgré leur chute à terre. La dragonne frappa les flancs d'Aymeric à l'aide de ses épées sans ménager sa violence. Agacé, il arriva à en saisir une et la détruisit à la force de son poing chargé d'éclairs. Le bois craqua et des éclats se figèrent dans sa peau. Face à l'inutilité de ses armes, la guerrière abandonna sa deuxième épée. Elle frappa à la force de ses poings et Aymeric poussa un juron. Il avait l'impression qu'un cheval lancé en plein galop venait de le percuter.
Il tenta de lui immobiliser les poignets mais elle se dégagea. Ils se redressèrent en hâte pour mieux se ruer l'un sur l'autre. L'impact lança une onde de douleur dans le corps d'Aymeric. Ses oreilles sifflèrent mais ses jambes continuèrent de le porter difficilement. Son adversaire essaya de les lui faucher. Il esquiva habilement et elle le cogna dans l'estomac. Il encaissa sans broncher et, sans prévenir, elle passa au visage.
Son poing éclata la lèvre supérieure d'Aymeric. Le sang gicla sur son menton, se déposa sur sa langue, épais et métallique. La souffrance lui fit voir rouge. Il intercepta le poing de son opposante dès le coup suivant et la frappa en pleine tête en retour. Aux oubliettes, les règles de galanterie !
Il toucha la pommette et réitéra son geste. Il atteignit la tempe et le corps de la guerrière mollit, ses appuis flanchèrent. Elle tituba, donna un coup dans le vide. Ses éclairs ne crépitaient plus sur sa peau laiteuse. Dans un sursaut d'énergie désespérée, elle bondit sur Aymeric. Il la cueillit au ventre avec un coup dont la technique venait tout droit d'Hangaï. Le plat de sa paume s'enfonça profondément dans le ventre de la guerrière en dépit de sa protection de cuir, brisant sa respiration. Elle s'effondra sur le sable comme une poupée de chiffon, recroquevillée et suffocante.
Le silence ahuri des gradins n'était troublé que par les applaudissements des amis d'Aymeric : il avait gagné. Il s'attendait à ce que son adversaire se remette sur ses pieds mais elle n'en fit rien : le combat touchait à sa fin, il avait donné le coup de grâce. Il se remit de sa surprise et salua la foule d'une courbette polie. Il souleva son adversaire gémissante dans ses bras et prit la direction des sous-sols de l'arène alors que les applaudissements se multipliaient dans son dos. 

Chevalier dragon, tome 4 : La guerre d'AmarisDes histoires addictives. Découvrez maintenant