À la Allison Academy, un établissement scolaire de North Miami Beach où se mêlent les cultures des quatre coins du monde, Reino se prépare à vivre sa dernière année comme toutes les précédentes.
Mais ça, c'était sans compter l'arrivée d'un nouveau d...
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Une heure est passée et Haru s'est endormi.
Je l'ai regardé, et le silence qui s'est laisser traîner ne m'a pas paru aussi assourdissant, cette fois.
Alors que le soleil se couche, je me dégage délicatement de son étreinte, le laissant dans un sommeil profond. Sa respiration est régulière et paisible. Sans faire de bruit, je descends les escaliers.
Cependant, une fois arrivé au rez-de-chaussée, l'obscurité naissante du salon laisse place à une lumière vive.
— Reino ? Je ne savais pas que tu étais ici.
Jiheul a la main sur l'interrupteur, au niveau du vestibule. Je la vois retirer ses chaussures, le chignon un peu brouillon et ses habits de travail encore sur le dos. Elle vient d'arriver, je ne l'ai pas entendue se garer à l'avant.
Je suis un peu débraillé, actuellement, et mon cœur s'accélère ; peut-être parce que j'ai l'impression de n'avoir pas juste tourné le dos à Haru, ces derniers temps, mais à tous les liens que j'ai tissés avec sa famille.
L'air qu'elle affiche ne fait aucun doute : elle ne s'attendait pas à me voir ici. Cela me confirme que Haru leur a dit que nous nous étions éloignés – peut-être même que nous avions rompu. Je ne crois pas qu'il ait étalé les raisons de notre froid, mais peut-être ont-ils demandé de mes nouvelles, et qu'il n'a rien pu leur inventer.
Une partie de moi a toujours reproché à Haru ses mensonges, alors qu'en réalité, il ment bien moins que moi. Ce n'est pas dans sa nature.
— Bonsoir, Mme Lee, bredouillé-je. Je n'étais que de passage, je m'en vais justement.
Je lui souhaite une bonne soirée d'un ton qui se veut cordial, mais il ne cache pas l'embarras que je ressens. D'abord, elle paraît prise de court par la situation, et elle ne semble pas vraiment réfléchir avant de rétorquer :
— Oh d'accord, fais attention sur le retour.
Puis en allant rejoindre l'entrée et remettre mes chaussures, je la vois fermer les yeux et secouer la tête, comme si elle reprenait ses esprits.
— Reino ?
Je relève la tête vers elle au moment de faire mes lacets.
— Je n'ai vu que la voiture de Haru dans la cour.
— Je suis venu avec lui, mais il s'est endormi et je ne voulais pas le réveiller. Ce n'est pas très loin, je peux rentrer à pied.
Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose s'éveille dans son regard. Il me semblait assez terne sur le pas de la porte, et là, il y a l'ébauche encore timide d'un éclat.
— Je vais te ramener chez toi, si tu veux bien.
Au volant, Jiheul me parle de son travail. Elle exerce en tant que chargée de projets sur les technologies innovatrices, et en ce moment, elle n'a plus aucun répit. Le développement de l'IA, ou Intelligence Artificielle devient un sujet sans cesse discuté dans sa boîte, elle n'arrive pas à suivre. Les prochains programmes risquent d'attirer l'intérêt de beaucoup d'usagers, selon elle.
— C'est un travail qui me passionne, mais ça n'exclut pas qu'il m'est parfois très difficile de rentrer à la maison avant la nuit tombée.
— J'espère que ça ne vous épuise pas trop, Mme Lee, déclaré-je.
— Ce n'est pas facile tous les jours, rit-elle. Mais en ce moment, j'aimerais trouver le moyen d'être plus présente pour mes enfants. Mon mari non plus n'a pas de temps libre.
Elle fait une légère pause, avant d'inspirer et de reprendre :
— Haru et Hyerin sont habitués à ça, à nos emplois du temps souvent imprévisibles. As-tu déjà connu ça, Reino ?
— Ça arrive que mes parents tardent aussi, mais en général, ils sont à la maison peu de temps après moi.
Nous arrivons très rapidement dans mon quartier. Les lampadaires s'allument à certains recoins de la rue.
— Vous vous êtes réconciliés, Haru et toi ?
Elle me pose la question sans me regarder directement, et je décèle une fêlure dans sa voix.
— Oui, murmuré-je. On a mis les choses à plat.
Je la sens un peu gauche quand elle se gare devant chez moi, là où les lumières brillent déjà et où les voitures de mes parents sont garées dans la cour. Je crois qu'elle a eu un instant de distraction, avant de voir qu'elle n'irait pas plus loin sur cette route. Pas avec moi en tout cas.
— Je vois qu'on t'attend, sourit-elle.
Je lui rends ce sourire.
— Ils m'attendent pas forcément, mais disons que je sais toujours où les trouver.
Et je ne sais pas pourquoi, mais mes mots la font tiquer, et des larmes se mettent à rouler sur ses joues roses. Je me tends tout à coup sur mon siège, pris de court par sa réaction. Son visage est envahi d'une tristesse sans nom. Les lumières s'estompent le long de mon jardin, ne déposant qu'une lueur faiblarde sur sa peau.
— Mme Lee ? Qu'est-ce qu'il y a ? demandé-je avec effroi. J'ai dit quelque chose de mal ?
— Non ! me reprend-elle. Non, pas du tout. C'est juste que je m'en veux de ne pas pouvoir faire plus, de mon côté.
Elle attrape un mouchoir sur son tableau de bord et s'essuie le dessous des yeux avec un rire étranglé.
— Mes enfants étaient en plein chagrin et essayent encore de jouer les durs. Une mère voit ce genre de choses, mais elle ne peut pas exiger qu'ils lui parlent. Et avec ce travail qui me prend toutes mes journées, j'ai l'impression qu'ils n'oseront pas venir vers moi.
— Vous n'êtes responsable de rien, et s'il faut chercher un fautif, je suis plus légitime de l'être que vous.
— Je ne cherche pas de fautif, Rei, me rassure-t-elle. Je condamne juste les circonstances. Parfois, on aimerait être plus fort que le cours des choses, mais il n'y a rien de plus frustrant pour un parent que le fait de n'être qu'un humain.
Elle renifle avant de reprendre :
— Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous, mais je sais que tu es une belle personne. J'ai essayé de me rassurer en me persuadant que les adolescents doivent vivre leur vie et découvrir les choses par eux-mêmes, même si parfois ça signifie qu'ils doivent prendre des chemins différents.
Je l'écoute avec le cœur lourd, ses yeux brillent encore mais elle semble s'être calmée. Je cherche déjà quoi répondre quand je réalise qu'elle n'a pas encore terminé sa tirade. Elle lève la main entre nos sièges et saisit doucement la mienne.
— J'ai voulu me convaincre de ça, mais tu ne peux pas savoir à quel point j'ai été soulagée de te voir à la maison, aujourd'hui. De voir que tu étais avec Haru et que tout va bien.
Ses mots me font l'effet d'une claque, c'est maintenant moi qui me retrouve au bord des larmes – oui, encore. Elle resserre son étreinte sans me lâcher des yeux, étouffant un dernier sanglot.