Le choque me paralyse.
Je suis avec la psychopathe !
Je viens d'être assignée à la seule couleur dirigée par une superviseuse violente. Pourquoi la chance ne me sourit-elle plus depuis dix-ans ?
Pourquoi est-ce que tout va mal maintenant ?
Comme je ne bouge toujours pas, le superviseur, un homme de haute taille à la musculature sèche, est obligé de me tirer par le bras pour que j'avance. Ça doit être Hanfield pour qu'il soit aussi antipathique. Je titube jusqu'au bureau de bois – en chêne lui aussi – où un monsieur de petite taille, le front plissé par la concentration, inscrit contentieusement mon résultat. Et quel résultat ! Un léger spasme traverse mon avant-bras. Je le plaque contre mon ventre pour que les autres ne le voient pas.
Je sais que si je me retourne, je croiserais le regard suffisant du garçon de tout à l'heure. Ce regard qui me méprise, qui souffle que le hasard fait bien les chose, que c'était mérité. Leurs jugements me font frissonner, comme si la nouvelle m'avait glacé le sang. Ils ressentent tous soit de la pitié, soit un sentiment de satisfaction à mon égard. Mon angoisse a été punie par le destin ; c'est certainement une raison suffisante pour eux. J'aurais dû me montrer courageuse.
Je me dirige cahin-caha vers mon père, rongé par toutes ces années de tristesse. Après une dizaine de pas, je trébuche le long de la file. Je manque de tomber, mais quelqu'un me rattrape à temps pour me redresser. Mes lèvres s'écartent pour laisser jaillir un milliers d'excuses et de remerciements qui finissent par mourir dans ma gorge. Je relève la tête pour capter le regard de mon sauveur pour l'abreuver encore de « pardon, pardon, pardon... » futiles, mais ma voix s'éteint quand je vois de qui il s'agit.
Je suis en apnée.
— Merci...
— Alexie, souffle-t-il.
J'adresse un hochement de tête au garçon qui s'était moqué de moi tout à l'heure – qui s'appelle alexis par ailleurs – puis m'écarte pour m'en aller, sans me retourner. Ma gorge se serre une nouvelle fois. Il n'y avait aucun dédain dans ses yeux. Juste de la pitié et de la compassion. Les sentiments qu'on m'offre depuis plus de dix ans... depuis la création de la conscription. J'ai grandi, j'ai changé et depuis on ne me reconnaît plus comme elle. Celle que j'étais avant. Ça fait des années que je n'avais pas vu cette émotion : de la pitié. Ça fait mal.
Je me précipite dans les bras de mon père qui écarquille les yeux en voyant ma tenue.
— Tu es...
— Rouge. Oui je sais, dis-je avec un reniflement.
Je recule en chancelant. Je me laisse glisser au bord de la branche où je saute en étoile de mer. Je me balance avec plus d'énergie que d'habitude. L'énergie du désespoir. J'enchaîne des figures complexes alors qu'une chute à cette hauteur me serrait fatale, mais je m'en fiche. Mon corps oscille d'une branche à l'autre, où des lianes pendent. Malgré mon aversion pour cet enrôlement, je maîtrise avec perfection l'environnement dans lequel nous allons nous affronter.
La forêt.
Quand on est suffisamment silencieux pour écouter, on entend les murmures des arbres, les brames des rumphs, la sérénade des oiseaux qui louent la nouvelle saison...
La seule qui est violente, la seule qui n'a aucune pédagogie, la seule qui perd toujours.
Je n'arrive pas à croire que je suis tombée sur Amélia Rotguerg.
Je me déplace ainsi pendant des heures alors que je devrais rentrer chez moi. Mon père a dû comprendre que j'ai besoin d'être seule. Il a l'habitude, il rentre souvent à la maison sans m'attendre.
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The Alfe Wars [terminée]
FantasíaAprès la mort de Ella Taylor, tuée par les ennemis de son espèce, les Alfes de l'Ombre, un système a été mis en place : le Choix des Élites. Les adolescents âgés de seize à dix-neuf ans sont conscrits à ce service obligatoire. Le but ? Trouver les...
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