Chapitre 24 : Il est bourré ?

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« Franchement, je sais pas ce qui vous étonne. » lance Gally en installant une nouvelle bûche sur le billot. « Il passe ses journées là-dedans, qu'est-ce qui te choque ? »

La hache s'abat d'un coup sec, tranchant sans pitié le bois qui tombe dans l'herbe en morceaux. Je m'approche pour les ramasser et les charger dans la brouette.

« Comment ça ? » Je demande au bâtisseur.

Gally pose la hache au sol, s'appuyant légèrement dessus et hausse les épaules.

« Que tant que tu n'y as pas mis les pieds, t'imagines pas ce qu'on ressent dans ces couloirs. C'est comme si tout avait été conçu pour te dire que t'as pas ta place ici et que tu peux crever à tout moment. » Il se met de nouveau en position pour couper. « À force, ça bousille. »

Je hausse un sourcil et me penche pour récupérer le bois une nouvelle fois.

« Tu y es déjà allé ? » j'interroge, curieuse.

Il acquiesce, son regard se voile une seconde.

« Ouais, y a longtemps, avant qu'on s'organise, qu'on décide des règles. » Il avise la brouette qui est pleine à craquer. « Ça suffira. » décrète-t-il.

Je récupère la hache alors qu'il se dirige vers la brouette. Il y a quelques jours, Gally a construit une sorte de petit abri sur le côté de La Ferme pour y ranger le bois proche du feu de camp, sans qu'il ne prenne trop l'humidité.

« Si tu veux mon avis, il est grand temps que quelqu'un remplace Benny avant qu'il disjoncte complètement. » me dit-il sur le ton de la confidence alors qu'on se met en marche. « Newt pourrait le faire, mais il va bientôt falloir gonfler les rangs des coureurs de toute façon. Le Labyrinthe est trop grand pour ces deux tocards. »

Je ne réponds pas. J'entends ce que dit Gally, mais je pense que Ben ne tiendra pas assez longtemps pour avoir le loisir de « disjoncter complètement ». Son corps lâchera bien avant d'en arriver là. Sauf bien sûr, si l'Ephedra nous offre un miracle.

J'ai l'estomac noué. Le coureur était en pleine forme ce matin à l'entraînement, comparé à la veille c'était impressionnant. Même son état d'esprit avait semblé changer. Il souriait de toutes ses dents, c'en est presque devenu effrayant à la longue. Même Minho avait l'air perplexe. Mais Ben a insisté qu'il n'y avait rien de mieux qu'une bonne sieste pour se remettre d'aplomb et je suis restée silencieuse jusqu'à les voir disparaître dans les couloirs du Labyrinthe.

J'ai essayé de ne pas me torturer à ce sujet toute la journée mais l'image de la feuille entre ses doigts ne m'a pas quittée.

Mais il a tenu. Un jour, puis deux, et une semaine a passé. Sans signe de symptômes inquiétants, sans baisse d'énergie, et j'ai commencé à me détendre un peu. Je l'observais le matin à l'entraînement, le soir pendant les repas, à chaque fois qu'il venait récupérer un peu de la plante pour le lendemain.

Mais mes réserves du spécimen se sont rapidement amoindries et je n'avais aucune envie de demander aux garçons de m'en ramener une nouvelle provision. Si j'apprenais à Ben à reconnaître la plante, je risquais de perdre le contrôle sur sa consommation. Quant à demander à Minho, cela soulèverait des questions auxquelles je ne saurais pas répondre. Alors je lui ai confié une fiole d'huile que j'avais faite à partir de l'Éphedra avec pour seule certitude, la promesse qu'il n'en prendrait pas plus de deux gouttes par jour.

« Livia ? »

Clint me sort de mes pensées, me lançant un regard insistant.

« J'ai mis assez de calendula ? » me demande le garçon en désignant la marmite.

Courir ou Mourir ? [The Maze Runner] RéécritureOù les histoires vivent. Découvrez maintenant