Le jour suivant, Aiden et moi traversons le campus côte à côte d'un pas lent. Le temps est maussade. Tout comme mon humeur. Je n'ai pas décoché un seul sourire depuis le début de la journée.
- Arrête de faire cette tête. Ça devient déprimant de traîner avec toi.
J'enfouis mes mains dans les poches de ma veste, tête baissée.
- Désolée. C'est plus fort que moi.
- Hé, je te taquine ! rigole-t-il en passant son bras par-dessus mes épaules. Par contre, j'avoue que ça m'aiderait un peu si tu m'expliquais ce qui te tracasse.
Ce qui me tracasse ? Voyons voir, Maia n'est toujours pas réapparue depuis hier soir alors que j'aurais déjà dû la croiser, ne serait-ce qu'à la cafétéria. Encore plus inquiétant, elle n'est même pas passée prendre ses cours. Bien que nos rapports soient momentanément perturbés, elle reste mon amie et je m'interroge. Est-ce que Dylan l'a séquestré chez lui ? C'est une hypothèse qu'il me faut étudier consciencieusement.
Voyant que je ne réponds toujours pas à sa question, Aiden ose demander :
- C'est en rapport avec Jared ?
- Pas vraiment.
Non, vraiment pas.
- Tu sais... je le sens pas, ce mec. C'est vrai, quoi. Il m'a l'air assez instable.
- Instable ? je répète, les sourcils froncés.
Mon affection pour lui va finir par s'effriter s'il continue à raconter des âneries.
- Il suffit de voir la façon dont il se comporte avec toi. Tu savais que c'est lui qui a pété le nez de son propre pote ?
Oh que oui !
- C'est gentil de t'en préoccuper, Aiden. Mais je pense être en mesure de régler mes affaires seule, l'avertis-je.
Il hoche la tête, l'air un peu froissé, puis me raccompagne à la résidence.
Devant le bâtiment, debout sur les marches, Jared est là. Il reste concentré sur ses pieds, jusqu'à ce que son regard vienne se poser sur moi. Je lui fais signe. Son sourire s'évanouit en voyant Aiden. Il le poignarde de ses prunelles noires et sombres.
- Je vais te laisser. Autrement, il risque de me péter le nez à moi aussi, dit Aiden avec une pointe d'ironie.
Je lève les yeux au ciel et lui donne un coup de coude.
- C'est ça ! Dépêche-toi de filer.
Je jette un œil vers Jared et ai tout juste le temps de le voir disparaître à l'intérieur du bâtiment. Ma queue-de-cheval brune s'agite sous l'effet du vent tandis que je me presse pour le rattraper. Lorsque je débouche dans le hall d'entrée, il est déjà en train de monter les marches, quatre par quatre. Sans perdre un instant, je lui cours après dans les escaliers.
- Jared... Attends ! j'éructe.
Miracle ! Il se retourne enfin, croise les bras sur son torse, et me regarde droit dans les yeux. Je gravis les dernières marches qui nous séparent.
- Ça va ?
- Ça va.
Sa voix monocorde ne laisse rien transparaître.
- Tu es sûr ?
Pourquoi insister ? Il t'a dit qu'il va bien.
- Puisque je te le dis.
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À corps perdu
RomansaAbbigail, dix-huit ans, discrète et peu sûre d'elle, retourne comme chaque été en vacances chez sa tante. Mais ces quelques jours passés sous le soleil écrasant de Floride vont chambouler son existence qui, jusqu'à présent, lui a toujours semblé vul...