Éternité

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Les effluves sucrés de sa chevelure dorée caressaient mon nez lorsque notre réveil retentit au milieu de la nuit. Contre mon corps, je pouvais sentir la chaleur du sien, son souffle long et régulier soulevant lentement le bras que j'avais enroulé autour d'elle. Bientôt, il nous faudrait nous lever, mais autant que je le pouvais, j'étirai l'instant de quelques battements de cils fatigués. Je n'avais jamais connu de réveil aussi doux de ma vie, l'odeur de son corps dans mon nez, la chaleur de sa peau contre la mienne, ses cheveux caressant mon visage. L'aube ne s'était pas encore levée pour me dévoiler les reflets de feu qui sublimaient sa chevelure, mais peu m'importait. Je voulais gagner une éternité à avoir le privilège d'ouvrir les yeux à ses côtés. Toute une éternité pour apprendre la façon dont les rayons du soleil venaient appuyer le cuivre qui ornait ses cheveux, pour apprendre la forme de son corps contre le mien, pour apprendre la profondeur de sa respiration lorsqu'elle était enfin au repos, et celle qui m'apprenait qu'elle était déjà sortie des bras de Morphée quand bien même elle ne bougeait pas encore. Alors peu importait, parce que mon éternité commençait aujourd'hui.

Aujourd'hui, elle m'avait offert l'opportunité de me réveiller à ses côtés. Alors je serrai mon étreinte autour d'elle, et pressait son corps contre le mien tandis que j'enfouissais mon visage dans sa nuque pour y déposer un baiser appuyé. Sous mon contact, un petit son doux s'échappa d'elle, pas totalement éveillée, mais plus totalement endormie pour autant. Lentement, elle se retourna face à moi, et avec de longs battements de cils, elle regarda plus haut vers moi. Je sentis mon âme sourire, et je savais que cela s'était traduit sur mon visage. Oui, je voulais une éternité de cela. D'exactement cela. Contre mon poitrail qui lui était dévoilé, elle se réfugia là un instant, bien au chaud contre moi, et je l'enlaçai en déposant un baiser sur le haut de son crâne. Ensemble sans que nous ne nous soyons concertés pour autant, nous prîmes une respiration profonde comme si nous essayions d'ancrer dans nos corps la sérénité parfaite de l'instant présent pour l'emporter avec nous dans nos vies létales. Je combattais la voix intérieure qui réclamait que je lui dise de ne pas s'attacher les cheveux de façon trop haute pour ce soir, parce qu'ils seraient une excellente prise pour un adversaire, mais je n'en fis rien. Je savais qu'elle était largement en capacité de le déduire elle-même, et je voulais que cet instant de sérénité dure toujours. Alors je ne dis rien, j'inspirai profondément pour calmer l'anxiété qui s'éveillait de savoir ce qu'elle ferait ce soir, et je la serrai contre moi, parce qu'elle était bel et bien là, tout contre moi. C'était tout ce qui comptait.

Nous nous étions levés quelques trop courtes heures après avoir trouvé le sommeil, et pourtant je me sentais plus reposé que je ne l'avais été depuis de nombreuses semaines. Tandis qu'elle se hâtait pour rejoindre son Ordre avant que l'aube ne pointe le bout de son nez lumineux, je parvenais à négocier qu'elle reste le temps d'avaler une tasse de café. J'avais gagné, bien entendu. Nous étions donc tous deux descendus dans la salle à manger baignée dans la douceur apaisée de la nuit, et Mint nous avait apporté le nécessaire pour un semblant de petit-déjeuner. Pour une fois, je ne m'installai pas en bout de table. Je la voulais à côté de moi, peu importait que cela ne dure que quelques trop courtes minutes. Nous aurions l'éternité.

- Qu'est-ce que je te sers ? offris-je doucement vers elle dans le manoir endormi.

Ses yeux portaient encore en eux le voile de songes duquel elle venait d'être sortie, et les cheveux qu'elle avait rapidement ré-attachés me semblaient plus rebelles encore que la veille. Elle était si belle, à peine sortie du sommeil apaisé qu'elle avait trouvé dans le creux de mes bras.

- Du thé, s'il-te-plaît, chuchota-t-elle d'une voix encore éteinte tandis qu'elle tirait une chaise pour prendre place à côté de moi.

Je souriais en servant sa tasse. Évidemment, elle ne buvait pas de café. J'aimais avoir l'opportunité d'apprendre ces détails anodins à propos d'elle. Les tonalités endormies de sa voix au réveil, la façon dont ses paupières clignaient lentement sur ses iris telle une enfant, le genre de breuvage que son corps réclamait à la sortie du lit. Quelque part, il me semblait que j'étais même tellement mordu que je me délectais de l'idée idiote selon laquelle elle était le thé de mon café. Oui, tel un sombre idiot, je souriais, et peu m'importait.

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