Chapitre 85

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Il y a de la musique, un sifflement qui mélange le vent et la mélodie. Jade a lancé sa playlist et nous nous sommes retrouvés. La nuit nous a écoutés, nous et nos peurs d'adolescents aux portes de la vie. J'ai toujours pensé que le monde entier vivait avec son plan détaillé. Mais, même à des degrés différents, on a tous un peu les jetons.

Les sujets commençant à tourner au mélancolique, c'est rapidement que Blanca bondit sur ses pieds et tend la main à Ioane.

— Tu prévois quoi encore ? s'enquiert-il en haussant un sourcil.

Mais il saisit cette main, et nous nous retrouvons tous les huit debout les uns face aux autres. Elle embrasse les environs d'un regard, avant de se tourner vers le bruit de l'océan. De l'autre côté des monticules bétonnés, la plage vacille vers le mouvement de la marée. Une pente blanche ornée de débris de coquillages, avec quelques herbes sèches, et des racines mortes. Sous le clair de lune, les vagues paraissent danser. Elle se chevauchent avec calme, leur brisure n'est qu'un long chuchotis.

Blanca nous conduit sur le sable, d'abord sans dire un mot. Puis, elle se tourne vers nous.

— On y va ?

Jade la rejoint sans demander son reste. Elles retirent leurs habits à la hâte et se prennent la main. Haussant les épaules, Ioane finit par se prêter au jeu. Quelque chose de presque mystique a l'air de se jouer, comme si cette soirée allait se graver dans chacune de nos âmes.

Faisal se contente de balancer ses chaussures au loin avant de les suivre. Je les entends crier au contact de l'eau sur leurs jambes. Ioane se tourne dans notre direction, alors que seul son torse est encore émergé.

— Allez, venez ! nous crie-t-il.

Jade l'éclabousse et son attention se détourne ainsi de nous. Avant que je n'aie pu le remarquer, Hyerin est déjà à leurs côtés. Ils sont comme des points de lumière sur un sentier jonché d'ornières. Comme des repères, dans un monde chaotique. Chacun a sa place, chacun a quelque chose qui brille.

J'aperçois Matthew fébrilement mettre un pied dans l'eau et finir par pousser un hurlement aigu en sautillant, provoquant les rires des autres. Hyerin le regarde, je sens qu'elle hésite. Elle s'approche de lui et lui dit quelque chose que je n'entends pas. Je me tourne alors vers Haru. Évidemment, son attention est sur eux. Il ne dit rien. Mais il est là, il les voit comme moi.

Nous sommes l'un à côté de l'autre, séparés par rien d'autre qu'un centimètre d'air marin. Je ne l'ai jamais trouvé aussi beau qu'à cet instant. Il est pris dans ses pensées, mais elles ne me semblent pas sombres et intrusives. C'est plutôt comme si le temps s'était mis sur pause, et que l'éternité ne s'était pas complètement enfuie.

Ma main cherche la sienne à l'aveuglette. Mon index frôle sa paume entrouverte, et juste ce contact, faisant tinter les breloques de son bracelet, m'arrache un frisson. Ses cils papillonnent, il revient à lui et tourne automatiquement la tête vers moi. Nos doigts s'entrelacent, et nos amis nous hurlent encore de les rejoindre.

Nous avons grandi, au cours de cette unique année. Cette dernière année de lycée. J'ai maintenant un homme sous mes yeux, et je me demande si c'est ce qu'il pense, lui aussi, en me regardant. Je me demande si je suis autant un adulte qu'il me semble l'être devenu.

« Le monde s'écroule à dix-huit ans, puis il se reconstruit ».

— Je t'aime.

Est-ce que les adultes se disent ça ?

Haru ouvre de grands yeux. Et son expression, je la graverai dans ma mémoire profonde. Il m'attire contre lui et pose son front sur le mien.

— Reino Laine, je suis fou amoureux de toi, me répond-il.

L'instant d'après, je retiens un cri alors qu'il me porte et nous conduit en courant vers la mer. Mes mains sur ses épaules, je me mets à rire, les joues sûrement roses et le cœur qui s'emballe. Je ressens encore le vent sur nos peaux, l'odeur marine qui, en avance, accueille mon plus bel été. La voix de Haru se projette :

— Eh les gars ! Il m'a dit qu'il m'aimait !

Je lui frappe le torse pendant que la bande se met à siffler à notre attention.

Je me débats à peine que nous finissons alors à l'eau comme les autres. Pataugeant quelques secondes, je reviens rapidement vers lui pour le pousser. Les taquineries s'enchaînent jusqu'à ce que nous retrouvions qui nous étions, tous ensemble. Nous provoquons une guerre civile et Hyerin finit sur mes épaules à tenter de faire perdre l'équilibre à Jade sur celles de Ioane.

Tout le monde boit la tasse au moins une fois. Mais ce soir-là, j'ai l'impression que nous sommes heureux.

Au moment où je fatigue, Haru me porte encore contre lui dans l'eau, ses mains autour de ma taille, mes jambes dans son dos.

Je me penche vers lui pour l'embrasser. Et l'avenir, l'angoisse, même l'éternité n'ont plus le même poids que ce que je vis maintenant. D'un simple échange, nous arrivons à la conclusion que nous avons gagné cette bataille.

Nous nous sourions.


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