Chapitre 25

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La séance terminée, je me précipite à celle de Samuel. A force, j'ai fini par comprendre qu'à l'inverse de Théo, Hanfield les maintient dans l'effort suffisamment longtemps pour que Samuel s'effondre sur moi en haletant à la fin de la journée. Je déteste ce type. En dépit de son côté malsain, je m'y rends plus souvent qu'aux cours de Laura, Louna et Romain. Ce n'est pas sa présence qui va m'empêcher de soutenir l'un des piliers de ma vie, aussi têtu et bruyant soit-il.

Comme chaque soir, je m'accroupis à la base de la branche sur laquelle je m'appuie. Mes jambes sont engourdies par l'acharnement que je mets au combat. Mes victoires sont rares, je ne serai jamais attaquante, ou défenseure, j'en suis sûre, mais ça ne me dérange pas. Ce sont des postes où toute confrontation peut devenir violente, et... ce n'est pas ce que je veux. On peut appeler ça de la lâcheté, j'appelle ça du bon sens ainsi qu'un instinct de survie plus développé. Je respecte ceux qui ont le courage de se lancer là-dedans, c'est audacieux et altruiste. J'ai de bons réflexes, mais, d'après ce que j'ai pu voir, ça ne suffit pas. Je serai « morte » en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, si la moindre tâche de peinture heurte un organe vital. Il faut la force et la technique requise. Pour ma part, je me contente de taper au moment opportun, ou de laisser mes réflexes me guider. On ne peut pas dire que ça me dérange, tant que je reste agile, j'aurai des chances d'être prise. Il suffit de s'acharner au travail.

Comme chaque fois que je viens, mon ami bondit, court, tracte et j'en passe. Après avoir le palpitant prêt à se carapater hors de sa cage thoracique, il saisit un semi-automatique en contenant difficilement sa respiration, puis tire sur des cibles. Il en touche deux sur cinq. Pas mal, pour ce que c'est. S'il s'évanouissait, je ne serais même pas étonnée.

Hanfield est un professeur remarquable. Remarquable, mais intransigeant. Depuis que je les observe, j'ai toujours veillé à ce qu'il ne me remarque pas. Je ne sais pas pourquoi, c'est autorisé après tout. Ce type me met mal à l'aise. En plus de posséder un regard fixe, d'une couleur aussi glaciale que son expression, il respire l'intelligence et l'analyse. Je me sens comme les chats de ma tante quand elle laisse traîner de la nourriture sur son tapis, en attente de leur réaction. Une expérience.

L'exercice d'aujourd'hui est passionnant. Je les envie de faire une chose aussi cool. Théo nous interdit de toucher aux armes. Comme si on voulait transformer notre terrain d'entraînement en mutinerie et par-là, condamner toutes possibilités, déjà minces, de remporter cette dixième – et monstrueuse – édition du Choix. On veut juste s'amuser – ou se défouler, pour certains – sur autres choses que des Alfes puants, recouvert d'un liquide odorant brillant qu'on appelle « transpiration » par ici. Ce serait contre-productif. Et idiot.

Samuel continue de se ruer sur l'immense écorce et d'escalader une multitude de branches en un temps record. La mâchoire m'en tombe. Samuel n'a jamais été aussi endurant. Il était fort, certes, mais cette rapidité est récente. Son t-shirt violet est tellement humide qu'on distingue ses abdominaux au travers. Ça aussi, c'est nouveau. Il ressemble au corps majestueux de Théo. Non, pas majestueux. Cette phrase est horrible. Je ne pourrai jamais repenser une phrase pareille sans être ensevelie sous une couche mortelle de honte, saupoudrée de bile et de frissons. Samuel a pris du muscle, mais c'est son âge, non ? C'est comme pour Romain, l'intrépide et ingénieux Romain, toujours là pour me rassurer. Lui aussi a dû se transformer. J'ai envie d'appeler Laura pour qu'elle vienne l'asticoter avec ça. C'est mal, mais c'est tentant.

Cet entraînement me fascine. J'ai presque envie d'aller rejoindre Théo pour lui soumettre cette fantastique idée. C'est hypnotisant. Je me penche quand il disparaît dans la cime des arbres pour réapparaître juste après. Si je ne me retenais pas, je basculerai pour me retrouver aplatie en dessous. Rien que l'image me donne des frissons. Je déteste la mort. J'espère bien y être confrontée le plus tard possible. Ou jamais, il faut juste soumettre l'idée à l'herboriste. Je suis certaine qu'il n'y a pas encore pensé !

The Alfe Wars [terminée]Des histoires addictives. Découvrez maintenant