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Je m'attendais presque à trouver Thomas et Nokomis en train de se sauter à la gorge l'un de l'autre en rentrant à l'appartement. Après tout, malgré les efforts visibles qu'avait fait la seconde vis à vis de son comportement, je savais que si Thomas était un peu trop insistant, elle risquait très fortement de ne pas bien le prendre - et Thomas pouvait se montrer très lourd, malgré le nombre fois où je lui avais répété de corriger cet aspect de sa personnalité.

Mais à ma grande surprise, je les trouvais assis côte à côte dans le canapé, plongés dans une intense discussion animée. Je les observai un instant depuis l'entrée, un demi sourire sur le visage qui ne laissait cependant pas paraître l'étrange sentiment de malaise qui me pinçait le cœur à la vue de ce spectacle. J'avais l'étrange sentiment d'être exclue de quelque chose, de par mes propres actions, comme si mes mensonges avaient levé une murailles entre eux et moi. J'avais souhaité qu'ils s'entendent mieux, c'était la réalité. Mais à les voir ainsi, j'en venais à espérer ne jamais avoir rien souhaité de tel, ce qui me laissais dégoutée par moi même et mon propre égoïsme. Ce fut Nokomis qui me remarqua la première. Son visage s'illumina en me voyant.

-Ester! Qu'est ce que tu fous plantée dans l'entrée comme ça? Entre, je vais pouvoir mettre le plat au four.

Elle se leva sur ces mots, et mon regard fut attiré tel un aimant par la courbure de ses jambes, apparentes sous le short qu'elle avait choisi en lieu et place de ses habituels pantalon larges. Une délicieuse odeur régnait dans l'appartement, un sentiment de chaleur m'étreignit, un sentiment de bien être comme il me semblait ne pas en avoir connu depuis un long moment. La peur que m'inspirait l'idée de pouvoir perdre tout cela était si terrifiante que mes yeux en devinrent humide, ce que je cachai du mieux possible, alors que Thomas s'approchait de moi.

-Ah, j'imagine que je comprends mieux pourquoi tu m'as dis que je n'avais pas mes chances avec elle. Déclara-t-il à voix basse. Mais tu aurai pu me prévenir que c'était pour ça, quand même...

Le pincement au cœur reparut, mais noyé dans un torrent de soulagement. Apparemment, ma petite Nokomis n'était pas une fille facile... je n'avais jamais cru que Thomas puisse avoir la moindre chance, mais, après tout, je ne savais rien du type d'homme que préférait ma colocataire. 

-A cause de quoi? Demandai-je tout de même, me demandant quelle raison avait pu pousser mon ami à rendre les armes.

-Comment ça, à cause de quoi? S'étonna-t-il, ce qui ajouta à mon incompréhension. Tu... tu...

-De quoi vous parlez? L'interrompit Nokomis, qui avait, pour une fois, enfilé le tablier que je lui avais acheté mais qu'elle avait pourtant catégoriquement refusé de porter jusque là, arguant que cela lui donnait l'air ridicule.

-Tu ne lui as... commença Thomas, mais face au regard étrangement insistant de Nokomis, il s'interrompit. Oh, de rien de bien important. 

-Le tablier te va très bien. Lui dis-je finalement.

-Tu n'as pas besoin de me flatter. Je me suis dit que je pouvais bien essayer une fois... se justifia-t-elle.

Ce n'était pas une flatterie, mais Nokomis n'était pas très bonne pour recevoir des compliments, et je ne voulais pas la gêner plus que cela. J'avais toujours trouvé que les tabliers avaient quelque chose en plus, un air informel et en même temps mettant en avant une forme de chaleur. Je me souvenais les premières années que j'avais passées avec Julian, et la collection de tabliers que je lui avais achetée. Ils semblaient tous bien trop petit pour lui, mais une fois qu'il les portait, cela le rendait immédiatement bien plus doux au regard. J'avais l'impression de rentrer et de voir mon homme au foyer, m'attendant avec hâte pour me cuisiner ses meilleurs petits plats. Et... c'était également particulièrement sexy, à mon goût, surtout quand il ne portait rien en dessous. 

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