À la Allison Academy, un établissement scolaire de North Miami Beach où se mêlent les cultures des quatre coins du monde, Reino se prépare à vivre sa dernière année comme toutes les précédentes.
Mais ça, c'était sans compter l'arrivée d'un nouveau d...
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Haru me raconte une anecdote étrange concernant le conte de Peter Pan. La poussière de fée n'était pas intégrée à la première version de l'histoire, et la capacité de voler reposait sur la foi. Il fallait y croire, croire qu'on pouvait s'élancer vers la deuxième étoile et rejoindre le pays imaginaire par simple confiance de la magie qu'on a en nous. Au début, j'ai trouvé ça plutôt beau comme philosophie ; celle de croire en l'impossible.
— Elle sort d'où la poussière de fée, du coup ?
— Ils ont dû l'ajouter parce que des enfants ont vraiment pris tout ça au pied de la lettre et ont commencé à sauter de leur balcon à tour de rôle, me partage-t-il, horrifié. Il a fallu qu'ils donnent un critère impossible à respecter, donc trouver de la poussière de fée.
J'ouvre de grands yeux, redescendant sur terre à cette conclusion. Métaphoriquement, puisque je suis actuellement à plusieurs centaines de mètres d'altitude dans un avion en direction de L.A. J'en viens à me demander si l'ingénieur qui a inventé le premier avion croyait aux fées.
Sur la rangée avant, ma mère fait la connaissance de Hyerin tout en papotant avec Jiheul, leur mère à elle et Haru. Nos pères sont à l'arrière et ne parlent pas. C'est étonnant, car il m'arrive de les voir s'échanger des regards qui même sans mots, me font croire qu'ils s'entendent comme les meilleurs amis du monde.
J'ai eu l'occasion de voir la mère d'Haru de temps en temps. Elle est très petite et très souriante. Comme avec Haru, elle donne d'abord l'impression d'être réservée et timide, et je crois que c'est plus dû à son apparence de coréenne traditionnelle, qui joue dans la modestie et la neutralité. C'est quand je la vois si ouverte avec ma mère que je découvre encore une fois que Haru tient son caractère aléatoire de quelqu'un. Quoique, sa spontanéité me fait davantage penser à Hyerin.
Son père, par contre, je ne l'avais jamais vu. J'avoue avoir été très intimidé à l'idée de le rencontrer après les confidences d'Haru sur son coming-out, qui pour lui avait été une expérience mitigée. Savoir que ses parents m'avaient invité à dîner m'avait d'abord déridé, me confortant dans l'idée qu'ils l'avaient totalement accepté, mais ensuite les plans se sont emmêlés, et il semblerait qu'on en vienne à ce fameux dîner plus tôt que prévu puisque nous nous retrouvons tous à partir en voyage à l'autre bout du pays ensemble. Nous n'avons pas encore eu l'opportunité de nous présenter en bonne et due forme, mais il ne reste qu'une petite heure avant d'atterrir. Pour le moment, il est encore en mode télépathie avec mon père à moi. C'est moi ou ils viennent de s'échanger leurs numéros sans même avoir balbutié la moindre onomatopée ?
— Y'a un truc qui me fascine, confié-je en regardant à travers le hublot. C'est pas le même océan en Californie !
J'ai dû parler un peu trop fort car quelques têtes se tournent vers moi, mon enthousiaste semble avoir attiré l'attention d'autres passagers. Je me surprends à rougir en portant ma main à ma bouche. À côté de moi, Haru sourit avec tendresse et je le vois secouer la tête.
— J'avoue que ton océan Atlantique est grave flippant, Miami boy, ajoute-t-il en crochetant mes doigts.
— Tu rigoles j'espère ? Le Pacifique recouvre la moitié de la flotte terrestre ! C'est bien avec lui qu'on peut se faire engloutir !
— En attendant, c'est pas parmi les cocotiers des îles qu'on trouve le Triangle des Bermudes.
J'ai un souffle d'effroi.
— Okay, tu l'as gagnée celle-là.
Il me mime un levé de chapeau.
— Merci bien.
C'est marrant, mais j'aime l'entendre parler. Surtout quand il étale ce genre de culture de manière aussi naturelle. Ce n'est pas pour frimer, ou pour se donner un genre. À chaque fois c'est automatique, en mode « Eh, tu savais que... » parce que c'est vraiment intéressant. Puis il pourrait me parler des couleurs complémentaires ou de la première personne ayant visité la fosse des Mariannes, je serai tout ouïe.
— Tu me cites une des sept merveilles du monde ? je tente pour déconner.
— Le Machu Picchu. T'es mignon Rei, mais tu vas me stresser si tu transformes nos vacances en « Questions pour un Champion », fait-il en rigolant à son tour.
Nos vacances.
Eh bah, je suis vraiment piqué, parce qu'il m'a cloué le bec juste comme ça.
— Je savais pas que t'étais sapiophile.
Le son que j'éructe face à sa remarque n'a pas grand-chose d'humain. J'ai un bug monumental, et son rire éclate encore plus fort. Son bras passe autour de mes épaules et il tente de me tirer vers lui quand, fidèle à moi, je souhaite traverser le hublot.