Daniel Crawn arbore un sourire goguenard. Ses yeux clairs sont froids au fond de leurs orbites. Pas une once d'empathie n'est apparente sur lui.
Nous devions être éliminés au Tri, pas avant. Nous ne sommes qu'à l'étape deux et là, sur un coup de tête, ils décident de passer à la septième ? Les élèves devaient faire leurs preuves après. Après avoir reçu des cours. Après avoir appris à utiliser une arme. Après avoir conçu une tactique. Après s'être battu pendant l'Affrontement. Personne n'a pu prouver qu'il était digne de remporter ces victoires.
Malgré mon dégoût pour cet enrôlement, je n'ai jamais voulu qu'on me considère comme faible. Ce service est une méthode excessive qui n'est pas nécessaire de déployer. Il suffit juste de comprendre pourquoi ils l'ont tuée d'une flèche dans le crâne. Tout rentrerait dans l'ordre.
Mais... Si je suis éliminée...
Je pourrais choisir mon métier.
J'ai envie de lever la main pour me dévouer. Mon bras me démange. Louna fronce les sourcils devant mon air excité. De son côté, ses yeux brillent et sa bouche est pincée. Son nez fin couvert de tâches de son est plissé. Une lueur d'orage flamboie dans son regard gris. Elle prend de grandes respirations, trop profondes pour être naturelles. Cette décision ne la satisfait pas du tout. Elle se contient à peine.
Louna ne crie jamais, mais sa colère se reflète toujours dans ses yeux.
— Où est Samuel ? chuchote-t-elle.
Samuel. Il doit encore être dans la forêt, probablement en train de nous chercher.
Je me tourne dans tous les sens, à l'affût de son éventuel retour. Les élèves, effarés, fixent les superviseurs, les joues encore rouges de s'être donné à leur maximum. Une autre émotion semble les habiter : la colère.
Une chevelure blonde en pétard m'interpelle. Samuel est au fond, son sourire enfantin habituel transformé en rictus d'incompréhension. Ils ont attendu que nous soyons tous présents. On aurait du y penser. Je suis rassurée d'apprendre que s'ils l'éjectent, ça ne soit pas à son insu. J'espère que ça ne sera pas le cas. Ça lui tenait vraiment à cœur d'être pris. Je lui fais signe de la main. Mon geste lui rend qu'une infime partie de sa bonne humeur mais quand il m'imite, c'est le cœur plus léger. A peine ai-je détourné mon regard que Suzie Erne se racle la gorge. Une tentative évidente de retenir notre attention pour la suite.
Chaque professeur sourit de manière inappropriée. Leurs sourires sont soit trop grand, soit en coin – voire carnassier pour le doyen. Seuls Mathieu Hanfield – le prof de Samuel, et Théo n'ont pas l'air de se réjouir. Le premier nous regarde toujours comme s'il voulait analyser nos réactions et le second semble... désapprouver ? Théo ne serait pas d'accord pour nous éliminer dès la première épreuve ? Je suis tellement surprise...
Il fixe le vide. Ses cheveux châtains décoiffés avec soin s'agitent dans la brise du soir. Bien qu'il soit loin, j'imagine sans peine ses yeux verts étinceler dans le coucher de soleil et ses sourcils sombres se froncer sans qu'il en ait conscience. Ailleurs.
Mon regard revient sur le maire, à nouveau coupé par Crawn, qui exulte :
— C'était une plaisanterie ! On voulait voir vos réactions ! déclare-t-il dans un fou rire, rauque, qui parvient presque à lui voler un poumon.
Olivier, choqué par l'audace de son ami, le toise avec ressentiment. Ce n'était visiblement pas prévu.
C'était une épreuve, encore et toujours une épreuve. Ici, tout est question de maîtrise de soi. Je ne comprends pas. Comment ont-ils pu oser faire cela ? Nous faire croire que certains sont incapables de se débrouiller, c'est blessant. Notre espèce est censée être souple, agile et rapide. Ils font passer les derniers pour des imbéciles. Depuis le début, j'ai fait de nombreux progrès : je ne voue plus une haine farouche au Choix, je fais des efforts pour gagner, je me bats alors que mon père me l'a défendu. Je suis plus encline à lui donner une chance.
La foule gronde, la colère la met en ébullition. La première personne à crier déclenche une vague d'insurgés, qui clame haut et fort que cette fausse annonce est injuste. On se lève tous, révoltés par leur comportement. Ils n'imaginent pas toute la pression qui repose sur nos épaules.
Poussée par les exclamations offusquées, je hurle une phrase que tout le monde commence à reprendre. Tandis que les professeurs, catastrophés, demandent le calme à renfort de mouvements, nous scandons ensemble : « A bas le Choix ! Laissez-nous choisir nos voies ! ». Je regarde Théo dans les yeux en prononçant ces mots, puis les répète encore et encore, sans qu'il ne baisse les siens. Il m'adresse un faible hochement de tête. Il comprend. Ce sont ces moments-là qui me rappelle pourquoi j'ai été amoureuse de lui. Il savait que c'était une deuxième épreuve. Une deuxième épreuve...
Et s'il fallait rester calme devant ce genre d'annonce ?
Et si, c'était cela notre deuxième test ? Et si nous venions d'échouer ? Obéir à notre général est essentiel en temps de guerre pour vaincre nos ennemis. Ils devaient s'attendre à ce qu'on hoche la tête, les épaules baissées, comme les bons soldats que nous sommes sensés devenir.
Théo secoue la tête puis s'éloigne.
Nous venons de faire une erreur monumentale.
Mes bras retombent mollement sur mes cuisses. Louna qui n'a rien dit tout le long, me dévisage, inquiète. Les gens continuent de s'égosiller pendant que je réalise ce que nous venons de faire.
Ils vont payer par ma faute.
Il ne fallait pas broncher.
Quand je relève les yeux, Mathieu Hanfield tient un revolver à la main. Il tend son bras vers le ciel. les coups de feu se mettent à pleuvoir. Dans un brouhaha paniqué, nous hurlons tous trois octaves plus hautes que la normale. Les personnes derrière moi me poussent, je trébuche sur la celle de devant, qui me donne un coup de tête en se retournant pour s'enfuir. Ce prof est complètement fou.
— STOP !
Tout le monde se fige. C'est la première fois qu'Hanfield ouvre la bouche en public.
— Qu'est-ce que vous ne comprenez pas dans calmez-vous ? reprend-t-il en chuchotant, persuadé que tout le monde l'écoute. C'était une manière de savoir de quelle façon vous réagiriez en cas d'imprévu : de manière impassible ou bien, agressive.
Il ponctue sa phrase d'un regard entendu vers Olivier, qui serre sa mâchoire de déception.
— C'est un échec, dit une voix trop sérieuse pour être sincère, déclenchant quelques éclats de rire.
Cette voix ne m'est pas inconnue mais je n'arrive pas à l'associer à un visage.
— Nous reparlerons de ce... malentendu auprès de vos professeurs quand vous serez disposés à être docile, siffle le maire. Cet acte de rébellion sera puni.
Il s'interrompt une seconde avant de reprendre :
— Je vous rappelle que vous êtes conviés à l'incinération de Mme Rotguerg.
Il tourne les talons, suivi des autres superviseurs.
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The Alfe Wars [terminée]
FantasyAprès la mort de Ella Taylor, tuée par les ennemis de son espèce, les Alfes de l'Ombre, un système a été mis en place : le Choix des Élites. Les adolescents âgés de seize à dix-neuf ans sont conscrits à ce service obligatoire. Le but ? Trouver les...
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