Chapitre 31 : Le pire des connards

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Ce matin, mon cerveau marche au ralenti, comme brouillé par des ondes. Je referme d'un geste sec ma valise après avoir vérifié une dizaine de fois que je n'ai rien oublié puis consulte le réveil posé sur la table de chevet. Huit heures tapantes. Maia est allongée sur le ventre sur son matelas, profondément endormie.

- Maia, je chuchote en lui secouant l'épaule pour la réveiller, j'y vais.

Après avoir poussé quelques grognements, elle finit par ouvrir un œil, puis deux.

- Tu as trouvé quelqu'un pour t'accompagner ? marmonne-t-elle en se frottant le visage.

- Non. Je vais prendre le taxi.

- Le taxi ? C'est idiot, tu n'as qu'à demander à Dyl...

- Je t'appelle quand j'arrive chez mes parents, je la coupe.

Maia se redresse brusquement de son lit.

- Abby...

Sans lui donner davantage de temps pour me dissuader de prendre le taxi, j'attrape mes bagages et sors de la chambre.

Ma valise est beaucoup plus lourde que ce que je pensais. Une paire de bras musclés n'aurait pas été de refus. Je mets un temps fou à la porter dans les escaliers. Au moment où je pense être à l'abri de tout incident, je loupe une marche et m'étale lamentablement sur le sol - suivie par ma valise.

- C'est pas vrai...

Je me relève péniblement, priant pour que mon vacarme n'ait pas réveillé tout l'immeuble.

- Besoin d'aide ? me lance une voix.

Je pivote, les yeux levés vers le haut de l'escalier. Mon cœur manque un battement. D'une démarche lente et assurée, Jared descend les marches et vient se planter devant moi sans prendre la peine de cacher son immense sourire. Depuis quand est-il ici ? Est-ce qu'il m'a vue tomber ? À en croire sa tête, il a assisté à toute la scène.

- Oh, euh... non... ça va.

Rouge de honte, je n'ose pas le regarder. Ne sachant plus quoi faire de mon corps, je croise les bras sur ma poitrine, puis les relâche. Si je pouvais me réfugier dans un trou à souris, je le ferais sur-le-champ pour échapper à son regard perçant.

- Tu vas quelque part ? s'enquiert-il.

- À l'aéroport. Je retourne chez mes parents pour Noël.

- Et comment comptes-tu t'y rendre ?

Qu'est-ce que ça peut lui faire ?

- En taxi, bien sûr.

Il hoche la tête puis ajoute après un court instant, l'air décidé :

- Je t'accompagne.

- Non, je préfère...

- Arrête de discuter et suis-moi, insiste-t-il d'un ton plus ferme. Il est hors de question que tu payes une fortune le taxi alors que je peux t'accompagner.

Je ne bouge pas. Il n'a pas le droit de décider à ma place.

- Si je dois te traîner de force jusqu'à ma voiture, je te jure que je le ferai, me prévient-il.

Nous nous défions du regard. En effet, je l'imagine très bien me traîner par terre et, bizarrement, cette vision me remet les idées en place.

- Ce ne sera pas nécessaire, je lâche avec raideur. Mais, pour ton information, sache que je suis parfaitement capable de me débrouiller seule.

À corps perduOù les histoires vivent. Découvrez maintenant