Après s'être frayé un chemin dans la foule, Théo s'arrête devant moi.
— Il faut qu'on parle.
— Je...
Sa voix douce reste ferme. Ce n'est pas un question, mais une injonction. Pourquoi veut-il me parler ? Pourquoi aujourd'hui ?
Cela fait dix ans que je n'ai pas été seule avec lui. Il a vingt-six ans maintenant. Ça veut dire... que nous sommes tous les deux majeurs. Nous serions égaux en droit s'il n'était pas superviseur. Cette bonne blague.
Romain donne une pression affectueuse sur mon bras. Le soutient dont il fait preuve est encourageant.
Théo me parlera-t-il en temps que meilleur ami de ma sœur ou superviseur ? Ma seule crainte est qu'il me porte préjudice de ce qu'il s'est passé hier. J'ai tout gâché, j'en ai conscience. Si je pouvais revenir dans le temps pour m'empêcher de scander cette phrase, je le ferais.
Théo m'observe une minute avant de tourner les talons. Je le suis en trébuchant une petite dizaine de fois à cause du stress. Quand je tombe, il se retourne et me demande si je vais bien. Je dois lui faire pitié.
Je ne comprends pas. Le jour où il est apparu sur la scène, celui de la rencontre avec les superviseur, il semblait... distant, tout en étant impliqué. Il m'a même sourit. Aujourd'hui, il est froid et ailleurs. Il marche devant, et malgré cela, il a l'air conscient de tout ce qu'il se passe.
Cet homme est une énigme.
Après avoir marché dix longues minutes dans un silence lourd de non-dits, il freine sans prévenir. Je me prends son dos de plein fouet. En plus d'être compact et musculeux, il doit mesurer un pied de plus que moi. Je me frotte le nez pour faire passer la douleur.
— Il faut que je te parle.
Je sais, tu l'as déjà dit, Théo...
— Pourquoi tu as fait ça ?
Il va droit au but. La question, bien que détachée, m'assèche la bouche. L'impact de sa phrase est atténué par sa voix douce, mais elle n'en est pas moins déroutante. Il y a de nombreuses raisons à cela et il devrait le savoir. Mais je ne sais toujours pas quel rôle il joue. Alors je ne réponds rien.
— Emelyne, écoute-moi bien s'il-te-plaît. Je ne suis pas là pour te punir. Ce n'est pas mon rôle.
Encore ce mot, "rôle".
— Pourquoi alors ? Qu'est-ce que ça peut changer ? Je l'ai fait, c'est tout. Il n'y a rien à dire.
Avant même de réaliser que je viens de lui parler avec cette ancienne familiarité qui me caractérisait enfant, une expression nostalgique passe dans son regard.
— Tu n'as pas changé, se contente-t-il de dire. Toujours aussi têtue.
Il se secoue la tête, l'air de dire, "ah, sacrée Em". Le changement d'ambiance me rassérène.
— Il faut que tu saches que je ne suis pas forcément d'accord avec les décisions que prennent mes confrères. Cet acte fictif était une aberration, mais leur façon de l'exprimer était pire encore... Je le leur avais dit, mais je ne suis que le "jeune sans expérience", pour eux, soupire-t-il, lasse de la situation. Le problème, c'est qu'ils ne connaissent pas les sentiments qu'induisent ce genre de nouvelles. Ça peut aller de l'injustice, au stress, voire carrément à l'angoisse. A la colère aussi – beaucoup de colère. J'ai été face à ces obstacles. Je vous comprends. Et si à l'époque je n'aurai pas été aussi virulent, ça m'aurait tout de même fait un choc.
À l'époque.
Parle-t-il du fait qu'il était brisé ? Ou de l'obéissance sans faille de leur génération ? Quoique... Nous sommes de la même génération. Il doit parler d'Ella. Il avait mon âge quand ça s'est produit.
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The Alfe Wars [terminée]
FantasíaAprès la mort de Ella Taylor, tuée par les ennemis de son espèce, les Alfes de l'Ombre, un système a été mis en place : le Choix des Élites. Les adolescents âgés de seize à dix-neuf ans sont conscrits à ce service obligatoire. Le but ? Trouver les...
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