Chapitre 87

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— Ça a pas fait rager Hyerin que tu débarques dans sa fac ?

Haru m'ouvre la marche dans les escaliers menant à sa chambre.

— C'est pas comme si ça lui tombait dessus, hein ? C'était le plan dès qu'on a emménagé.

L'université de Miami, située à Coral Gables est celle que Hyerin a intégrée dès leur arrivée en ville. Elle se situe à une vingtaine de minutes de leur maison et fera de Haru le seul de la bande encore dans les environs pour la rentrée prochaine.

— T'as été admis, alors ? lui demandé-je en posant mon sac sur son bureau.

Il s'assoit sur sa chaise et allume son pc par habitude.

— Je comptais confirmer l'admission en fin de semaine, mais oui j'ai été accepté. En même temps c'est pas une école très sélective.

— 19% des candidatures sont prises, ça fait juste un étudiant sur cinq, t'es une grosse tête.

— Tu peux parler, c'est presque mission impossible d'intégrer Princeton et t'as eu une entrée VIP.

Il me lance un regard appuyé auquel je tire la langue. Oui, voici l'étendue de ma répartie.

— Je sais que je vais te manquer, me partage-t-il sur un ton qui se veut plaisantin.

Mais on sait tous les deux qu'il y a une part de vérité dans cette phrase, qui mêle la fierté de nous voir concrétiser nos projets à l'amertume de nous savoir si loin l'un de l'autre.

— Tu me manques déjà, soufflé-je.

J'ai senti ma voix faiblir à cet instant, mais je n'ai pas voulu qu'il l'entende. Je secoue la tête en sentant les yeux de Haru sur moi.

— Mais je suis pas sûr de comprendre, je reprends. Pourquoi tu attends la fin de la semaine pour confirmer l'acceptation ?

Je lui pose la question, mais en plein milieu de ma phrase, j'ai vu Haru froncer les sourcils, les yeux posés sur son écran. Il ne m'a pas entendu, son attention a momentanément été ébranlée. Je me redresse et lui demande ce qui ne va pas, sauf qu'il n'a aucune idée de ce que je lui dis.

— Hé, Haru ? Y'a quelque chose qui cloche ?

Il lève finalement le regard, et sa pupille, d'abord voilée, finit par s'agrandir. Je me lève pour le rejoindre en croyant que quelqu'un vient d'annoncer l'arrivée imminente d'une météorite pile sur sa maison. Il ne bouge pas encore, j'ai l'impression qu'il est en pleine assimilation de quelque chose.

Pourtant, sur son pc, je vois l'écriture bleue en tête d'un mail ouvert. Et juste en-dessous, son nom, et une longue série de mots qui ne prennent sens qu'une fois que je les ai lus pour la troisième fois.




« Cher Haru Yoon,

Nous avons le plaisir de vous informer que vous avez été retenu pour la promotion 2020, à l'Université de Pennsylvanie. »




Je reste plusieurs secondes sur l'intitulé du mail, un retour du service d'administration de la fac de Philadelphie. Nous relisons le discours inchangé des recrutements de manière interminable, sans dire un mot. Mon cœur finit par réagir avant moi en bondissant comme un fou dans ma poitrine.

— C'est quoi ça ?

Ma voix ressemble à un couinement. Quand Haru reprend ses esprits, il inspire soudainement, à croire qu'il avait retenu son souffle.

— On avait postulé pour cette fac ensemble, avec Jade, bégaye-t-il. Lors de l'Ivy Day j'avais été mis sur liste d'attente et je pensais que c'était peine perdue.

— Tu ne m'avais pas dit que UPenn t'intéressait ? lui reproché-je.

Il secoue la tête sans me regarder, j'ai l'impression que sa rétine s'apprête à imprimer le mail par télépathie.

— J'ai tenté sans vraiment penser que j'aurais ma chance. Je t'en ai pas parlé parce que je voulais pas qu'on se fasse de faux espoirs.

Mon attention va continuellement de l'écran à ses lèvres, je l'écoute parler tout en m'assurant que les écritures ne se volatilisent pas d'un instant à l'autre. Dans ma tête, c'est le bordel général.

Une tornade d'émotions m'envahit soudain, quelque chose qui bataille dans chaque centimètre de mon corps. J'attrape le visage de Haru entre mes mains, l'adrénaline me fait presque voir flou.

— Félicitations, Haru ! crié-je.

Je ne crois pas qu'il m'ait déjà entendu hurler, surtout pas dans des pièces aussi silencieuses. Mais je n'ai pas pu me contrôler, ça voulait sortir, c'était un cafouillage qui avait besoin de s'extérioriser. Il m'observe avec une pointe de confusion.

— J'arrive pas à savoir si t'es content ou énervé.

— Je viens de te féliciter, ajouté-je.

— Tu m'as l'air légèrement à côté de tes pompes.

— S'cuse-moi monsieur, ça fait beaucoup d'informations ! craqué-je.

Sa réaction est celle que je veux voir. Et elle arrive avec un décalage, comme au ralenti. Ses lèvres s'entrouvrent et ses bras m'attrapent pour me serrer fort. Je tombe contre lui, mon visage dans ses cheveux, le sien dans mon cou. Il prend plusieurs inspirations, longues et amples.

— Je vais à UPenn...

— Tu vas à UPenn, murmuré-je.

Ses épaules sont alors prises de soubresauts. Je me décale pour le regarder, mes doigts sur ses joues. Quand il lève le regard vers moi, ses yeux sont brillants de larmes. Mais il me sourit.

— Finalement je l'ai, mon partenaire de l'Ivy League, confié-je.

Il ajoute, la voix douce et pleine d'émotions :

— Faut croire que même le destin me veut à tes côtés, Reino Laine.

Je n'ai jamais été conscient de l'ampleur que pouvait avoir la Théorie du Chaos. En un simple mail, Haru se trouvait non plus à des années-lumière de moi, mais à moins d'une heure de route.




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