À la Allison Academy, un établissement scolaire de North Miami Beach où se mêlent les cultures des quatre coins du monde, Reino se prépare à vivre sa dernière année comme toutes les précédentes.
Mais ça, c'était sans compter l'arrivée d'un nouveau d...
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Le mois est passé et mai nous accueille en douceur. Avec la bande, nous profitons au maximum de notre temps ensemble, à chérir chaque instant qui nous est donné avec gratitude et respect. Au lycée, nous sentons déjà se profiler la fin de l'année, cela se retranscrit sur le comportement de tout le monde, comme un voile qui tombe.
Il nous arrive souvent de nous retrouver sur la plage, avec les autres. Face à la mer, pendant que l'après-midi décline et laisse apparaître les premières étoiles du soir.
Les pieds dans le sable, je griffonne quelques notes dans mon carnet quand Matthew me surprend en appuyant une cannette de thé glacé dans ma nuque. Je bondis.
— Hé !
— La prochaine fois, réponds et je t'épargnerai.
Il se laisse tomber à côté de moi pendant que les vagues mangent la pente grisonnante. J'ai hâte de l'été qui arrive autant que j'en ai peur. Mon esprit a tenté d'anticiper tous les scénarios possibles et d'évaluer dans lequel je risquais de tomber, puis, il a court-circuité. C'est ce qui s'est passé quand du jour au lendemain, je me suis éloigné du monde entier. J'ai passé ma vie à avoir peur de l'inconnu. Il a fallu que Haru et Matthew arrivent.
Eux, le vide ne les effrayait pas. Peut-être parce qu'en réalité, le vide, il n'y en a pas. Tout est rempli, peu importe où on regarde. Mais dans l'inconnu, même si la matière est là, elle n'a pas de nom. Les choses que l'on ne peut nommer nous apparaissent souvent comme un danger. Ça, c'est encore une belle bêtise que nous fait croire notre subconscient.
— Je vais commencer à visiter des appartements à partir de la semaine pro, nous confie Ioane après avoir terminé un appel.
Nous l'applaudissons, il nous fait une révérence fatiguée, comme s'il revenait de guerre. Il en a bavé pour négocier des toits décents. La plupart des bailleurs qui ont considéré son dossier lui proposaient des logements insalubres dans les pires quartiers de Chicago. Faisal a pu l'aider en contactant un cousin à lui qui étudiait dans la même fac.
— L'Université de Chicago a rien à envier à celles de l'Ivy League en termes de prestige, intervient Faisal. Elle est même mieux classée que certaines d'entre elles, genre UPenn ou Yale.
Je me tourne vers Ioane en souriant.
— J'suis persuadé que tu seras celui qui fera le discours du major de promo.
— Compte pas là-dessus, rigole-t-il. Mais ça m'a bien motivé d'être dans une compétition à sens unique avec toi.
— Qui a dit que c'était à sens unique ? Je pétais un câble dès que t'avais une meilleure note que moi.
Blanca joue avec ses boucles brunes en faisant une moue songeuse. Elle jette un regard circonspect à Haru et Matthew.
— Faites gaffe à ces deux-là, on en sait pas encore assez sur leur passif académique. Peut-être que la vedette vous sera volée sans qu'on le voie venir.
Haru hausse un sourcil, assis à côté de moi. Lui et Matthew ricanent dans un même souffle avant de se taper dans les mains.
— J'avoue, renchérit Jade. Ils ont pas l'air malins à première vue, mais je suis presque sûre d'avoir vu Matthew faire un sans faute au dernier test de physique. Il est plus intelligent qu'il le laisse paraître.
— Je prends l'insulte et le compliment, lui répond ce dernier en s'esclaffant.
— Je coupe la poire en deux, ajouté-je, y'a pas d'idiots dans cette bande, on est tous ultra intelligents.
— Avec les moitiés d'une poire on ira pas bien loin si on est sept, plaisante Haru.
— Une poire, un melon, un ananas, pourquoi tu fais ton difficile pour des fruits ? J'aurais pu parler d'un sandwich aussi.
Les yeux de Haru s'illuminent.
— Sandwich ! s'exclame-t-il.
Plaît-il ?
Il lève le doigt, à croire que ça l'aide à réfléchir.
— En me baladant sur le net, j'ai découvert que l'origine du mot « sandwich » venait d'un noble d'Angleterre : John Montagu, aka le Comte de Sandwich.
— Comment t'en es arrivé là ? s'interroge Blanca.
— Je cherchais la recette du pain ciabatta et c'était l'accroche de l'article.
Je ne sais pas pourquoi, mais ce genre d'anecdote sortie de nulle part me fait un peu penser à notre première interaction.
— Tu pars dans des quêtes secondaires dès qu'on parle de cuisine, ça me rappelle ton constat sur la carotte que t'as trouvé dans une boîte de haricots verts.
Il blêmit.
— J'ai prié jour et nuit pour que tu oublies cette conversation.
— Pourquoi ? C'était super drôle.
— J'avoue que si on me demande comment Haru et toi vous êtes rencontrés, réfléchit Faisal, je me rappellerai surtout de comment t'es tombé de ta chaise à force d'avoir rigolé à sa blague.
— Qui n'était même pas une blague, ajoute Matthew. Plutôt un moment de panique pure.
— T'étais en panique quand tu m'as rencontré ? lui demandé-je.
Haru se laisse tomber en arrière en poussant une plainte, les joues roses. Je crois que ça répond à ma question.