À la Allison Academy, un établissement scolaire de North Miami Beach où se mêlent les cultures des quatre coins du monde, Reino se prépare à vivre sa dernière année comme toutes les précédentes.
Mais ça, c'était sans compter l'arrivée d'un nouveau d...
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Je n'ai pas dormi de toute la nuit.
Cette fois, je ne peux plus utiliser de joker et dois me rendre à l'académie. Les amis vont forcément me demander ce qui m'est arrivé, sachant que Haru ne leur a rien dit.
Je ne sais d'ailleurs pas comment appréhender ma rencontre avec lui, nous partageons toujours les mêmes cours, nous allons nous retrouver dans la même pièce, alors que la veille, je n'ai reçu aucun message de sa part.
Il ne vient pas me chercher en voiture, cette matinée-là.
C'est comme ça que je me rends bien compte qu'hier, ça a été bien plus qu'une simple divergence d'opinion.
J'arrive au lycée sans rien laisser paraître. Blanca accourt dans ma direction et je la réceptionne comme à mon habitude. Il m'arrive de sécher, très rarement, mais une chose que je n'omets jamais, c'est de la prévenir. Or, la veille, je ne l'ai pas fait.
— Reino Laine ! s'énerve-t-elle. Tu peux me dire ce que t'as foutu, hier ?
— J'étais encore patraque, écoute. Ce doit être le surmenage.
Faisal est avec elle, et il me salue avec un sourire. Je sais qu'ils veulent me demander si j'ai sauté le pas et si j'ai ouvert ce mail. S'ils ne le font pas de vive voix, c'est parce qu'ils sont retenus par ma réaction d'il y a deux jours, quand je suis tombé dans les pommes. Ces derniers temps, j'ai l'impression de prendre conscience de trop de choses. De peurs irrationnelles. En les repoussant, je repousse tout. Car tout s'emmêle, et je n'ai plus le temps de chercher le fil conducteur de chaque chose.
Je ne me sens pas d'aborder le sujet tout de suite, alors je divague.
Faisal lance un regard appuyé à Blanca, avant d'orienter son attention vers moi.
— Elle attend Ioane et Jade pour lancer l'opération « Crush ».
Elle le pousse du coude, minaudant comme une petite fille surexcitée.
Et moi, je m'immobilise.
— L'opération quoi ?
— C'est bon Riri, j'ai dit à Faisal que t'étais au courant.
— Ouais, de son béguin pour Matthew.
Mon sang ne fait qu'un tour.
— Tu l'as dit à tout le monde ?
— Juste à vous deux, comme Faisal est arrivé en premier. J'attends que les autres rappliquent pour leur faire part de mon plan, sauf Haru, évidemment. Il va lâcher le morceau en trois secondes.
Je fais deux grandes enjambées pour lui barrer la route, sûrement de manière plus sèche que je ne l'aurais voulu. Le bourdonnement revient, mais cette fois, il ne vrille pas que dans mes oreilles, il m'enflamme toute la tête.
— C'est quoi encore, ce plan ? dis-je, tentant de me montrer tempéré.
— Bah c'est dans le nom, un peu, rigole-t-elle. Faire en sorte que Matthew me demande de sortir avec lui.
Je ne réfléchis même plus.
— Laisse tomber, Blanca.
Elle me jauge un instant, son sourire s'estompant sans vouloir complètement disparaître. Elle est confuse.
— Qu'est-ce que tu as, Rei ? me demande-t-elle.
— Je ne veux pas te voir te ridiculiser.
Cette fois, son expression dégringole et Faisal se râcle la gorge, tout à coup gêné.
— Je suis pas sûre de comprendre...
— Ne te voile pas la face, tu sais très bien ce que je veux dire.
— Rei... c'est peut-être pas le moment..., intervient Faisal.
— Il te verra jamais de cette façon.
Le silence tombe.
— Matthew ne te verra jamais comme plus qu'une pote, Blanca, tranché-je. Ça crève les yeux, oublie-le et cherche-toi une autre cible, comme tu le fais toujours.
La fin de ma phrase était tout sauf nécessaire et je n'en prends conscience que bien trop tard. Son regard me cherche, mais je ne suis moi-même plus sûr de me trouver dans ce corps. Je ne suis plus sûr d'être le même Rei. Car le Rei que je connais n'aurait jamais balancé ce genre de saleté à l'une des personnes les plus importantes de sa vie.
Ses yeux sont glacés, mais ils brillent de larmes.
— Y'a une chose que je t'ai toujours reproché, Rei, me partage-t-elle d'une voix tremblante. C'était de sans cesse dire aux gens ce qu'ils voulaient entendre, comme si tu savais pas penser par toi-même.
Elle serre les poings.
— Eh ben là, on peut dire que t'as appris de tes erreurs. J'espère que c'est pas la dévergondée que je suis qui t'a influencé.
Blanca me contourne, au bord du sanglot. Elle s'élance vers la salle de cours sans plus me considérer.
Je ne sais même pas si je devrais prendre la peine de m'adresser à Faisal. De toute façon, il ne me laisse pas en placer une ; remontant la lanière de son sac sur son épaule, il déclare :
— Contrairement à ce qu'elle dit, moi, je te savais réaliste, Rei. Réaliste et parfois même un peu rabat-joie...
Il poursuit après avoir inspiré plus fort, me regardant dans les yeux :